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| DISCOURS DE L'ABBE GENERAL AU CFM 2007
Sans tyrannie ni envieChers étudiants, Vous êtes arrivés de nouveau dans votre Collège, nous ouvrons aussi ce cours par la célébration de la messe conventuelle, qui vous convoquera chaque jour et commencera la journée de travail comme dans votre monastère. La communauté étant réunie pour écouter la Parole de Dieu avec un esprit et un cœur dociles, sans craindre ce que Dieu vous demande dans son appel quotidien, vous suivrez votre chemin de croissance humaine, chrétienne et monastique. La première lecture biblique d'aujourd'hui nous présente les habitants de Sichem et de la Pierre-Dressée qui, désireux d'avoir un roi, se réunirent sous le Chêne des Étoiles, à Sichem pour proclamer roi Abimélech. Nous savons que dans plusieurs passages de l'A.T. il se trouve deux courants : l’un monarchiste et l’autre anti-monarchiste. Iotam, qui était opposé à la monarchie (absolue), se présenta sur le sommet du mont Garizim et manifesta son opposition à proclamer roi un autre que le Seigneur, le seul roi ; il le fit avec une belle image extraite de la botanique : ni l'olivier, ni le figuier, ni la vigne n’ont voulu renoncer à donner leur fruit aux hommes pour dominer sur les autres arbres. Ceux qui avaient des dons et des talents pour le bien commun n’acceptèrent pas de poser leur candidature et il est resté uniquement le buisson d’épines, improductif, qui a accepté la candidature et a offert son ombre, parce que dans le cas contraire un feu dévorant des cèdres du Liban serait sorti de lui. En échange de très de peu de chose (l'ombre) il menaçait de brûler les forêts, si on ne le consacrait pas par l’onction pour être roi. Que retirons-nous de cette lecture ? Je ne sais pas si tous vous avez pris part à une élection abbatiale dans votre monastère ou à celle des conseillers, mais n'excluez pas qu’au monastère il puisse y avoir ces tractations préalables à une élection, comme nous l’avons entendu dans la première lecture. La Communauté monastique, composée de chercheurs de Dieu, selon la Règle de Saint Benoît[1], n'est pas libérée d’ambitions quand ces situations arrivent et en ceci la première lecture de la Liturgie de la Parole nous aide aujourd'hui à réfléchir sur notre comportement dans la vie quotidienne du monastère, afin que lorsque ces circonstances arriveront nous ne soyons ni manipulés ni manipulateurs. L'autorité, c'est-à-dire la coordination des dons et talents de tous pour le bien commun, doit être exercée par celui qui est disposé à donner sa vie dans ce service de s’accommoder à beaucoup de manières d’être sans chercher son propre profit. Pour assurer cette fonction, l’humilité est nécessaire aussi, parce que le coordinateur des talents des autres a uniquement le don d'utiliser les charismes des autres mais, parfois, manquant presque de tous, il devra exercer sa fonction en sachant qu'il ne possède rien de ce que les autres ont comme don de Dieu, et qu’ils sont disposés à servir le Seigneur avec les dons et les talents qu'Il a mis en eux. Le coordinateur doit administrer la richesse des autres pour le bien de tous et non comme un tyran. Le coordinateur ne peut pas oublier sa propre limite et les nécessités du monastère, et il doit essayer de savoir comment leur faire face à travers ce que savent faire les autres. Il saura ainsi reconnaître que les résultats obtenus ne sont pas les conséquences de son mérite et il ne pourra pas en tirer de la vanité ni se croire le meilleur et le premier de tous, mais il se verra le serviteur des autres et le dernier de tous en suivant l'exemple du Seigneur à la dernière Cène. Saint Benoît lui-même nous dit : C'est pourquoi nous jugeons que, pour conserver la paix et la charité, il faut que le gouvernement de son monastère dépende entièrement de l'abbé. Si faire se peut, toute la marche du monastère sera assurée par des doyens, et cela selon les ordres de l'abbé, comme nous l'avons déjà dit. Les charges étant confiées à plusieurs, un seul n'aura pas l'occasion de s'enorgueillir[2]. N'oubliez pas que l'autorité morale, fondée sur le constant mode d'agir des personnes, s’acquiert dès le premier jour de votre entrée au monastère : la disponibilité pour le service, pour l’obéissance- collaboration avec l'abbé et avec tous pour le bien commun, sont deux des nombreux aspects dont est revêtu celui qui acquiert une autorité morale par sa manière d'agir. Le psaume responsorial[3] demande la bénédiction de Dieu sur le roi pour que la bénédiction et le bonheur descendent sur le peuple à travers son service. Il se passe la même chose avec ceux qui ont la mission de coordonner les talents et les dons des membres d’une nouvelle communauté : avec bonne santé, enthousiasme et sérénité et sans profiter de leur position pour leur bien propre, ils pourront retirer un grand bénéfice du potentiel de charismes existant dans la Communauté. C’est pourquoi il faut prier pour eux durant la Liturgie des Heures. Dans le passage de la lettre aux Ephésiens[4], qui accompagne l'alléluia, nous demandons au Père de notre Seigneur Jésus-Christ de nous accorder l'esprit de sagesse, pour que nous puissions connaître à quelle espérance nous sommes appelés. C'est-à-dire que nous demandons de chercher les choses d'en haut, non celles de la terre, mais s'il faut les chercher pour le bien de la Communauté, cela nécessite aussi de le faire avec sagesse. La parabole des journaliers nous enseigne que le Seigneur appelle à tous les âges de la vie. Cela est évident dans chaque communauté stable, parce qu’elle est composée de personnes d’âge différent, et non parce que tous seraient arrivés aujourd’hui et à l’âge qu’ils ont actuellement. En général tous, en leur temps, furent appelés à la première heure, mais au fur et à mesure que les années ont passé, s’il n’y a pas eu de nouvelles entrées, tous ont vieilli au même rythme en engendrant un lapsus de génération et ainsi ceux qui se sont approchés des portes du monastère par la suite, sont considérés comme appelés à l'heure des vêpres. Si nous lisons l'histoire du monastère comme celle d’une vieille enceinte qui abrite la petite Église formée par des membres de divers âges, nous pourrions avoir l'impression que tous sont arrivés le même jour à des heures différentes, et chacun à un âge différent, mais c’est seulement en apparence. Si nous regardons le catalogue, nous voyons que presque tous sont arrivés à la première heure de leur âge, bien qu'à une époque différente, et c’est seulement l’écart qu’il y a d’une génération à l’autre qui peut nous induire en erreur. Dans votre Communauté, sûrement, les divers âges de la vie sont représentés, et c’est excellent qu'il en soit ainsi. Les choses ont beaucoup changé depuis que sont entrés ceux qui sont maintenant les doyens de la communauté. Ils n'ont ni joui de ce que vous recevez, ni eu les opportunités qui vous sont données, mais ils ne sont pas dévorés par l'envie, au contraire, ils se réjouissent de vous voir croître et disposer de moyens qu'ils n'ont pas connus dans leur jeunesse, parce qu’ils n’existaient peut-être pas. De votre côté rappelez-vous que saint Benoît nous recommande de vénérer les anciens[5], c'est-à-dire de respecter et vénérer la vertu et l'expérience des anciens, en supportant le possible ralentissement de l'intelligence et les faiblesses corporelles : les anciens, à leur tour, stimulés par le diligere iuniores[6], aiment et collaborent, sans envie, pour que cette énergie première, cette fraîcheur des idéaux de la jeunesse, soient comprises charitablement dans leurs justes aspirations de rénovation et dans l'impétuosité de leur enthousiasme. Ainsi la charité régnera dans votre Communauté et mettra de l’onction dans les rouages de l'organisme monastique. Quand vous reviendrez dans votre Communauté, les anciens devraient pouvoir constater que vos études n'ont pas augmenté la distance que l'âge peut avoir interposé entre vous et eux, parce que, s'ils voient votre disponibilité, votre sollicitude et gratitude en raison de ce que vous avez reçu, ils verront qu'ils laissent le monastère entre les mains de personnes responsables. Ils pourront, comme le vieillard Siméon, entonner leur cantique : Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix..., parce que l'heure des complies est arrivée pour eux car déjà ils se préparent à achever leur journée monastique, d’une durée plus ou moins longue et d’un développement différent pour chacun d'eux. Dans la collecte de l'office de férie de cette semaine, nous demandons : fais que l'humanité ne répète pas le rejet tragique de la vérité et de la grâce, mais sache discerner les signes des temps pour être sauvée dans ton nom[7]. Les signes des temps historiques qu’il vous incombe de vivre sont très incertains, mais ils ne le seront pas autant, si dans vos Communautés, qui vivent peut-être le soir de leur vie, vous pouvez communiquer à vos frères et sœurs, quand vous rentrerez, votre respect et votre gratitude. En faisant ainsi, par votre manière de vivre sous la conduite de l'Evangile, un attrait se produira tant pour ceux qui sont vos pères et mères dans le monachisme, que pour ceux qui frappent à la porte du monastère où ils trouvent une Communauté qui a un bon accueil auprès de tout le peuple[8]. Ce sera là votre meilleure pastorale des vocations et la récompense de la fidélité de vos anciens : sans tyrannie dans l'exercice de l'autorité, ni envie dans les dons et les talents que les autres ont reçus et qui, bien coordonnés, servent pour le bien de tous. Ainsi le monastère sera l'École des imitateurs du Service du Seigneur : que le premier se fasse le dernier et que celui qui commande soit le serviteur de tous et que chacun le soit pour ses frères[9]. Ainsi soit-il.
[1] Règle de saint Benoît 58,7. [2] RB 65,11-13 [3] Ps 20 [4] Eph 1,17-18. [5] RB 4,70. [6] Ibidem 4, 71 [7] Collecte de la 20ème semaine du temps ordinaire cycle C, dans le Messale quotidiano, ed. San Paolo, Roma, 1994. [8] Ac 2, 42-47. [9] Cf. Jn 13, 1-15.
PER DUCATUM EVANGELII Dans le prologue de la Règle de saint Benoît nous trouvons cette belle expression, sous la conduite de l’Evangile[1], qui devrait donner une orientation à notre formation dès son point de départ. Durant le long chemin, il nous faudra être toujours précédés par la figure du Bon Pasteur, tel qu’il a daigné se montrer à nos yeux dans l'Evangile, libérant la brebis prisonnière des ronces, qui est la nature humaine, captive de ses passions, dans laquelle le Logos s’est incarné. C’est lui, tel que nous le rencontrons dans l'Evangile, qui sera la norme de notre vie, la mesure de notre justice, afin de retourner par l’exercice de l'obéissance [du Christ] à Celui [Dieu] dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance [d’Adam][2]. Le moine devra être toujours en quête de lui, et toute notre existence devra être un labeur constant de conformation à ce modèle, à cet Homme-type qu’est Jésus-Christ. Sa propre vie divinisera la nôtre, et son exemple souverain réformera nos actes. C’est lui qui sera l’idéal suprême du moine, qui ne doit rien préférer à l'amour du Christ[3], et la Règle répète la même expression à la fin de l'avant-dernier chapitre, de manière plus absolue et emphatique, en ces termes : ils ne préfèreront absolument rien au Christ[4]. Le Pape Jean Paul II nous l'a dit avec d'autres mots : Jésus-Christ est la route principale de l'Eglise. Lui-même est notre route vers "la maison du Père[5]", et il est aussi la route pour tout homme[6]. Pour saint Benoît aussi l'homme au sens plein est Jésus-Christ, il est l’Homme-type, qui exclut tout anthropocentrisme autosuffisant et le change en un anthropocentrisme ouvert à l'autre comme le dit l'encyclique Redemptor hominis de Jean Paul II. Le Pape actuel, Benoît XVI, commentant et glosant son prédécesseur, dit que tout anthropocentrisme qui essaye d'effacer Dieu comme concurrent de l'homme s’est changé, depuis longtemps, en dégoût de l'homme et à cause de l'homme. L'homme ne peut plus se considérer le centre du monde et a peur de lui-même en raison de sa puissance destructrice[7]. Quand l'homme est placé au centre en excluant Dieu, l'équilibre d’ensemble est bouleversé et c’est alors que prend toute sa valeur cette parole de la lettre aux Romains[8] où nous lisons que le monde, entraîné dans la souffrance et le gémissement de l'homme défiguré en Adam, est depuis ce temps-là dans l'attente de sa libération par l'arrivée des fils de Dieu. Précisément parce que le Pape Jean Paul II portait le Christ au centre de son cœur, il a inauguré son Pontificat par l’énergique confession de Pierre : Tu es le Messie, le Fils de Dieu vivant à laquelle le Christ a répondu : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église[9]. Le nouveau Pierre a débuté son itinéraire en prenant jour après jour davantage conscience de qui il était et pourquoi il croyait en ce qu'il disait et faisait, et arrivé à la vieillesse, il a ouvert avec une force surprenante la Porte Sainte en l’an 2000 pour commencer le Jubilé, durant lequel, avec sa voix caractéristique et rajeunie, il criait : Non abbiate paura di accogliere Cristo e di accettare la Sua potestà ! Anzi spalancate le porte a Cristo[10] ! comme s’il voulait ouvrir en grand les portes du cœur des jeunes au Christ, car c’est uniquement avec la venue du Christ que les fils d'Adam peuvent devenir des fils de Dieu et que l'homme et la création peuvent vivre dans leur liberté. L'anthropologie de Jean Paul II est, par conséquent, dans sa racine la plus profonde, théocentrisme, ce que saint Benoît exprime ainsi : ne rien préférer à l'amour du Christ[11], qui est Dieu, et ils ne préfèreront absolument rien au Christ[12], tant de fois répété par Benoît XVI. L'anthropocentrisme chrétien chez saint Benoît se fait concret quand il dit : On prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout. On les servira comme s'ils étaient le Christ en personne, puisqu'il a dit : "J'ai été malade et vous m'avez visité[13] et de même en parlant des hôtes, parce qu'en ces derniers on reçoit le Christ : j'ai demandé l'hospitalité et vous m'avez reçu[14] ; et quand il traite de l'Abbé il dit : parce qu'on croit qu'il tient la place du Christ dans le monastère on l’appellera du même nom : Abba, Pater et Kyrios ou Seigneur [15]et, si toute la Règle est vivre per ducatum Evangelii, sous la conduite de l'Evangile, elle a dans sa totalité un fondement christologique, que vous devez découvrir dans sa lecture et son étude ; il suffit de lire attentivement le chapitre quatre où vous trouverez les béatitudes, le décalogue, les oeuvres de miséricorde. Premièrement, donc, il faut suivre cette initiation au christianisme, tant celle que nous donnent l'Evangile, le Magistère de l'Église et la Règle, que celle de livres qui vous ouvrent en grand les portes vers la connaissance du Christ pour centrer votre vie en lui. De là découle que, dans ce cours, premier d'un nouveau Triennium, il y a le thème de la lecture christologique des psaumes, partie de la Bible la plus lue par les moines et qui constitue notre livre de prière, comme nous le savons par la lecture complète de ce qu’on appelle le code liturgique auquel Saint Benoît consacre plusieurs chapitres[16]. Toutes les autres matières du Triennat de Formation Monastique tournent autour de ce sujet de telle sorte que votre avenir, déjà rendu présent, soit l’apprentissage du chemin à suivre dans votre transformation en Christ. Votre coexistence même dans le Collège Saint Bernard peut être cette introduction au christianisme pour qu'ensuite, en retournant au monastère, à la fin du Triennat, on voie que quelque chose s'est produit dans votre vie, un changement, une conversion. Lorsque l’on vit en communauté il faut observer des normes de comportement, certes, mais la formation chrétienne n'est pas seulement un ensemble de cérémonies qui effectueraient déjà par elles-mêmes cette transformation. À la fin de la visite canonique dans une communauté où il y a un groupe de jeunes en période d'initiation, en rédigeant la charte de visite, je leur ai écrit : ... la spiritualité que donne la Règle de Saint Benoît, c’est à dire : faire des moines des hommes centrés dans le Christ, serviables, zélés pour l'office divin, des collaborateurs obéissants à l'Abbé pour le bien commun, humbles et patients pour supporter les faiblesses des frères, les physiques comme les morales, accueillants à l’égard des hôtes. Par conséquent, ne pensez jamais que, moins vous dormez, mangez, plus vous supportez froid ou chaud, meilleurs moines vous serez, mais au contraire, plus vous aurez une bonne santé, plus vous aurez développé les dons et talents reçus du Seigneur, mieux vous le servirez présent dans les frères et vous pourrez maintenir le dialogue entre la foi et la culture qui permettra d'écrire de nouvelles pages à l'histoire de ce monastère[17]. C’est pourquoi, dans le
programme de formation préparé pour vous, jeunes moines et moniales qui suivez
la Règle de Saint Benoît, nous avons pris aussi en considération cette
formation intégrale : humaine, chrétienne et monastique, afin de faire de vous
des personnes capables d'entamer le dialogue entre la foi et la raison, puisque
vous connaissez, beaucoup mieux que nous quand nous avions votre âge, les
divers aspects de la culture, qui sont les suivants : Ces aspects se retrouvent dans toutes les cultures, c'est-à-dire que là où il y a une langue différente d'une autre, il y a une culture et, en conséquence également une nation[18] dans laquelle on peut tous les considérer, de manière plus ou moins évoluée et différente, selon la géographie où ils se développent. Un cours de formation monastique n'exclut de son programme, en aucune manière, la culture humaniste et c’est la raison pour laquelle nous avons énuméré les aspects sur l’histoire[19], parce que nous considérons nécessaire de les connaître pour établir ce dialogue entre la foi et la culture, dont nous avons parlé plus haut[20]. Il est important aussi de nous laisser guider par l’encyclique Foi et Raison de Jean Paul II[21], et c’est pourquoi nous avons inclus des visites, accompagnées par des professeurs compétents, de la Rome antique, chrétienne, de la Renaissance, et du Baroque jusqu'à arriver à celle de nos jours sans exclure de programmer, pendant le cours, dans le même but, des excursions en dehors de Rome, guidées également. Toute conversion présuppose la formation pour faire le parcours de changement et requiert la conversion intellectuelle qui inclut : accueillir le "donné" ; la nécessité de croître ; la conversion morale, avec deux théories du développement moral, et une morale du don de soi ; la conversion religieuse, qui demande l'union, ni la symbiose et ni non plus la nostalgie entre limite et désir ; la conversion affective qui intègre la dépendance et la confiance en soi-même et la libération qui s’en suit. De là résulte que le Triennat comprend des études de psychologie, de sociologie, d’art, outre les matières qui sont considérées comme plus propres à la formation religieuse et monastique, en commençant par les fondements bibliques de la vie consacrée. Le Triennat à accomplir n'est pas une espèce de "petit cours", qui dans son nom même, en diminutif, semble déjà indiquer une brève période et pour ainsi dire quelque chose de pas très approfondi ou bien des jours de congé. Nous avons essayé d'arriver à donner un caractère officiel aux études faites pendant le Cours une fois les examens passés. Le Collège Saint Bernard dispense les cours, mais chacun étudie au monastère pendant l'année et si au cours suivant les élèves présentent l'examen, par oral ou par écrit, après avoir rédigé un travail sur un sujet assigné par un professeur qui les guide dans leur recherche, alors ils recevront le certificat qui donnera un caractère officiel aux études effectuées, comme vous l’avez lu dans le triptyque qui a été envoyé à vos monastères pour offrir à vos supérieur(e)s cette occasion de veiller à votre formation. Les cours sont pensés pour vous afin de vous accompagner respectueusement dans votre croissance et de vous offrir ce que nous n’avons malheureusement pas eu l’opportunité de recevoir en notre temps. Aujourd'hui, quarante ans se sont écoulés depuis le Chapitre Général spécial tenu après le Concile Vatican II, nous avons essayé – non sans obstacles – de structurer l'Ordre selon les décisions prises dans les deux étapes (1968-1969) de ce Chapitre Général qui a travaillé intensément et avec un grand espoir pour appliquer à l'Ordre ce Concile qui a été un souffle de l'Esprit sur l'Église. Vous avez reçu une ample information de tout cela dans le livre Pour mieux connaître l'Ordre Cistercien[22] et dans les notes des cours qui ont été publiées en diverses langues, ainsi qu'en travaillant aux Archives de la Curie Généralice. La claire option pour les jeunes, prise par le Chapitre Général, et dont nous avons parlé tant de fois, est la garantie que nous ne voulons rien de plus que le meilleur pour vous, selon les possibilités du moment dans lequel nous vivons, mais il vous a été dit aussi que votre séjour à Rome est pour mener des études responsables et non pour vivre des vacances romaines ; plus encore, par affection, sympathie et compréhension, il vous a été dit que, si vos supérieur(e)s vous le permettent, vous pouvez arriver au Collège avant le début du cours ou y rester après sa conclusion, pour visiter Rome d’une manière plus libre, même si vous avez été avertis que, durant le cours, personne ne peut se permettre de programmer des visites à des amis ou des parents et encore moins de préparer, pour son propre compte, des sorties du Collège Saint Bernard, y compris de le faire sans autorisation. Si quelqu'un ose agir ainsi, il pourra être renvoyé à son monastère. Peut-être que ce que je viens de dire provoquera prématurément votre entrée dans l'heure du désenchantement, mais en réalité c'est l'heure de l'appel à une consécration plus libre et consciente de l'existence elle-même de l'Autre : c’est mûrir une confiance totale en Dieu, avec la participation aux souffrances du Christ, en conformité avec son "être-pour-les- autres" pour arriver à être véritablement des adultes chrétiens et responsables, capables de prendre soin de l'autre d’une façon stable et avec ouverture de cœur. Si le Triennat de formation ne vous conduit pas à ouvrir en grand les portes de votre cœur au Christ, à quoi servira t-il ? Ceci étant dit le cours est ouvert. Je vous remercie pour votre attention. Rome, 22 août 2007
[1] Règle de saint Benoît, Prologue,21 [2] RB prol. 2 [3] RB 4,21 [4] RB 72,11 [5] Jn 14,2 [6] Redemptor Hominis 13, cité par J. RATZINGER, Giovanni Paolo II, Ed. S.Paolo, Torino 2007, p.38. [7] J.RATZINGER, Ibidem. [8] Rm 8,19.21-22, En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu… d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. [9] Mt 16,16-18. [10] Jean Paul II, homélie durant la célébration de l’Eucharistie au commencement de son Pontificat le 22 octobre 1978, marqué par un évident christocentrisme qui ira en se déployant jusqu’à la fameuse expression du 15 août 2000 à Tor Vergata (Rome), pour la XVIII Journée Mondiale de la Jeunesse, et répétée à plusieurs reprises jusqu’aux derniers jours de son Magistère. [11] RB 4,21 [12] RB 72,11 [13] RB 36,1-2 [14] RB 53,1 [15] RB 2,1-3 et 63,13 [16] RB 8-19. Il ne faut pas s’étonner que le Mouvement Liturgique qui culmine dans la Sacrosanctum Concilium, commence dans les monastères bénédictins, où les moines, dans leurs désirs de retour aux sources, durant la restauration de la vie monastique après la Révolution française, ont découvert que dans la Règle de saint Benoît, il n’y a pas d’autre système de prière que celle d’utiliser la Parole de Dieu, parce que nous ne connaissons pas d’autre forme de prière sinon avec sa Parole même, c’est à dire avec la récitation des psaumes, la lecture de l’AT et du NT et les commentaires des Pères de l’Eglise qui sont la manière dont l’Eglise antique a lu l’Ecriture. [17] Charte à la Communauté de Poblet, au moment d’achever la visite canonique le 25 mars 2007. [18] Jean Paul II dans son discours à l’UNESCO le 1er juin 1980 et dans de nombreux voyages [19] Pour cela nous nous sommes servis de Enric Bagué, Historia de la Cultura y de la Técnica, Ed. Teide, Barcelone 1944, pp 6-7. [20] Ce n’est pas pour rien que Paul VI a déclaré saint Benoît Patron de l’Europe à Montecassino en inaugurant, en 1964, le monastère reconstruit, vingt ans après sa destruction, pratiquement dévasté en 1944 par un bombardement allié. [21] Jean Paul II, Foi et Raison, promulguée en 1998, très importante pour l’ assigner à l’enceinte anthropologique. [22] Préparé, en diverses langues, par les élèves du premier cours de formation en 2001.
LE CONCILE VATICAN II ET LE CHAPITRE GÉNÉRAL SPÉCIAL (1968-1969)DE L'ORDRE CISTERCIEN SONT LA BOUSSOLE POUR S’ORIENTER DANS LA RÉNOVATION DE L'ORDRE CISTERCIEN DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XXème SIÈCLE ET LE COMMENCEMENT DU XXIème SIÈCLE Chers étudiants En concluant le premier cours du III Triennat de Formation Monastique, nous pouvons regarder ce qu'ont représenté les deux Triennats précédents, tant pour les jeunes moines et moniales qui les ont fréquentés, que pour ceux qui ont vécu de près leur initiative, leur préparation et leur déroulement. Le projet trouve une claire formulation de sa motivation dans les paroles que les deux derniers Papes ont appliquées au guide de leur programme d'évangélisation et que je transcris littéralement, parce que c'est un appui pour notre option pour les jeunes, continuateurs de la vie monastique dans leurs monastères qui font partie des Congrégations dont se compose l'Ordre. J’ai devant moi, en particulier, le témoignage du pape Jean-Paul II. Il laisse une Eglise plus courageuse, plus libre, plus jeune. Une Eglise qui, selon son enseignement et son exemple, regarde le passé avec sérénité et n’a pas peur de l’avenir. Avec le grand Jubilé elle est entrée dans le nouveau millénaire, portant dans ses mains l’Évangile appliqué au monde actuel à travers la relecture faisant autorité du Concile Vatican II. Le pape Jean-Paul II a très justement indiqué le Concile comme « boussole » permettant de s’orienter dans le vaste océan du troisième millénaire (cf. Lettre apost. Novo millennio ineunte, 57-58). Dans son testament spirituel il notait également : « Je suis convaincu qu’il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XXe siècle nous a offertes » (17.III.2000). Moi aussi, par conséquent, alors que je me prépare au service qui est propre au successeur de Pierre, je veux affirmer avec force ma ferme volonté de poursuivre l’engagement de mise en œuvre du Concile Vatican II, dans le sillage de mes prédécesseurs et en fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l’Eglise. On célébrera précisément cette année le 40e anniversaire de la conclusion de l’Assemblée conciliaire (8 décembre 1965). Au fil des années les documents conciliaires n’ont rien perdu de leur actualité ; leurs enseignements se révèlent même particulièrement pertinents en ce qui concerne les nouvelles exigences de l’Eglise et de la société mondialisée actuelle[1]. Ce qui a été dit par les Papes, en effet, me rappelle que, depuis le premier instant de ma fonction comme Abbé Général, j'ai eu conscience que le patrimoine spirituel hérité du Chapitre Général spécial (1968-1969), après le Conseil Vatican II qui est comme l’application de celui-ci à l'Ordre, serait mon programme et je l'ai exprimé ainsi devant les capitulants dans le discours qui a suivi mon élection en 1995 : Je ne puis préparer pour vous - comme je l’ai déjà dit - aucun programme nouveau et personnel, ce qui, d'ailleurs n'est pas nécessaire, parce que les axes d’importance majeure ont été fixés durant ces dernières années et ont vu leur commencement dans le Chapitre Général de l'année 1968-1969 après le Conseil Vatican II. Il me revient de suivre, avec une grande prudence, les pas déjà tracés, parce que je sais, et vous aussi, que mon travail ne sera pas aussi brillant que celui de mes prédécesseurs[2]. Dans cette première allocution comme Abbé Général j'ai dit aussi : L'identité juridique de l'Ordre nous apparaît maintenant claire et les Abbés qui nous succéderont auront eu, dès le noviciat, une connaissance de l'Ordre, différente de celle de nos prédécesseurs et de nous-mêmes[3]. Les Décrets, Constitutions et Déclarations du Conseil Vatican II et les documents du Chapitre Général spécial des années 1968-1969 sont devenus, par conviction, mais aussi par manque de créativité personnelle, "une boussole sûre et fiable" qui a guidé mes pas. Depuis 1995 jusqu'à l'année 2000, on a intensément travaillé pour appliquer ce qui est dit au n°78 de la Déclaration du Chapitre Général sur les principaux éléments de la vie cistercienne aujourd’hui à propos des moniales et des monastères de moniales cisterciennes : Ce qui suit s'appliquera aussi entièrement aux monastères de nos moniales, à moins que ce ne soit évident par la nature même des choses traitées. En effet, les moniales de notre Ordre ne constituent pas un "second ordre" à côté du "premier" (formé de moines), mais appartiennent en tout au même Ordre de Cîteaux. Les monastères de moniales sont véritablement des monastères "sui juris" (autonomes), même si sur le plan juridique ils dépendent en plusieurs points du Père Immédiat ou de l'Evêque. En outre, beaucoup d'entre eux sont membres de nos Congrégations et usent de lois semblables à celles des moines. C'est pourquoi il est indubitable qu'il faut promouvoir, d'une manière efficace et constante, bien que peu à peu, la participation des moniales dans les décisions qui touchent à leur vie et même dans les sujets relatifs à leur Congrégation propre ou à l'Ordre entier. Dans la composition de ce dernier, cette participation a été jusqu'au point d'avoir, non seulement un Chapitre Général unique comme vous le savez, mais aussi des Congrégations de moniales, dont les Présidentes prendront déjà part comme telles à l’imminent Synode qui commencera ce 25 septembre. Ceci qui peut être considérée comme une innovation ne l’est pas par mon mérite, mais parce que le Chapitre Général de 1968-1969 a formulé de cette manière l'identité de l'Ordre et cela figure ainsi dans les Constitutions de l'Ordre Cistercien ; j'ai seulement essayé d’être un exécuteur. On a immédiatement commencé à faire les démarches nécessaires pour démarrer l'Option pour les jeunes déjà annoncée dans cette même allocution au Chapitre Général le 4 septembre 1995 et que je répète : L'identité juridique de l'Ordre nous apparaît claire et les Abbés qui nous succéderont auront dès le noviciat, une connaissance de l'Ordre, différente de celle de nos prédécesseurs et de nous-mêmes[4]. Le résultat a été les Cours de Formation Monastique, dont vous êtes élèves, et auxquels une nouvelle dimension a pu être donnée en les affiliant à une Faculté afin de pouvoir donner un caractère officiel aux études effectuées au Collège Saint Bernard. Le niveau dont on essaye de doter le programme des études et la compétence de l’équipe des professeurs sont la garantie pour tous, abbés, abbesses, et pour vous mêmes, de la ferme volonté de vous offrir ce que ni nos prédécesseurs ni nous-mêmes n'avons eu, quand nous étions en période de formation. Je vous remercie pour le zèle que vous manifestez à étudier, ce qui, en suivant la boussole du Conseil Vatican II, comme l’ont dit les Papes et en vous laissant conduire par leur Magistère, vous fera prendre conscience d’être les créateurs d'un espace où vos frères et sœurs pourront trouver l'occasion d’entrer en contact avec la réalité concrète de l'Ordre Cistercien, de connaître et affirmer son identité pluri-linguistique, pluri-culturelle, pluri-nationale et, avec une même lecture du patrimoine monastique pour l’approfondir avec un même langage - ce qui ne signifie pas uniformité -, et donner un caractère officiel aux études effectuées au Collège Saint Bernard. Affilier le Collège à une Faculté de Théologie est un pas de plus, et très attendu, dans notre option pour les jeunes qui sont l’avenir de l'Ordre. Vous connaître mutuellement vous donnera l'occasion de travailler ensemble aujourd’hui et demain. Il dépend de votre préparation que vos monastères offrent une image capable de susciter l'intérêt des jeunes pour frapper à leurs portes. Avec mon affection fraternelle et ma reconnaissance pour la détermination manifestée dans votre travail, durant les semaines passées à Rome, vous retournez dans votre communauté qui attend beaucoup de vous et que vous n’allez pas décevoir, j’en suis sûr. Je déclare le cours terminé. Rome, 23 septembre 2007.
[1] Premier Message de sa Sainteté Benoît XVI à la fin de la Concélébration de l’Eucharistie avec les Cardinaux électeurs dans la Chapelle Sixtine (20 avril 2005). [2] Allocution de l’Abbé Général nouvellement élu, le 4 septembre 1995, à Roca di Papa, immédiatement après son élection. [3] Ibidem. [4] Ibidem. |
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© Abbaye cistercienne Ste Marie de Boulaur. © Photographies: Editions Gaud ; Casa Generalizia O.Cist. ; Abbaye de Boulaur L'usage
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