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"Elles écouteront ma voix et il y aura un seul troupeau ". Homélie de Monseigneur Planet pour la profession solennelle de Soeur Armelle, 7 mai 2006 Chère sœur Armelle, avant que de faire pétition pour votre profession solennelle vous avez entendu l'Evangile du Bon Pasteur. Et vous avez reçu ce passage qui qualifie les brebis du vrai pasteur. Elles écoutent sa voix. Vous faites profession dans la fidélité à la Règle de Saint Benoît et, mieux que moi, vous vous souvenez du premier précepte de cette Règle : " Ecoute mon fils, les leçons du maître, incline l'oreille de ton cœur… ". Cette écoute fonde votre profession. Lorsque je vous donnerai la bénédiction solennelle dans un instant je prierai pour que la voix de Jésus, qui vous invite à venir à Lui, s'implante dans votre cœur pour que vous soyez reconnue, par le Christ, comme une brebis de son troupeau et que vous écoutiez non pas la voix des étrangers mais la voix du Seigneur qui dit : " Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive ". - Cette écoute fondera votre engagement à l'obéissance qui n'est rien d'autre que l'écoute humble et aimante de la Parole de Dieu pour accomplir sa volonté. A l'image du Christ qui, entrant dans le monde, dit : " Je suis venu, Ô Dieu, pour faire ta volonté ". Cette volonté vous la connaîtrez par la méditation des Saintes Ecritures, par l'enseignement de l'Eglise, par vos supérieurs légitimes et par cette communauté conduite par la Règle. L'objet de la volonté de Dieu c'est le salut des hommes puisque " Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité " (I Tm 2,4) et qu'il ne veut pas " qu'un seul de ces petits soit perdu " (Mt 18,19). La Parole qu'il faut accueillir à travers ces différents canaux n'est pas une parole verbale. C'est le Christ en personne, lui qui est la Parole du Père : " et en nous donnant son fils comme il l'a fait, lui qui est sa Parole dernière et définitive, Dieu nous a tout dit ensemble et en une seule fois et il n'a plus rien à nous dire " (St Jean de la Croix, montée du Carmel, II 20). Ecouter, obéir c'est donc chercher le Christ, le connaître et l'aimer. - L'écoute vraie suppose la dépossession de soi. Elle implique que je fasse place en moi à la parole que je reçois. Cette disponibilité du cœur et de la vie c'est dans la pauvreté que vous la trouverez. Non pas la pauvreté subie ou recherchée comme un exploit, mais cette pauvreté qui est celle-là même du Christ-Jésus " qui de riche qu'il était se fit pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté " (II Co 8,9). Cette pauvreté qui est d'abord l'effet de la sagesse : celle de l'homme qui a trouvé un trésor dans un champ ou du marchand qui a découvert une perle de grand prix : ils vendent tout pour avoir le trésor ou la perle (Mt 13, 44-46). C'est l'attitude de celui qui cherche d'abord le Royaume de Dieu, sûr que tout lui sera donné en plus (Mt 6, 31-33). C'est le critère de votre authenticité car " là où est ton trésor, là est ton cœur " (Mt 6,21). Il s'agit donc bien de s'enrichir auprès de Dieu (Luc 12,21). - Cette disponibilité du cœur, ce refus de la possession lorsqu'il dépasse les biens pour se tourner vers les personnes : c'est la chasteté. Elle n'est pas renoncement mais ouverture à un amour vrai parce qu'il est don et non pas chasse. Elle est fille de la tempérance, cette juste mesure des plaisirs. Elle est bien plus encore fille de la liberté : " la dignité de l'homme exige qu'il agisse selon un choix conscient et libre et non sous le seul effet des poussées instinctives ou d'une contrainte intérieure. L'homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions par le choix libre du bien il marche vers sa destinée " (GS 17). La chasteté du Christ c'est le refus de s'approprier ses brebis et le libre propos de donner sa vie pour elle. " Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis ". C'est là le critère du véritable amour. Dans ce don de la vie se lit la relation des personnes divines et la relation du Christ à ses disciples : " Je connais mes brebis, mes brebis me connaissent, comme le Père me connait et que je connais le Père et je donne ma vie pour mes brebis ". - Tous les conseils évangéliques nous conduisent donc au Christ. En vous engageant à les vivre pour toujours parmi vos sœurs, vous choisissez donc avant tout de suivre le Christ pauvre, chaste et obéissant. Et ainsi vous demeurez pour nous tous un signe. Car votre profession religieuse est d'abord pour l'Eglise : " La profession des conseils évangéliques apparait comme un signe qui peut et doit exercer une influence sur tous les membres de l'Eglise dans l'accomplissement courageux des devoirs de leur vocation chrétienne (LG 44). Vous et vos sœurs êtes pour nous un signe prophétique. La prophétie n'est jamais l'accomplissement et l'accomplissement dépasse toujours la prophétie. Vous êtes le signe du Royaume à venir. " Comme le peuple de Dieu n'a pas, ici bas, de cité permanente, mais est en quête de la cité future, l'état religieux, qui assure aux siens une liberté plus grande à l'égard des charges terrestres, plus parfaitement aussi manifeste aux yeux de tous les croyants, les biens célestes déjà présent en ce temps, atteste l'existence d'une vie nouvelle et éternelle acquise par la Rédemption du Christ, annonce enfin la résurrection à venir et la gloire du Royaume des cieux " (LG 44). Car nous sommes déjà assurés du salut. Déjà nous connaissons notre adoption par Dieu. " Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu mais ce que nous serons n'apparait pas clairement ". La vie religieuse est le signe qui doit permettre de se projeter vers la manifestation définitive. " Lorsque le Fils de Dieu paraitra, nous serons semblables à lui car nous le verrons tel qu'il est ". Tous nous attendons le jour. Tous nous espérons la vision de notre visage de gloire dans le visage du Christ. Mais la vie religieuse nous dit comment parvenir à la vision. C'est votre Père, Bernard, qui le disait : " Tu désires voir, écoute d'abord. L'audition est un degré vers la vision. Aussi écoute et incline ton oreille, afin que par l'obéissance de l'ouïe, tu parviennes à la gloire de la vision ". (41e sermon sur le cantique 2). Nous voici revenus au prologue de la Règle. Mais c'est toute la Règle qui fait parcourir la méditation sur les conseils évangéliques. Pour enraciner votre écoute vous avez le service de la prière. Une prière dont St Benoît nous dit qu'il convient de la faire en toute humilité et sincérité de dévotion (20). Vous avez la communauté de vos sœurs. Car c'est dans la communauté rassemblée que se tient le Seigneur, lui qui a promis : " quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux " (Mt 18,20). Dans la tradition cistercienne vous avez l'appui de la Vierge Marie. " Et elle, je vous l'assure mes biens aimés, si nous frappons à la porte de son cœur avec une tendre piété, elle ne fera pas défaut à notre misère, car elle est toute miséricordieuse et qu'elle est la Mère de la miséricorde (St Bernard, 2e sermon pour le 1e dimanche après l'octave de l'Epiphanie, 3,4) C'est Marie qui vous aidera à faire de votre vie une perpétuelle écoute et qui vous fera comprendre la finalité de cette écoute. Marie qui écoute la parole que Dieu lui adresse, elle obéit au projet de Dieu et alors elle donne chair à la Parole même. Marie qui, portant la Parole et portée par elle, va écouter Elisabeth, Siméon et Anne et dans leurs paroles reçoit la Parole même de Dieu. Marie qui s'émerveille de ce qui est dit et qui le recueille pour en faire un symbole de foi en son cœur (Lc 2,19). Marie à travers qui nous comprenons l'aboutissement de notre écoute, le sens profond du geste que vous accomplissez aujourd'hui : le bonheur d'être sauvé du péché et de la mort car : " Heureuse celle qui a cru que serait accompli ce qui lui fut dit de la part de Dieu " (Lc 1,45). Et le chemin de ce bonheur, celui qui l'accomplit c'est Jésus. " En dehors de lui, il n'y a pas de salut. Et son nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver ". |
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