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DISCOURS DE L'ABBE GENERAL AU CFM 2006
Heureux
les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux Frères et sœurs, L’évangile que nous venons d’entendre, d’où est extrait le verset qui le précède entre ses deux alléluia, nous met, comme la foule qui écoutait le sermon sur la montagne, devant le programme de vie que comporte la suite du Christ et nous pousse à lui demander comme Jean et André : Maître, où demeures-tu ?[1] La foule comme les deux premiers disciples figurent sur le retable de cette église. Nous sommes les continuateurs de ces gens-là, errants comme des brebis sans berger[2], qui voulaient écouter le Seigneur parce que lui seul a les paroles de la vie éternelle[3]. La première démarche pour le suivre est celle d’être dans la foule qui l’écoute et puis vient ensuite celle d’essayer de voir si nous entendons son appel. Ce que voit la foule : effectivement, dans la scène reproduite il y a le Christ assis au flanc de la montagne, il y a la multitude du peuple, les disciples –lesquels, il y a encore peu de temps, faisaient partie eux aussi de la multitude du peuple et étaient comme tout le monde jusqu’à ce que survienne l’appel de Jésus et ils ont tout quitté pour le suivre. Depuis ce moment ils appartiennent intégralement à Jésus ! Maintenant ils marchent avec lui, vivent avec lui, le suivent partout où il va. Il leur est arrivé quelque chose que les autres n’ont pas expérimenté. Ce que le peuple a devant les yeux est quelque chose d’inquiétant et dérangeant. Ce que voient les disciples : ils voient la foule dont ils sortent, les brebis perdues de la maison d’Israël[4]. C’est la communauté que Dieu a appelée. C’est l’Eglise du peuple. Lorsque l’appel du Christ les a choisis pour sortir de ce peuple, ils ont fait une chose évidente et nécessaire pour les brebis perdues de la maison d’Israël, c’est à dire, ils ont obéi à la voix du Bon Pasteur, parce qu’ils la connaissaient. C’est pourquoi, précisément en raison du chemin qu’ils ont emprunté, ils font partie de ce peuple, et vivront avec ce peuple, ils sont un « avec lui » et « pour lui », ils iront à sa rencontre pour prêcher l’appel de Jésus à la gloire de vivre à sa suite. Mais, quel sera l’issue ? Ce que voit Jésus : ses disciples qui se sont réunis autour de lui, de façon visible, sortant du peuple. Il les a appelés un à un ! Ils ont renoncé à tout à cause de cet appel. Maintenant ils vivent dans le renoncement et l’indigence, ils sont les plus pauvres et les plus vulnérables parmi les vulnérables, les plus affamés des affamés. Ils n’ont que lui. Jésus s’adresse à ses disciples (Lc 6,20), à ceux qui sont déjà soumis au pouvoir de son appel. Cela les a rendu pauvres, vulnérables, affamés. Il les appelle heureux, non à cause de leur misère ou de leur renoncement. La misère et le renoncement ne constituent pas en eux-mêmes un motif de félicité. Seuls l’appel et la promesse, qui sont la raison pour laquelle ils vivent dans la misère, en voulant suivre Jésus, [qui est source de salut pour ceux qui l’imitent, le suivent ((Heb 5,9)] constituent un motif raisonnable. La constatation que dans certaines béatitudes il s’agit de la misère et dans d’autres du renoncement conscient ou de vertus particulières des disciples n’a aucune importance. La misère objective et le renoncement personnel ont leur motivation commune dans l’appel et la promesse du Christ. Ni l’un ni l’autre n’ont de valeur ou ne peuvent prétendre à un droit en eux-mêmes. En effet, en l’ayant Lui, ils n’ont rien dans le monde, absolument rien, mais ils ont tout auprès de Dieu. C’est une petite communauté qu’ils ont rencontrée, et elle est grande celle que Lui cherche quand il regarde la foule. Disciples et foule vont de pair, les disciples seront ses messagers, et ils rencontreront ici et là des auditeurs et des croyants. Cependant, parmi eux, il y aura également une inimitié jusqu’à la fin. La colère contre Dieu et contre sa parole retombera sur eux et avec lui les disciples seront aussi rejetés. Maintenant la croix apparaît. Le Christ, les disciples, la foule : voici déjà complet le cadre de la passion de Jésus et de sa communauté. Chacun de vous, en période de formation initiale ou permanente, a l’occasion de faire la lecture du chemin qu’il a suivi jusqu’à présent. Premièrement, nous nous situons dans la multitude des auditeurs. Nous sommes nés dans un certain contexte culturel où nous avons été baptisés, puis nous avons reçu une catéchèse adaptée à l’âge de la première communion, et généralement cela s’est arrêté là. Actuellement, il y a une catéchèse pour la confirmation, de même aussi pour les adultes, même si je ne sais pas si nous l’avons tous reçue ; mais allons plus loin et demandons-nous : quel impact produit en moi le sermon sur la montagne dans ma condition de profès ou d’adulte et même ‘super-adulte’ ? Le Programme de formation dans l’Ordre Cistercien, au numéro 23, nous dit que, dans les matières enseignées au noviciat, il faudrait commencer par l’Introduction au Mystère du Christ[5]. Déjà à partir de 1970 dans quelques noviciats on a utilisé l’Introduction au Christianisme, de J. Ratzinger[6] comme une nouvelle lecture du Credo pour s’en pénétrer. De nos jours, il faudrait commencer par le Catéchisme de l’Eglise Catholique[7] et ensuite continuer fidèlement avec le programme établi par l’Ordre pour la formation initiale et pour les profès temporaires. Nous savons que la profession simple ne peut pas durer moins de trois ans ni plus de neuf ans. Nous essayons, avec les matières du Cours de Formation Monastique, de faire que le terme du Triennat soit comme la fin du catéchuménat avant d’émettre la profession solennelle, qui fera officiellement de vous des chercheurs de Dieu permanents, toujours débutants en la matière[8]. Je ferai une citation d’un penseur et théologien qui a marqué la spiritualité et la réflexion théologique de la seconde moitié du XXème siècle : Je crois savoir que je serais vraiment clair et sincère, au moins intérieurement, si je commençais à mettre en pratique sérieusement le sermon sur la montagne… finalement il y a des choses pour lesquelles cela vaut la peine de s’engager. Et il me semble que la paix et la justice sociale, ou à proprement parler le Christ sont quelque chose de ce genre[9]. Dans cette même lettre adressée à son frère en 1936 il disait : Pour la première fois j’ai pris la Bible…, j’avais souvent prêché … j’avais vu beaucoup de choses de l’Eglise, j’avais parlé et prêché là-dessus –et je n’étais pas encore devenu chrétien mais plutôt un maître de moi-même complètement sauvage et indomptable. La Bible m’a libéré de tout cela, en particulier le Sermon sur la Montagne[10]… Il confessait cela après avoir écrit Sanctorum Communio, Akt und Sein, Sequela avoir passé son examen de théologie et avec huit ans d’expérience de pasteur et de professeur de théologie. Le sermon sur la montagne est le chemin à suivre avant de penser à émettre la profession solennelle au monastère ; il faut apprendre à identifier évangile et vie et savoir que l’acte religieux ne fait pas le chrétien, mais plutôt la participation à la douleur de Dieu dans la vie du monde. Mais nous savons que conjointement à l’oubli de Dieu, il existe comme un’ boom’ du religieux. Je ne veux pas discréditer tout ce qu’il y a dans cette tendance. Il peut y avoir aussi la joie sincère de la découverte [du récent converti]. Mais dans ce contexte, la religion devient presque un produit de consommation. On choisit ce qui plaît, et certains savent aussi en tirer un profit. Mais la religion recherchée comme une sorte de ‘bricolage’, en fin de compte ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes. Aidez les hommes à découvrir la véritable étoile qui nous indique la route : Jésus-Christ [11] pour lequel il vaut la peine de s’engager. On peut avoir appris à se comporter très bien « monastiquement » et ne pas être arrivé à découvrir l’étoile véritable : Jésus-Christ. Effectivement en Lui nous trouvons le modèle pour participer à la souffrance de Dieu dans la vie du monde. Dieu en Christ s’est fait un « avec l’homme » et dans son être « pour les hommes »[12] nous avons l’exemple à suivre qui peut se résumer en : solidarité avec les pauvres en esprit, avec les humbles, avec ceux qui pleurent, qui ont faim et soif de justice, avec les miséricordieux, les cœurs purs, les pacifiques, les persécutés pour la justice[13]. Méditons uniquement la première des béatitudes : Heureux les pauvres de cœur : le royaume de Dieu est à eux. Les disciples vivent dans des pénuries de tout genre. Ils sont simplement « pauvres »[14]. Aucune sécurité, aucune possession à revendiquer, pas une parcelle de terre qu’ils puissent appeler patrie, aucune communauté terrestre dont faire partie intégralement. Et encore, pas même de force spirituelle, d’expérience personnelle ou de connaissance à laquelle se référer, avec laquelle se réconforter. Pour son amour ils ont perdu tout cela. En se mettant à sa suite, ils se sont même perdus eux-mêmes et par conséquent tout ce qui pouvait encore les enrichir. Eh bien, dans leur pauvreté, ils sont si privés de recours, ils sont si insensés, qu’ils ne peuvent avoir d’espoir qu’en Celui qui les a appelés. En effet, Jésus connaît aussi les autres, les représentants et les prédicateurs de la religion du peuple, ces puissants et notables qui bien ancrés à leur terre, sont indissolublement enracinés dans la tradition populaire nationale, dans l’esprit du temps, la piété populaire (les pharisiens, les religieux). Mais ce n’est pas à eux, mais seulement à ses disciples qu’il dit : Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous. Le royaume de Dieu se révèle à eux, qui vivent simplement dans le renoncement, dans les privations par amour de Jésus. Dans la pauvreté, eux sont les héritiers du royaume de Dieu. Leur trésor est caché profondément, ils l’ont auprès de la croix. Le royaume de Dieu leur est promis dans une splendeur visible et, dès maintenant, il leur est donné dans la pauvreté totale de la croix. Personne n’aime davantage les hommes que les disciples de Jésus, plus encore, c’est précisément la raison pour laquelle ils sont en dehors et prennent sur eux la passion, la croix. La communauté des disciples ne se pose pas au-dessus de la passion, comme si elle n‘avait rien à voir avec elle, au contraire elle la porte sur elle : Et il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive »[15]. C’est précisément en cela que se manifeste son lien avec les hommes qu’il a à ses côtés. En même temps cela signifie aussi que la communauté ne cherche pas la passion par sa propre volonté, et pas davantage qu’elle s’y soustrait par un mépris arbitraire du monde, mais elle prend sur elle ce qui lui a été assigné et qui retombe sur elle par amour du Christ, en Le suivant. Finalement, les disciples ne s’attristent pas, ils ne sont pas détruits ni aigris par la passion, par la croix, jusqu’au point de tomber. Ils la supportent avec la force de Celui qui les porte eux-mêmes. Les disciples prennent sur eux la passion, la croix, qui leur est assignée seulement en vertu de Celui qui sur la croix prend sur lui toute passion, toute souffrance de la nature humaine. En étant ceux qui prennent sur eux la passion, leur croix personnelle, ils sont en communion avec le crucifié. C’est sa consolation, ou pour mieux dire, il est lui leur consolateur [16]. La communauté de ceux qui sont étrangers est consolée par le fait d’avoir trouvé le lieu –la croix– où l’attend, d’une manière obscure, le consolateur d’Israël. Elle trouve ainsi d’une façon inattendue sa vraie patrie, à côté du Seigneur crucifié, ici et dans l’éternité. La rédemption demande un rédempteur. Les Pères ont reconnu l’expression de ce besoin dans la parabole de la brebis perdue. Cette brebis égarée est pour eux l’image de l’homme qui ne parvient plus par ses propres moyens à retrouver le chemin vers Dieu. Le berger qui porte la brebis pour la ramener à la maison est pour eux le Logos, le Verbe éternel, le Sens éternel de l’univers qui repose dans le Fils de Dieu, lequel se met lui-même en chemin à notre rencontre. Prenant la brebis sur ses épaules, c’est-à-dire adoptant la nature humaine, l’Homme-Dieu ramène la créature à la maison du Père. Le reditus est à nouveau possible, le chemin du retour à Dieu est retrouvé. Le sacrifice, il est vrai, adopte maintenant la forme de la croix du Christ, de l’amour s’offrant dans la mort. Un amour qui, tout à l’inverse d’une destruction, est une recréation, un retour de la Création à elle-même.[17] et c’est en raison de cela que la croix personnelle peut être appelée croix aimée[18]. L’image de la miséricorde, personnifiée dans la parabole du Bon Pasteur qui se revêt de la nature humaine, figurée dans la brebis prisonnière dans les ronces et qu’il prend sur ses épaules, nous la trouvons aussi, d’une autre manière : dans la prière d’ouverture du vendredi de la cinquième semaine de Carême avec les paroles suivantes : Pardonne, Seigneur, les torts de ton peuple ; puisque notre faiblesse [notre passion dominante] nous a rendus captifs [dans les ronces] du péché, que ta tendresse nous en délivre.[19]. La tendresse du Christ, c’est celle de Celui pour lequel il vaut la peine de s’engager[20] et à l’amour duquel rien ne doit être préféré[21]. Ainsi soit-il.
[1] Jn 1, 38. [2] 1 R 22, 17 [3] Jn 6, 68 [4] Mt 10, 6 [5] Chapitre Général O. Cist. 2000, dans Pour mieux connaître l’Ordre Cistercien, Rome 2001. [6] J Ratzinger, Introduction au Christianisme. [7] Edité en de nombreuses langues, l’un et l’autre sont utiles pour une réflexion sur la foi comme point de départ, étant donné que pour commencer le noviciat (voir, par exemple dans les Constitutions de la Congrégation de Castille, art 40 § 1) on part de la supposition que la foi catholique est connue : Avant d'être admis, tous les candidats au noviciat doivent présenter un certificat de baptême, de confirmation ainsi que d'état libre, (ce qui ne signifie pas seulement être veuf, parce que l’on peut être veuf avec charge de famille), pour pouvoir être un avec la communauté et pour la communauté. [8] RB 73, 1-3. [9] Renate Wind, Dietrich Bonhoeffer, PIEME 1995, p. 53. [10] Idem p. 51. [11] Benoît XVI, homélie sur l’esplanade de Marienfeld (Cologne), en la Journée Mondiale de la Jeunesse, 2005. Partie dans laquelle il parle du ‘boom’ du religieux, qui ne doit pas être un empêchement pour connaître Jésus-Christ, mais le contraire. [12] J. Ratzinger, Introduction au Christianisme, p. 206. [13] Le Sermon sur la Montagne, qui devrait être notre première catéchèse à l’entrée au noviciat. Fides ex auditu, écouter la prédication et ensuite vient la question : Maître, où demeures-tu ? [14] Lc. 6,20. [15] Lc 9,23. [16] Lc 2,25. [17] J. Ratzinger, L’esprit de la liturgie, Editions Ad Solem, 2001, p. 29. [18] Comme on le chante dans l’antienne précédant le cantique de Zacharie dans l’Office de Saint André : Je te salue, ô Croix bien-aimée, accueille-moi, j’ai été disciple de celui qui a été cloué sur toi, le Christ, mon Maître. Nous devons prendre notre croix dans un sens moral, c’est à dire, cette passion dominante que seul connaît celui qui la porte sur son dos durant toute la vie et qui le transforme en une brebis prisonnière dans les ronces et c’est avec elle qu’il doit réaliser sa transformation en Christ. [19] Collecte de la Messe et de la Liturgie des Heures, fondement de la Spiritualité Liturgique. [20] D. BONHOEFFER, texte cité en p. 3 note 9. [21] RB. 4,21 et 73,11.
AVANCER DANS NOTRE SEQUELA CHRISTI[1] 1. Sequela Christi. Le substantif suite, comme je l’ai lu dans une encyclopédie, signifie une série de choses ou de personnes qui suivent une personne ou une chose[2], mais cela veut dire aussi conséquence, c’est à dire ce qui s’ensuit de quelque chose. Pour rendre expressive la série de choses qui suit autre chose, nous pouvons peut-être nous servir de l’image des wagons d’un train qui courent, l’un derrière l’autre, traînés par la force motrice d’une même locomotive. Si nous parlons de sequela Christi, nous pouvons signifier l’ensemble des personnes, le cortège, la suite, la multitude qui suivait le Christ, mais aussi la conséquence qu’entraîne ce fait d’aller avec lui. Pour beaucoup des premiers adeptes, la conséquence ou l’effet de faire partie de la multitude a été le martyre, mais avant, la conséquence a été d’œuvrer en accord avec le Sermon sur la Montagne, c’est à dire, d’être la continuation de l’action du Christ réalisée par les chrétiens, d’incarner le Royaume de Dieu qu’a été le Christ lui-même. L’enchantement, la fascination que ce qu’il avait dit et fait exerçait sur les individus, (Maître, où demeures-tu ? ) et sur la multitude, comportait comme effet de tout quitter pour aller à sa suite et de l’imiter en vivant en accord avec le message reçu de lui. Le discours inaugural de l’année académique devant les élèves d’une faculté, consiste, généralement, en un cours académique donné par une personne compétente, sur un thème concret, selon l’université fréquentée. Dans un Collège comme le nôtre et avec un cours programmé pour des personnes qui, par profession, sont élèves de l’École du service du Seigneur[3], dans laquelle nous sommes tous toujours des commençants[4], qui ne devons rien préférer à l’amour du Christ[5], le titre choisi pour vous souhaiter la bienvenue, sans être compétent en la matière, ne doit pas surprendre. Comme phrase d’introduction je me permets de répéter un passage de l’homélie de ce jour : Je crois savoir que je serais vraiment clair et sincère, au moins intérieurement, si je commençais à mettre en pratique sérieusement le sermon sur la montagne… finalement il y a des choses pour lesquelles cela vaut la peine se s’engager. Et il me semble que la paix et la justice sociale, ou à proprement parler le Christ sont quelque chose de ce type[6]. 2. Le Sermon sur la Montagne Dans le Sermon sur la Montagne, en effet, nous lisons : heureux les artisans de paix et aussi l’exigence de l’amour des ennemis[7]. La mesure dans laquelle ces paroles arrivent à vous impressionner se verra à l’orientation que prendra votre vie, à l’intérieur comme à l’extérieur de votre monastère. Le règne de Dieu ne vient pas d’une manière visible. On ne dira pas : « le voilà, il est ici ! » ou bien : « il est là ! » En effet, voilà que le règne de Dieu est au milieu de vous[8]. Le Règne de Dieu est Jésus-même. Il y en a qui traduise est in vobis par « est à l’intérieur de vous », ce qui, d’une certaine manière, est valide si nous l’appliquons à la continuation de l’action du Christ par les chrétiens. Lorsque nous voyons surgir des conflits, parce que dans une institution publique, comme par exemple dans un collège électoral, il y a la présence de symboles religieux, ou que dans la société dite post-chrétienne et post-religieuse il est nécessaire d’étudier l’histoire de l’art avec la Bible à côté du manuel pour comprendre les scènes qui y sont représentées, il est difficile d’admettre l’évidence de deux mille ans de culture chrétienne. Nous devons admettre que l’époque de changement dans laquelle nous vivons est une période marquée par une terminologie chrétienne toujours utilisée dans les discours politiques avec une autre application, mais qui manifeste combien nous sommes profondément débiteurs du passé chrétien. Pendant ces dernières années, j’ai pris conscience, j’ai compris toujours davantage à quel point le christianisme est de ce monde. Le chrétien n’est pas un homo religiosus, mais tout simplement un homme, comme Jésus était un homme…J’ai cru pouvoir apprendre à croire tout en essayant de mener une vie sainte en quelque sorte…J’ai compris plus tard et je continue d’apprendre que c’est en vivant pleinement la vie terrestre qu’on parvient à croire[9]. 3. Le Christ modèle de l’homme Une fois admis que notre modèle d’homme est Jésus Christ, alors le changement de notre ligne de conduite, par le fait de découvrir que le chrétien n’est pas un homme religieux et que notre chemin de foi consiste à suivre les pas du Christ, nous fera arriver à la conclusion que notre société n’a pas cessé d’être chrétienne par le fait qu’elle est non « religieuse » et peut-être faut-il que l’initiation au christianisme se fasse non pas sous la forme d’un culte mais plutôt d’un comportement inspiré par le Sermon sur la Montagne. Il est surprenant de constater que, même parmi les personnes non « religieuses », on trouve dans leur conduite des reflets chrétiens à la fois évidents et profonds, dont il faut prendre conscience. Il faut christianiser et non seulement ‘cultualiser’, mais aussi mettre en évidence les valeurs chrétiennes existant dans ce qu’on appelle « la société sécularisée ». Pour renforcer ce que je dis, il convient de recourir au Magistère de Pierre qui lors de la Journée Mondiale de la Jeunesse, célébrée à Cologne en août 2005 a dit : Qui a découvert le Christ se doit de conduire les autres vers Lui. On ne peut garder pour soi une grande joie. Il faut la transmettre. Dans de vastes parties du monde, il existe aujourd’hui un étrange oubli de Dieu. Il semble que rien ne change même s’il n’est pas là. Mais, en même temps, il existe aussi un sentiment de frustration, d’insatisfaction de tout et de tous. On ne peut alors que s’exclamer : Il n’est pas possible que ce soit cela la vie ! Non vraiment. Et alors conjointement à l’oubli de Dieu il existe comme un’ boom’ du religieux. Je ne veux pas discréditer tout ce qu’il y a dans cette tendance. Il peut y avoir aussi la joie sincère de la découverte. Mais dans ce contexte, la religion devient presque un produit de consommation. On choisit ce qui plaît, et certains savent aussi en tirer un profit. Mais la religion recherchée comme une sorte de ‘bricolage’, en fin de compte ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes. Aidez les hommes à découvrir la véritable étoile qui nous indique la route : Jésus Christ[10] ! 4. Cours de croissance chrétienne Les Cours de Formation Monastique sont comme mon acte d’amour intensif, accéléré et réparateur des années de retard auxquelles j’ai été affronté dans ma propre croissance humaine, chrétienne et monastique, et dans celle de ceux que j’ai eu la charge de faire grandir, ce que je n’ai pas accompli en raison de mon aveuglement. Cette pensée me pousse –et encourage vos abbés et abbesses– à vous offrir ce temps de grâce, pour que vous en profitiez, durant ces jours de trêve, à la lumière de cette vie[11] et que vous transmettriez aux autres ce que vous aurez reçu. J’essaie d’arriver à ce que votre croissance chrétienne soit plus courte que la nôtre. Le Cours que nous commençons aujourd’hui a intentionnellement, comme les précédents, un programme de matières qui peuvent tous nous aider, vous et moi, à faire un pas de plus sur notre chemin pour progresser dans la foi et la transformation permanente en Christ. C’est ce processu vero conversationis et fidei, dilatato corde, inenarrabili dilectionis dulcedine curritur via mandatorum Dei dont parle saint Benoît[12] , c’est à dire, qu’en progressant dans la vie monastique et dans la foi, le cœur se dilate, et l’on court dans la voie des commandements de Dieu avec la douceur ineffable de la charité. Cette progression provoquera peut-être en nous, encore « religieux » et « monastiques », des surprises, entraînera des difficultés de compréhension de ce que nous aurons écouté, changera des schémas, fera trembler les fondations qui soutiennent jusqu’à maintenant notre édifice, mais nous ne pouvons renoncer à poursuivre notre chemin au rythme des contextes de l’histoire. Laisser le « boom » religieux pour avoir une vraie rencontre avec Jésus-Christ, comme l’a dit le Saint Père à Cologne, et encore d’une manière plus convaincante lorsqu’il traite du thème de la religion dans ce autre livre écrit récemment : Actuellement il n’y a plus aucune valeur capable de soutenir l’homme, il n’y a plus de normes inviolables. Ce qui compte est uniquement le moi et l’instant présent. Les religions traditionnelles ne sont que des façades de convenance, sans intériorité ; ce qui reste est seulement un cynisme très cruel[13]. 5. Le christianisme non religieux C’est pour cela que dans cette marche à tâtons, je fais fréquemment référence au Magistère Pontifical pour trouver lumière et sécurité dans notre obscurité, mais nous avons trouvé aussi des voix critiques et fiables qui pourront traiter les thèmes du Christianisme non religieux, de La vie communautaire selon Dietrich Bonhoeffer, de la Tradition, inclus dans le programme de cette année. Je pense ainsi être conséquent avec ce que je vous ai dit dans le cours précédent, en terminant le discours inaugural, et comme dans un testament à l’heure de mon départ ce que : Il vous revient de vivre, chers frères et sœurs, une période
beaucoup plus difficile parce que, sans qu'il y ait eu une révolution
sanglante, les effets de l'évolution sociale sur la vie de l'Eglise sont plus
subtilement destructeurs que ceux produits par les courants idéologiques du
XVIIIème siècle. Le moines qui suivent la Règle de Saint Benoît, apprennent, dans leur manière de vivre sous la conduite de l’évangile[14], que ce n’est pas l’acte religieux ce qui fait le chrétien mais leur capacité dans la participation à la souffrance de Dieu dans le monde, c’est à dire, en voyant le Seigneur présent dans ceux qui souffrent, même si c’est parce qu’ils sont prisonniers d’une passion mal maîtrisée qui les tient prisonniers comme la brebis dans les ronces[15]. Par fidélité à ce que je vous ai dit, et en ce qui me concerne, par la claire volonté de Dieu manifestée dans une nouvelle élection faite par le Chapitre Général, de continuer comme votre co-serviteur et votre collègue, mes collaborateurs et moi-même avons trouvé des professeurs qui pourront vous indiquer le chemin à suivre en cette époque incertaine : passerais-je un ravin de ténèbres, je ne crains aucun mal ; près de moi : ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent[16], car nous avons besoin de ceux qui seront comme le bâton et la houlette nous servant d’appui, mais toujours fidèles au Magistère de l’Eglise, ce qui n’empêche pas d’être audacieux dans la lecture des signes des temps historiques, qui aujourd’hui présentent de grandes interrogations. 6. Travailler pour vous Il est certain que je vous ai dit aussi : Aujourd'hui, pour ce dernier discours d'ouverture, je m'adresse à vous en faisant mémoire de l'origine de ces cours que nous avons commencé, qui fut comme un appel au secours de la part de ceux qui sont entrés au monastère au temps où le Chapitre Général de l'Ordre débattait de la définition de son identité. L'Ordre n'avait pas encore fait la Déclaration sur les principaux éléments de la vie cistercienne aujourd'hui et ne possédait pas encore les Constitutions de l'Ordre Cistercien, et cette génération désirait donner quelque chose de meilleur à celle qui lui succéderait. En effet, c'est seulement après 1969 que ces documents ont pu configurer chacun des monastères et des Congrégations qui les ont reçus avec bonne volonté ; c'est seulement alors que s'est achevée la restauration de l'Ordre après la destruction occasionnée par la suppression de Cîteaux en 1789, c'est-à-dire exactement 220 ans après cet événement historique qui entraîna 91 ans d'interruption des Chapitres Généraux ordinaires, lieu de la continuité et de la communion. Malheureusement, l'illusion de reconstruire l'Ordre tel qu'il était avant la Révolution française conduisit à restaurer un genre de vie rythmé par le Rituel de 1689, projet que, heureusement, le Concile Vatican II fit échouer[17]. 7. Chercher la clairvoyance et la sincérité La lente progression de ma sequela Christi n’est pas en harmonie avec ma croissance « monastique », qui pourrait avoir donné l’impression d’être météorique, sans être telle à l’intérieur. En effet, onze ans après ma profession simple, j’ai été élu comme abbé, à peine âgé de trente-sept ans. Quinze ans se sont écoulés et j’ai été élu Abbé Général, et je n’ai pas accepté l’élection conformément au désir de la communauté de Poblet de me retenir comme abbé. Après vingt cinq ans de charge abbatiale dans ce monastère, j’ai été à nouveau élu Abbé Général et réélu l’année dernière, mais sincèrement je dois admettre aussi que je commence à savoir que je serais vraiment clair et sincère, au moins intérieurement, si je commençais à mettre en pratique sérieusement le sermon sur la montagne… finalement il y a des choses pour lesquelles cela vaut la peine se s’engager. Et, il me semble que la paix et la justice sociale, ou à proprement parler le Christ sont quelque chose de ce genre[18]. De là est venu que, en pensant à mon option pour les jeunes, la décision suivante a surgi en moi : 8. L’objectif à atteindre : être pour les autres Il faut trouver le chemin d’humanisation auquel conduit le projet de nous faire plus humains avec le Dieu qui s’est révélé en Jésus. Le chrétien n’est pas un homme religieux, mais un homme, simplement, simplement comme l’était Jésus. Bien qu’il fasse chaque matin son signe de croix, Bonhoeffer, qui cette année tiendra une place marquante dans le cours, confessait sa peur et sa méfiance devant la « religiosité ». Jésus n’appelle pas à une nouvelle religion, mais à la vie. Dieu, paradoxalement, ne s’est pas révélé en un homme religieux, mais au moyen d’un homme, et comme homme, non en un prêtre, mais simplement en un homme, non dans le sacré, mais simplement dans la vie humaine. Si Dieu a assumé pleinement l’humanité dans le Fils, il est bon pour l’homme d’être homme, d’être et demeurer homme, pour être, en suivant le Christ, un homme « avec » les hommes et « pour les autres ». Si la terre a été digne de soutenir les pas de l’homme Jésus-Christ, si un homme comme Jésus a vécu, alors et seulement alors, vivre a sens pour nous les hommes[19]. C’est pourquoi il faut premièrement être pleinement des hommes, ensuite des chrétiens et, finalement, des moines. Ce sont les démarches que nous essayons de faire et que je ne cesse d’énoncer pour ne pas faire de vous des « religieux » ni des « monastiques ». Le chrétien suit le Christ fait radicalement homme en l’imitant dans son agir et non dans des pratiques religieuses, parce que la religion recherchée comme une sorte de "bricolage", en fin de compte ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes. Aidez les hommes à découvrir la véritable étoile qui nous indique la route: Jésus Christ [20]. Ces cinq dernières années, c’est à dire, depuis que nous avons commencé à travailler ensemble dans les Cours de Formation Monastique, à partir de la documentation reçue du Chapitre Général unique, célébré en 2000, il s’est produit un changement, tant en moi que chez les étudiants, et ce changement me permet de m’approprier les paroles de Bonhoeffer à propos du Sermon sur la Montagne, dites alors qu’il avait trente ans et que moi j’ouvre les yeux et crie mon eureka ! quarante-trois ans après mon entrée au monastère. Pourquoi ne devrais-je pas pouvoir vous confesser cela ? Il y a, en outre, d’autres paroles de Bonhoeffer qui peuvent illustrer notre situation : Pour la première fois j’ai pris la Bible…, j’avais souvent prêché … j’avais vu beaucoup de choses de l’Église, j’avais parlé et prêché là-dessus –et je n’étais pas encore devenu chrétien mais plutôt un maître de moi-même complètement sauvage et indomptable. La Bible m’a libéré de tout cela, en particulier le Sermon sur la Montagne…[21] Si je ne transmets pas ma « tradition », avec un retard plus grand que le sien, (il avait 30 ans quand il écrivait cette confession), et qui est la seule chose que j’ai à vous offrir, que pourrais-je vous communiquer pour essayer de stimuler votre croissance ? L’apparent curriculum météorique monastique présenté comme « carrière » ne vous aidera en rien, mais ce sera tout le contraire. Pour terminer, réalisons que tout notre effort pour ne pas être des « homme religieux » ne peut faire cesser d’avoir devant les yeux que la prière ne peut substituer aucune action, mais elle est une action qui ne peut être substituer par aucune autre, comme le disait Dietrich Bonhoeffer[22], et que dans les paroles de Saint Benoît il y a : Avant tout, demande-lui (au Seigneur) par une très instante prière qu'il mène à bonne fin (perfectionne) tout bien que tu entreprennes[23] et à l'heure de l'office divin, aussitôt le signal entendu, on quittera tout ce qu'on a dans les mains, et l'on se hâtera d'accourir[24] et on examinera avec attention si le novice cherche vraiment Dieu, s'il est attentif à l'Oeuvre de Dieu, à l'obéissance et aux humiliations[25]. Ainsi soit-il et merci pour votre attention.
[1] Le titre Sequela Christi m’a été suggéré par le livre de Bonhoeffer qui le porte, Nachfolge Christi, et que j’ai lu il y a plus de trente ans. Le Décret Perfectae Caritatis du Concile Vatican II, promulgué en 1965 l’a recueilli, je ne sais pas si c’est indépendamment, pour l’insérer dans son texte : “La norme ultime de la vie religieuse étant de suivre le Christ selon l'enseignement de l'Evangile, cela doit être tenu par tous les instituts comme leur règle suprême. (Cum vitae religiosae ultima norma sit Christi sequela in Evangelio proposita, haec ab omnibus institutis tamquam suprema regula habeatur)” (P C 2) et le Saint Père Benoît XVI en se référant à ce document et en contribuant au “Simposio-Bilancio e prospettive della via consacrata” lors des quarante ans de sa promulgation (28 novembre 1965) a écrit : Mi riferisco innanzitutto a quella che il Decreto Perfectae caritatis qualifica come vitae religiosae ultima norma, norma suprema della vita religiosa, e cioè la secuela de Cristo. Un’autentica represa della vita religiosa non si può avere se non cercando di condurre una existenza pienamente evangelica, senza nulla anteporre all’unico Amore, ma trovando in Cristo e nella sua parola l’essenza più profonda di ogni carisma del fondatore o della fondatrice. [2] Gran Enciclopèdia Catalana, vol.21, sixième édition, juillet 1995 [3] Règle de saint Benoît, prol. 45. [4] Ibidem 73, 1-2. [5] Ibidem 4, 21. [6] Texte de Dietrich Bonhoeffer, théologien allemand, né en 1906 à Breslau (Silésie) et mort en 1945 à Flossenbürg (Bavière). Il a pris part au mouvement de résistance contre le nazisme, ce qui le conduisit en prison en 1943 et à la mort au camp de concentration de Flossenbürg en 1945. Son livre Widerstand und Ergebung a fait de son auteur un penseur chrétien contemporain. A l’époque où il vivait en prison il s’est rendu compte que le monde moderne faisait abstraction des références religieuses et, par conséquent, le christianisme devait se préparer à vivre dans un monde sécularisé. 100 ans ont déjà passé depuis sa naissance en 1906 et 60 ans depuis sa disparition (il fut assassiné par les nazis). « La disparition de Dieu de la vie publique » dont nous parle le Saint Père Benoît XVI, nous fait penser à la vision de Bonhoeffer en 1943 sur l’avenir du christianisme. Je connais les écrits de Bonhoeffer depuis presque quarante ans, lorsque le professeur de l’Athénée de Saint Anselme, Magnus Löhrer, nous a parlé de la absconditas Dei et des lettres de captivité de Bonhoeffer, comme précurseur de ce que l’on a appelé ensuite la théologie de la mort de Dieu. La lecture de La vie communautaire, fruit de son expérience comme responsable de Finkenwalde, m’a conduit, déjà comme jeune abbé de Poblet, à lire ce que j’ai trouvé de publié à ce moment-là, et j’ai communiqué sa doctrine dans beaucoup de mes sermons capitulaires et homélies sans révéler l’origine pour ne pas susciter de craintes en diffusant une doctrine ‘non catholique’. Aujourd’hui, à cent ans de sa naissance et soixante de son martyre par ‘fidélité à une cause juste’, en lisant les études faites sur lui et en relisant tout ce qui est déjà connu, le personnage et l’œuvre acquièrent une nouvelle actualité et un relief nouveau. [7] Mt 5. [8] Lc 17,20-21. [9] Renate WIND, Dietrich Bonhoeffer, PIEME 1995, p.53. et aussi D.BONHOEFFER, Résistance et soumission, Lettres et notes de prison, Lettre à Eberhard Bethge. Les paroles de Bonhoeffer rappellent : reprise authentique de la vie religieuse sinon en cherchant à mener une existence pleinement évangélique, dont a parlé le Pape Benoît XVI dans son Messaggio de Benedetto XVI in occasione della Plenaria della CIVCSVA (27 octobre 2005), où il parle : a) Diagnosi sulla vita religiosa: Necessità di “un’autentica ripresa”, b) Il Concilio, “fonte di ispirazione”; c) Condurre una esistenza pienamente evangelica”; d) Conformità con Cristo secondo la norma suprema della sequela; e) Nella varietà dei carismi; f) Nella comunione ecclesiale e in sintonia con i Pastori; g) Peculiare responsabilità del Superiore. [10] Benoît XVI homélie du 21 août 2005, sur l’esplanade de Marienfeld. Les pasteurs appelés par les anges comme les Mages d’Orient sont devant la crèche, non comme des ‘pécheurs convertis’ mais simplement parce qu’ils viennent attirés par la crèche (l’étoile) comme ils sont. Voir aussi le texte d’A. CORBIC, Un christianisme non religieux. [11] Règle de Saint Benoît, prol. 36.43. [12] RB prol. 49. [13] J.RATZINGER, L’Europa di Benedetto, Siena-Roma, 2005, Ed.Cantagalli, p.116. [14] RB prol. 21. [15] Discours de conclusion du Cours 2005. [16] Ps 23, 4 [17] Discours d’ouverture du Cours 2005. [18] Texte de D. Bonhoeffer cité dans l’homélie le 22 août 2006 au Collège Saint Bernard. [19] Arnaud CORBIC, Bonhoeffer. Un christianisme non religieux, p.82-89. Devenir un homme, un chrétien. [20] Benoît XVI, homélie du 21 août 2005, sur l’esplanade de Marienfeld. [21] Lettre du 27-1-1936 citée par Bethge. [22] Phrase écrite sur une carte postale vendue à Floddenbürg. [23] Règle de Saint Benoît, prol. 4. [24] ibidem 43, 1. [25] ibidem 58,7.
CONTINUITE PROGRESSIVE Chers étudiants, Nouvelle récapitulation, oui, mais pas une stratégie. Il est facile d’expliquer la raison d’être des Cours de Formation programmés depuis 2001 par le Collegium Sancti Bernardi in Urbe, de l’Ordre Cistercien, étant donné qu’il s’enracine dans le désir caché, depuis ma profession simple, d’avoir des contactes avec d’autres moines de notre Ordre, désir qui s’est réalisé contre toute espérance après une longue attente. Après quelques années de vie au monastère, et contre toute attente, j’ai eu l’opportunité d’être étudiant à Rome et de connaître d’autres moines de notre Ordre, avec lesquels j’ai commencé une amitié qui dure encore aujourd’hui, mais la fréquentation des aula et la préoccupation pour les études m’a fait constater que, par manque de préparation, mon effort a été disproportionné au rendement obtenu. Dès le noviciat, outre l’aide spirituelle à apporter aux candidats, les responsables devraient découvrir les dons et les talents de chacun d’eux afin de les développer pour que, ensuite, avec leurs qualités, ils soient disposés à servir le Seigneur présent dans leurs frères. Envoyer les jeunes profès dans des centres universitaires, sous quelque forme que ce soit, oui ! Mais offrir un appui proportionné à chacun, afin qu’ils puissent épanouir au maximum leurs charismes et dispositions, sera toujours pour le bien du monastère et doit entrer dans le programme de formation de tous. L’accès à la culture ne doit pas être exclusiviste, concédé de manière arbitraire et particulariste ou motivé par d’autres critères de sélection, et uniquement à quelques-uns. L’instruction est un droit pour tous et c’est un devoir des supérieurs d’offrir l’égalité des chances, ce qui de nos jours est reconnu par les Droits de l’enfant[1], et le Programme de la formation dans l’Ordre de Cîteaux, approuvé par le Chapitre Général 2000, mais auparavant il n’en était pas ainsi. Quelle que soit la raison, tous les jeunes qui frappent à la porte n’ont pas pu faire des études avant d’entrer dans la communauté, et parfois, bien qu’ils aient eu cette possibilité préalable, l’évolution postérieure de chacun d’entre eux ne suit pas le même rythme de croissance. Il peut arriver dans ce cas que durant les années d’études supérieures, un blocage intérieur, qui se produit pour des causes que peut-être le jeune profès ne sait même pas s’expliquer à lui-même –chacun a droit à ce que soit respectée son intimité, sans cette dernière une personne ne vaut rien–, ou que le blocage extérieur causé par les crises périodiques vécues dans les communautés – qui ont aussi droit à une bonne réputation–, gâchent l’opportunité reçue. Les thèmes de psychologie développés dans les Cours de Formation, par le professeur Amedeo Cencini[2], ont apporté des réponses, sans qu’il y ait besoin que les étudiants formulent eux-mêmes les questions qu’ils se posaient, peut-être depuis des années. Cela les a aidés à se connaître eux-mêmes, sans nécessité de découvrir et d’exposer leur croix personnelle. J’ai parfois expliqué que, durant le temps de mes études à Rome a eu lieu la préparation du Chapitre Général spécial de l’Ordre Cistercien et que j’ai vécu de près la rédaction de la Déclaration du Chapitre Général sur les principaux éléments de la vie cistercienne, ainsi que celle des Constitutions de l’Ordre Cistercien ; ce qui m’a surpris, parce que les précarités doctrinales et juridiques étaient à ce moment –heureusement- reconnues officiellement avec la rédaction de ces documents, leur étude faite par les capitulants et l’approbation qu’ils leur ont donnée en conséquence. Tout cela était quelque chose qui n’entrait pas dans nos prévisions de candidats à être moines d’un Ordre si ancien et si connu[3]. Ancrés dans le passé ? Un an après ce Chapitre, j’ai été élu abbé de Poblet et immédiatement j’ai diffusé, dans mon contexte monastique immédiat, les textes qui y avaient été approuvés ainsi que le Décret Perfectae Caritatis. Ensuite j’ai suivi, comme membre du Chapitre Général, l’évolution de ces documents. Mais, comme Abbé Général, j’ai constaté avec douleur que tout ce travail, fruit de sondages auxquels tout les membres de l’Ordre ont participé, n’a pas été diffusé, et qu’on n’a pas non plus appliqué toutes les possibilités qu’il contenait. Pour leur diffusion on est arrivé à la célébration d’un Chapitre Général unique (abbés et abbesses), qui a révisé et approuvé de nouveau les textes donnés par le Chapitre Général spécial de 1968-1969 et a appliqué leurs contenus, conjointement avec d’autres documents d’importance majeure approuvés postérieurement, tels que le Programme de la formation dans l’Ordre de Cîteaux et le Statut des Fondations. Finalement l’heure est arrivée de lever l’ancre et de continuer à naviguer, emportés par le vent nouveau qui a soufflé dans l’année jubilaire de l’an 2000, sous la consigne Duc in altum, donnée par le Saint Père en entrant dans le troisième millénaire du Christianisme. Le Concile Vatican II comme boussole[4] pour nous orienter sur notre chemin Avec la documentation reçue du Concile Vatican II, inspiratrice de celle que nous a donné le Chapitre Général, nous avons trouvé le guide pour programmer les Cours de Formation pensés à votre intention, vous qui êtes la continuité progressive des monastères et de l’Ordre. Les Cours sont la conséquence du besoin de formation expérimentée dans les communautés, et l’assistance des jeunes et leur enthousiasme en sont la constatation. Il n’y a rien d’original dans ce projet si ce n’est le développement de ce que nous ont légué nos pères et mères dans le monachisme. De là vient le titre de « Continuité progressive » par lequel je qualifie notre gestion. Il n’y a là rien d’original, on peut seulement parler de fidélité à ce que le Chapitre Général spécial qui a suivi le Concile Vatican II a donné à l’Ordre, selon les lignes directrices du Décret Perfectae Caritatis et des autres documents et constitutions de ce grand événement qui a marqué la vie de l’Eglise et de la société dans la seconde moitié du XXème siècle jusqu’à nos jours. Tant le Pape Jean Paul II que l’actuel, Benoît XVI, ont parlé du Concile comme d’une « boussole » qui balise leur chemin et en raison de cela, comme un point de référence pour nous. Je cite littéralement sa confession : J’ai devant moi, en particulier, le témoignage du pape Jean-Paul II. Il laisse une Eglise plus courageuse, plus libre, plus jeune. Une Eglise qui, selon son enseignement et son exemple, regarde le passé avec sérénité et n’a pas peur de l’avenir. Avec le grand Jubilé elle est entrée dans le nouveau millénaire, portant dans ses mains l’Evangile appliqué au monde actuel à travers la relecture faisant autorité du Concile Vatican II. Le pape Jean-Paul II a très justement indiqué le Concile comme « boussole » permettant de s’orienter dans le vaste océan du troisième millénaire (cf. Lettre apost. Novo millennio ineunte, 57-58). Dans son testament spirituel il notait également : « Je suis convaincu qu’il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XXe siècle nous a offertes » (17.III.2000). Moi aussi, par conséquent, alors que je me prépare au service qui est propre au successeur de Pierre, je veux affirmer avec force ma ferme volonté de poursuivre l’engagement de mise en œuvre du Concile Vatican II, dans le sillage de mes prédécesseurs et en fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l’Eglise. On célébrera précisément cette année le 40ème anniversaire de la conclusion de l’Assemblée conciliaire (8 décembre 1965). Au fil des années les documents conciliaires n’ont rien perdu de leur actualité ; leurs enseignements se révèlent même particulièrement pertinents en ce qui concerne les nouvelles exigences de l’Eglise et de la société mondialisée actuelle[5]. Ces paroles et l’exemple reçu des Papes, ainsi que ce qui a été dit par le Chapitre Général spécial traitant des sources de notre vie dans les termes suivants : Parmi les documents du Magistère de l'Église, ceux qui tiennent pour nous aujourd'hui une place privilégiée sont les Constitutions et les Décrets du Concile Vatican II qui nous pressent de réaliser une rénovation adaptée de notre vie, en particulier le Décret "Perfectae Caritatis"[6], sont un permanent stimulant pour nous. Fidélité à la rénovation proposée par le Concile Vatican II Depuis 1970, comme abbé d’un monastère j’ai mis en application la documentation reçue de Vatican II et du Chapitre Général spécial, célébré comme conséquence du Concile, et à partir de 1996, comme Abbé Général, nous avons suivi le sentier sûr qui a été et reste celui du Magistère de Pierre, tant celui de Jean Paul II, qui a marqué la vie de l’Eglise durant 27 ans, que celui de l’actuel Benoît XVI. Encouragés par les paroles du message de Benoît XVI prononcé au lendemain de son élection, nous continuons à nous guider avec la même boussole qu’eux-mêmes, vous accompagnant et vous transmettant tout cet avoir, parce que nous n’avons rien de mieux à vous offrir pour la connaissance du Patrimoine spirituel cistercien, qui comme vous le savez, doit configurer votre personnalité monastique. Vous êtes la continuité progressive des actuels membres du Chapitre Général Je me permets de répéter, pour l’inculquer comme une incision dans votre esprit et votre cœur, que nous sommes, et vous êtes, une continuité progressive de tout ce qui nous a été donné en 1968-1969 et dans les Chapitres Généraux postérieurs jusqu’à celui de 2005[7]. La nature ne fait pas de sauts et à cause de cela, sûrs de ce que nous avons reçu parce que cela vient de la suprême autorité de l’Ordre, fortifiés par l’approbation du Saint Siège[8], vous déploierez toute la richesse contenue en l’adaptant aux signes des temps avec un langage approprié à la culture contemporaine et répondant aux nécessités d’aujourd’hui. Avec les Cours de Formation Monastique nous essayons de vous donner cette piste pour que vous puissiez prendre votre envol. Les principes d’intégrité, d’authenticité, de simplicité, et d’unité sont aussi comme quatre colonnes sur lesquelles se pose la tradition monastique cistercienne qui doit être adaptée à l’histoire actuelle sans anachronismes. La continuité progressive concrète du Cours 2006 Concrètement cette année vous avez eu un cours sur le thème du Christianisme non religieux qui a été accompagné d’un autre, très actuel et utile, intitulé La situation actuelle des transmissions, parce que si nous parlons de la Bible et de la Tradition comme sources de la Révélation et que nous avons aussi fait appel au Magistère de l’Eglise, mais que d’autre part, nous ne prenons pas suffisamment en compte que le contexte de la tradition est changeant, et que nous distinguons difficilement les éléments permanents qui s’y trouvent de ceux qui sont caduques et peuvent la défigurer, si nous ne faisions pas cela, alors nous pourrions courir vers le relativisme et tomber sous sa dictature. Autre pas en avant : Après le Sermon sur la Montagne, nous trouvons des invectives du Christ contre les pharisiens : Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. (Mt 5, 20) Le texte affirme avant tout que la justice humaine est clairement insuffisante. Qui est capable de se glorifier honorablement d’avoir compris dans l’intime de son âme, réellement et sans réserve aucune, le sens de chacune des exigences, de les avoir réalisées dans toute leur profondeur, et encore moins de les avoir accomplies abondamment ? Ce texte d’un théologien connu, a été complété par lui même, cela fait déjà quarante ans, par une explication lumineuse : Nous savons que dans l’Eglise il existe un ‘état de perfection’ dans lequel on s’engage à accomplir ce qui n’est pas demandé, dépassant ainsi la loi. Mais ceux qui lui appartiennent sont les premiers à affirmer qu’ils sont toujours des commençants[9], qu’ils aspirent toujours à quelque chose de plus. L’ « état de perfection » révèle dramatiquement la perpétuelle imperfection de l’homme[10]. Les Cours doivent vous apprendre à être conscients de cette dramatique révélation : la perpétuelle imperfection de l’homme[11] et vous faire réaliser que l’attitude du publicain de l’Evangile nous est proposée par Saint Benoît comme le dernier des degrés de l’humilité : Seigneur, je ne suis pas digne, moi, pécheur, de lever les yeux vers le ciel[12]. Il est à propos dans cette conclusion, de recourir de nouveau à Dietrich Bonhoeffer pour mettre en relief l’importance du Sermon sur la Montagne comme point de départ pour nous et pour vous qui achevez de commencer votre vie monastique : Le renouveau de l'Eglise devra à coup sûr venir d'une nouvelle forme de monachisme qui n'aura qu'un seul point de commun avec l'ancienne, une vie vécue sans compromission selon le Sermon sur la montagne à la suite de Jésus[13]. Qu’est-ce que la Transmission ? La continuité progressive vous met en relation avec le passé et le futur, vous venez d’un lieu a quo et vous allez vers un lieu ad quem. C’est le flux de la tradition, mais étant donné que l’homme doit aussi créer son existence, il ne se plonge pas simplement dans le fleuve de la tradition qui coule continuellement, pour se laisser entraîner, immergé dans son courant, en répétant des paroles et des rites, peut-être sans contenu, parce que le contenu a déjà changé, mais l’homme doit se maintenir à une certaine distance critique vis à vis de la Tradition. Cette distance critique vis à vis de la Tradition rendra cette dernière d’autant meilleure que l’homme réalisera davantage son existence en réfléchissant sur le sens de ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Cependant, la critique de la Tradition en tant que telle est très ambiguë. Elle peut être positive et nécessaire, dans la mesure où elle libère l’homme de la servitude de quelque Tradition, mais aussi elle peut être pernicieuse quand elle détruit cette maison dans laquelle l’homme acquiert sa patrie et peut vivre. La crise de la Tradition peut être causée par des facteurs extérieurs, qui créent de nouvelles conditions, par la mutation sociologique, la mutation de la vision du monde, et ainsi de suite. Alors les traditions antérieures peuvent apparaître obsolètes, antiques, des coutumes vides et sans contenu. De tels facteurs peuvent conduire à ce que l’homme, même intérieurement, ne puisse plus continuer à réaliser certaines traditions, parce qu’elles ne conviennent plus à sa propre manière de penser et d’être. La question de la
Tradition s’inscrit ainsi dans une considération anthropologique générale
très complexe, parce qu’il faut, entre autres, considérer les aspects
suivants : Il apparaît clairement que beaucoup des questions posées sur la pratique pastorale de l’Eglise, sur la liturgie et ses formes, sur la rénovation de la vie monastique[14], de fait, ont leurs racines dans la problématique anthropologique générale de la Tradition. Nous avons à recevoir et à transmettre la tradition Avec tout ce qui a été dit, nous avons cru opportun de mettre au programme cette année le thème de la Situation actuelle des Transmissions. Chacun de vous pourra tirer les conséquences personnelles, montrant ainsi qu’il a compris une matière si importante, qui doit être connue à notre époque de changements tellement profonds comme le sera celle que vous aurez à vivre et en étant sûrs que la vie de votre communauté nécessitera d’être adaptée à la nouvelle réalité socio-économico-culturelle de chacun des pays où se trouvent vos monastères.[15] Régulièrement dans la vie de la société des thèmes nouveaux apparaissent, fournis par la science, et ils doivent être mis en confrontation avec l’Evangile, la norme qui ne doit être normalisée par aucune autre norme supérieure à elle , et nous savons que l’interprète authentique de l’Evangile est le Magistère de l’Eglise, à travers ses diverses manifestations de valeur inégale[16]. Nous devons être attentifs à ce dialogue enter foi et science, c’est pourquoi dans les Cours de nouveaux thèmes ont été introduits pour vous informer sur les contrastes avec la Bible et le Magistère de l’Eglise et de l’Ordre, afin que vous soyez une Continuité progressive en relation avec vos prédécesseurs, qui, en mettant un point final à la Déclaration sur les principaux éléments de la vie cistercienne aujourd’hui, leur œuvre maîtresse, humblement et très consciemment ont admis : En terminant cette Déclaration sur les principaux éléments de la vie cistercienne aujourd'hui, nous ne devons pas croire que, – même si ces éléments sont pleinement mis en pratique, – nous aurons accompli la rénovation de notre vie avec tout ce qui a été dit. En effet, comme l'Église en pèlerinage est appelée par le Christ à une réforme continue, dont elle a toujours besoin comme institution humaine et terrestre, ainsi et plus encore notre Ordre, chaque Congrégation et monastère, et tous leurs membres y sont appelés[17]. Le Pape actuel aussi est conscient d’être une
continuité progressive de son prédécesseur, dont il a été l’étroit
collaborateur, mais maintenant il doit donner de nouvelles réponses, pour
lesquelles tous deux invoquent le Concile Vatican II comme leur
‘’boussole’’. Cependant, comme nous l’avons déjà dit en parlant des Transmissions, cette réforme continue est nécessaire parce que la marche de l'histoire humaine est sans cesse plus rapide et apporte avec elle des circonstances toujours nouvelles, et crée de nouvelles opportunités et de nouveaux problèmes, auxquels notre vie devra être adaptée – dans ses aspects soumis au changement[18]. C’est la raison pour laquelle nous avons donné à cette allocution le titre de Continuité progressive. Fidélité au passé, certes, parce que nos racines y plongent, mais aussi capacité de regarder le lendemain et de répondre à sa problématique avec discernement, par ce que là se trouve notre avenir, que vous êtes vous, c’est vous qui êtes notre continuité progressive, sans oublier la charte suprême : le Sermon sur la Montagne. Rome, le 23 septembre 2006.
[1] La Déclaration internationale des Droits de l’Enfant, promulguée par l’ONU le 20 novembre 1959, parle au n°5 du droit à une éducation et des soins spéciaux et les paragraphes 1 et 2 de l’art. 27 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, faite par l’ONU le 10 décembre 1948, traitent de ce thème d’une manière plus exhaustive. [2] Ce professeur, par ses conférences, a ouvert aux étudiants un chemin pour se connaître, en entrant à l’intérieur de soi-même, sans qu’il y ait la nécessité d’exposer ses problèmes personnels ni de leur chercher une explication et d’attendre d’en trouver une auprès de ceux qui ne pourront rien régler. Les notes reçues durant le Cours et la vaste bibliographie existante viennent en complément de ce qui a été entendu. [3] Pour compenser ce vide, les élèves du premier Triennat de Formation Monastique au Collège Saint Bernard de l’Ordre Cistercien ont publié le livre Pour mieux connaître l’Ordre Cistercien, un recueil de documents d’importance majeure et de grande utilité pour donner une initiation adéquate, car bon nombre de ces textes n’étaient pas publiés. [4] Si le Pape Jean Paul II n’a pas hésité à donner ce qualificatif aux Décrets et Constitutions du Concile Vatican II, avec un fondement encore plus grand nous devons les considérer nous aussi comme notre point de référence. [5] Message aux cardinaux réunis en la Chapelle Sixtine, le 20 avril 2005, au lendemain de l’élection du Pape Benoît XVI. [6] Déclaration, 4. [7] Les thèmes à traiter au Chapitre Général de l’an 2000 ont été sélectionnés dans l’intention d’adapter à la nouvelle composition du Chapitre Général avec la présence des Abbesses, les documents de 1968-1969, où l’on a célébré un Chapitre Général spécial après le Concile Vatican II pour les approuver de nouveau. Par cela on voit la continuité progressive vécue depuis 1969 jusqu’au dernier Chapitre Général célébré en 2005, dans lequel un secrétariat composé entièrement de jeunes moines et moniales qui est le signe de l’Option pour les jeunes qui guide notre gestion. [8] La Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée a approuvé les Constitutions de l’Ordre dans lesquelles, à l’Art 3, la Déclaration est citée, à l’endroit où sont décrits les principes évangéliques et théologiques de la vie cistercienne, son union avec l’Eglise… [9] Règle de Saint Benoît, 73,1 : Cette Règle, que nous venons d'écrire, il suffira de l'observer dans les monastères pour faire preuve d'une certaine rectitude morale et d'un commencement de vie monastique. Nous sommes donc toujours des commençants. [10] J RATZINGER, Introduction au Christianisme [11] A. CENCINI, La grâce de la formation permanente, nous a parlé de descendre à l’intérieur de nous-mêmes pour y découvrir le défaut fondamental qui conditionne toute notre vie et qu’il faut assumer parce qu’il nous accompagne durant toute la vie et révèle dramatiquement notre permanente imperfection. [12] Règle de Saint Benoît, 7,65. [13] d'une lettre de D. Bonhoeffer à son frère Karl Friedrich [14] Au moment de la rénovation adaptée promue par le Concile et par l’Ordre, on parlait des insignes prélatices ; des marques de respect dépassées, qu'on remplacera opportunément par celles de la politesse d'aujourd'hui ; des privilèges difficilement compris en notre temps, (cf. Déclaration de 1968-1969, Art 98). On peut rappeler l’usage de proclamer une excommunication contre ceux qui auraient causé quelque dommage à l’Ordre, tant dans le domaine temporel que moral, qui avait lieu le Dimanche des Rameaux et a été en vigueur jusqu’en 1964 et le Chapitre Général de 1958 l’a encore évoqué pour y apporter quelques retouches. Il existait aussi l’interdiction pour les frères convers d’entrer dans la bibliothèque, et ceux-ci récitaient un nombre déterminé de Notre Père parce qu’ils ne pouvaient pas prier le psautier, et d’autres choses du même style. Tout cela plongeait ses racines dans une tradition qui avait déjà perdu sa raison d’exister, parce que le contexte socio-religieux et culturel qui l’avait inspiré avait changé. [15] Un des thèmes de votre époque est de payer la cotisation de sécurité sanitaire et sociale comme tout citoyen et de ne pas exercer une profession (Professeur, par exemple) sans être officiellement titularisé, ce sont des devoirs qui ne peuvent être éludés en se basant sur l’utopie de penser que les moines vivent hors du monde. Il faut comprendre cette fuga mundi dans le sens de saint Jean : n’aimez ni le monde, ni ce qui est dans le monde parce que tout ce qu’il y a dans le monde –la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’ostentation de la richesse– ne vient pas du Père, mais du monde. Et le monde passe avec sa concupiscence ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. [16] Innos Biffi dans le Cours 2005 et même devant le Chapitre Général, a parlé des différentes valeurs des documents du Magistère de l’Eglise : les Décrets et Constitutions du Concile n’ont pas la même valeur que les allocutions de l’angelus de chaque dimanche, depuis la fenêtre du Palais Apostolique, en passant par les Encycliques, les Exhortations Apostoliques, les Homélies, et d’une valeur encore bien moindre, les allocutions à un Chapitre Général, dans lesquelles, parfois, on a obtenu des « rédacteurs » qu’ils fassent dire au Pape des expressions orientant les réactions des capitulants, recherchées par les responsables de la première rédaction du texte, abusant de la bonne foi de leurs confrères. [17] La Vie cistercienne aujourd’hui, conclusion. [18] ibidem |
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