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P. Emile Naszaly o.cist. LA VOCATION MONASTIQUE PROLOGUE Seigneur, mon Dieu, Je te cherche, parce que je ne trouve pas la direction de ma vie. Je me trompe de route. Avec tout ce qu'il peut me donner, le monde ne m'indique pas la raison du sens de ma vie, ni une pleine satisfaction. J'ai soif, j'ai faim ! Je ne peux lever mes regards que sur toi. Toi, mon Seigneur, tu es mon Pasteur qui veille sur moi. Je regarde tout l'univers comme un aveugle
"On me crie de Séir :
Le veilleur répond : Convertissez-vous, revenez !" (Is. 21, 11-12) Je l'entends. Mais je veux encore savoir où en est la nuit, ma nuit ? Je demande : à qui m'adresser pour avoir une réponse ? Seul, Toi, tu me donnes une réponse, mon Seigneur :
"Ainsi parle Yahvé à la maison d'Israël : Je prévois, je pressens que je ne peux recourir qu'à Toi, que Toi seul peux me donner la vie. Je dois te chercher, mon Dieu ! Personne ne peut me donner la vie, l'espérance, le bonheur, personne que Toi seul, mon Dieu. Toi, tu me dis :
"...ô nation sans désir, Mais...il me trouble, "le jour de la colère de Yahvé". Je suis pauvre, malade, pécheur, impuissant. Que tu me veuilles arracher de mes péchés... de moi-même... !
"Je vais ramener Israël à son pacage Mais, Seigneur, ma vie est trop chargée. Cette vie est presque comme la mort. Et Toi, tu me parles néanmoins doucement, tu me donnes tes consolations :
"Venez, revenons à Yahvé. Seigneur de consolation ! J'ai faim, non pas une faim de pain, ni une soif d'eau, mais soif d'entendre la parole de Yahvé. Où trouverai-je réconciliation et vie, Seigneur ? Et Il me dit :
"En ce jour-là je relèverai la hutte branlante de David,
Voici venir des jours- oracle de Yahvé-
Les montagnes laisseront couler le vin nouveau,
Je rétablirai mon peuple Israël ;
Je les planterai sur leur terre, Je m'abîme dans mon désert, dans mon silence muet. Je te présente ma grande douleur et j'entends, Seigneur, tes réponses simples, claires et consolantes. Je les reçois avec l'esprit en éveil et plein de confiance. Seigneur, où dois-je aller ? Où est le lieu où je dois vivre ? Voulez-vous connaître la vie monastique ? Tout ce que nous voulons vous montrer dans les pages qui suivent est destiné à vous faire estimer et aimer une vie qui sera une réponse à vos questions, vous ouvrira des horizons très vastes d'amour de Dieu et des hommes, et vous rendra heureux non dans une vie facile, mais comblée et sainte. Nous voulons vous faire connaître la vie des monastères cisterciens, c'est une force vive. Peut-être comprendrez-vous aussi qu'avant tout, pour commencer à faire quelque bien, vous devez demander très instamment à Dieu dans la prière qu'Il vous conduise. Si vous Le sentez vous parler au-dedans de vous, redressez-vous, comme dit saint Benoît : "puisque l'Écriture t'éveille en te disant : l'heure est venue de nous réveiller et les yeux ouverts à la lumière de Dieu, écoute d'une oreille attentive ce dont la voix divine t'avertit par ses appels quotidiens : "Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs" ; et encore : "Qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises". Et que dit-il ? "Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Courez, pendant que vous avez la lumière de la vie Le Seigneur vous parle. Et vous, quand vous entendez l'invitation du Seigneur, et que vous vous estimez perdus, pauvres, impuissants, coupables, dites-vous alors: "Mon Dieu, je ne vous aime pas, je ne le désire même pas, je m'ennuie avec vous. Peut-être même que je ne crois pas en vous. Mais regardez-moi en passant. Abritez-vous un moment dans mon âme, mettez-la en ordre d'un souffle, sans en avoir l'air, sans rien me dire. Si vous avez envie que je croie en vous, apportez moi la foi. Si vous avez envie que je sous aime, apportez-moi l'amour. Moi, je n'en ai pas et je n'y peux rien, je vous donne ce que j'ai: ma faiblesse, ma douleur. Et cette tendresse qui me tourmente et que vous voyez bien... Et mon espérance!" (Marie-Noël)
Vocation chrétienne- Vocation monastique Le renoncement au monde – la vie monastique La foi L'ascèse La prière liturgique, le travail et la "lectio divina". Vivre en commun, sous un abbé et une règle
Vocation chrétienne- Vocation monastique
Tout homme, n'importe où et dans n'importe quelle circonstance, est amené à se poser des questions graves durant sa vie. Quelquefois au cours d'une réflexion silencieuse, mais aussi bien dans les moments les plus inattendus, durant sa jeunesse ou pendant sa vieillesse, mais très spécialement avant de prendre des décisions importantes, ou à l'occasion de jours difficiles. C'est alors que le problème se pose: "Pourquoi suis-je sur la terre?" L'âme chrétienne qui vit dans l'Église, seule sainte, est à même de donner une réponse nette à cette question, car dans l'Église tous les hommes sont appelés à la vocation de la sainteté, selon le mot de l'apôtre: "Voici quelle est la volonté de Dieu: c'est votre sanctification" (1Th. 4,3). La sainteté de l'Église se manifeste dans les fruits de grâce que l'Esprit Saint fait mûrir dans les âmes des fidèles; elle se révèle chez ces hommes qui font un effort de charité parfaite dans les modes de vie qui est la leur. Les fruits de la grâce sont la richesse intérieure de l'homme. Ce sont les valeurs intimes de la vie humaine qui donnent d'elles mêmes la réponse aux grandes questions de la vie. Il vaut la peine de vivre pour la charité parfaite, pour cette richesse de l'âme humaine, pour cet épanouissement qui atteint la fin et la destinée de la vie humaine. Les fruits du Saint-Esprit sont des énergies qui nous conduisent à la sanctification, alors que la charité parfaite est comme l'éclosion la plus sublime de l'existence humaine. Grâce aux fruits du Saint-Esprit et à ceux de la charité, l'âme arrive jusqu'à Dieu, et au bonheur parfait. La réponse à notre question "pourquoi suis-je sur la terre ?" devient claire. On est obligé d'être bon, eu égard à la bonté intrinsèque de la vie humaine, et à la perfection de la charité. Notre but est divin parce qu'il vient de Dieu ; c'est aussi une vocation divine parce que nous allons vers Dieu. Cela signifie que notre vocation est d'être bienheureux. Nous ne sommes pas créés pour une destinée quelconque. Notre fin est la bonté sans fin, Toute Puissante, qu'on ne trouve pas sur terre. Notre fin est une bienheureuse participation à cette Bonté divine. En conséquence notre vie humaine a aussi une portée de bonheur, car cette fin et ce bonheur vers lequel nous allons ne sont autre chose que la rencontre avec Dieu dans la charité parfaite, la rencontre avec notre Père et créateur, et notre assimilation avec Lui, toujours plus grande durant toute notre vie. Ainsi se réalise le grand projet de Dieu : créer l'homme à son image, et à sa ressemblance. Le bonheur de l'homme devient ainsi toujours plus grand. Chaque jour le rend plus heureux, car sa vie se transforme en Dieu. Ce chemin de bonheur et de beauté nous est manifesté par Jésus-Christ, Bonté divine, descendant dans notre vie pour nous montrer le chemin. Il est le bon Pasteur qui connaît ses brebis et dont les brebis écoutent la voix. "Qui entre par la porte est le pasteur des brebis...il les appelle une à une et les fait sortir" (Jn ;10, 2-3). Il fait sortir ses bêtes, il marche devant elles et les brebis le suivent (Jn 10, 4). Il se montre à elles, à nous les hommes, et se donne à nous pour un idéal humain : l'imitation du Christ, la formation en nous de l'image de Dieu. L'une des vérités essentielles de la foi chrétienne et du bonheur surnaturel nous est montré dans cette perspective de l'appel divin et de la réponse humaine. Le chrétien est l'homme comblé, qui a reçu la vocation d'être le disciple du Christ et de Le suivre, et qui trouve dans cette imitation le bonheur de sa vie. C'est là la vocation de tout chrétien, quelle que soit sa profession. La vocation de la plupart des hommes est de suivre le Christ par la voie du mariage. La vie conjugale n'est pas l'imitation concrète de la vie terrestre du Christ, mais elle constitue une participation intégrale à sa présence dans le monde. Depuis les premiers temps de l'Église, des hommes et des femmes suivent le Christ dans une vie de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Leur imitation du Seigneur est plus proche car leur vie est totalement consacrée à Dieu et, de cette manière, n'ayant pas le cœur divisé ils Le suivent plus facilement. Ces chrétiens vivent en communautés que l'Église approuve et reçoit de bonne grâce pour le service exclusif de Dieu. Ainsi ils suivent le Christ qui, vierge et pauvre, a sauvé et sanctifié le monde dans son obéissance jusqu'à la mort. Ils vivent enflammés par le Saint Esprit, dans une charité sans bornes pour le Christ, et pour son corps qui est l'Église. En conséquence, plus ils s'incorporent au Christ avec ferveur et en Lui donnant toute leur vie, plus celle-ci s'enrichit de la vie de l'Église et féconde son activité apostolique. Ils suivent le Christ, "qui a passé en faisant le bien" (Ac.1,38) et déploient leur activité de charité au service des hommes. Ils renoncent au mariage et exercent une activité dans les diverses communautés d'Église, selon leurs statuts particuliers. Enfin il existe des chrétiens qui désirent encore davantage, car ils sont appelés par Dieu à vivre exclusivement la rencontre avec lui, leur Créateur et Père. Ils entendent la voix du Christ qui les appelle à vivre une vie de silence, de solitude, de prière, de méditation évangélique dans une totale séparation du monde et de ses habitudes, pour se consacrer à Dieu totalement et exclusivement, quand bien même ils ne seraient pas au service du prochain directement. Ils glorifient Dieu toute leur vie par une louange continuelle et solennelle, et leur fonction est d'aimer l'Amour. En se consacrant à Dieu, ils Lui donnent sans réserve toute leur puissance d'aimer, et vivent en profondeur dans l'amour infini de Dieu. C'est leur idéal le plus élevé, se consacrer dans l'amour à l'Amour infini. Ainsi le Christ est leur Époux- comme Il est l'Époux de ces religieux qui suivent les conseils évangéliques et remplissent des fonctions de charité au service des autres-. Parce qu'ils désirent l'absolu, ils n'ont pas pour autant deux vocations : celle de chrétien, et celle de moine par dessus le marché. Mais ils épanouissent la vocation chrétienne de l'homme en se consacrant exclusivement à Dieu. Le nom grec de moine "monos" signifie "seul". Cet épanouissement de la vocation chrétienne ne se réalise pas par les façons diverses qu'il peut y avoir à servir les autres, mais dans l'amour de Dieu seul. Dès la fin du IIème siècle, des ascètes se retiraient dans les déserts d'Égypte, et ce genre de vie gagna bientôt tout l'Orient. Leur idéal était de vivre avec Dieu seul, dans le silence et la prière. Des hommes de ce genre existent dans le monde entier. Il y en a toujours eu, il y en a encore. Certains se groupent dans des communautés, puis dans des monastères. C'est le début de la vie cénobitique communautaire. Après les premiers Pères monastiques, le grand législateur de cette vie dans l'Église d'Occident a été Saint Benoît. Il l'organisa au VIème siècle en écrivant sa Règle. Cette vie demande à être éloignée du monde, et libérée de la volonté propre. Les moines groupés sous la Règle de Saint Benoît vivent ensemble dans leur recherche de Dieu en Le louant et en L'aimant. Ils veulent maintenir l'esprit de la Règle dans toute son authenticité : le détachement du monde et de la volonté propre, la louange solennelle de Dieu et la perfection de la charité. Tel est l'idéal que se proposent les Cisterciens. Aujourd'hui encore la Règle de Saint Benoît est en vigueur dans les monastères. Après mille cinq cents ans, des hommes et des femmes brûlent toujours d'ardeur pour embrasser la vie monastique, tendre à la perfection chrétienne, réaliser leur vocation d'amour et de louange de Dieu. Ils trouvent dans la Règle de saint Benoît le moyen d'atteindre cet idéal en devenant eux-même une image de Dieu. La Règle a donné naissance à diverses familles monastiques, cependant l'esprit en est le même. Mais cette vocation de suivre le Christ dans la solitude, sur les montagnes isolées pour les Bénédictins ou dans des vallées cachées pour les Cisterciens, est, surtout aujourd'hui, une vocation particulière et peu courante. Les hommes recherchent toujours davantage l'agitation des villes, ils se livrent à d'innombrables activités. Pour l'Église au contraire, l'imitation du Christ est primordiale. Aussi celui qui croit déceler, en lui-même ou dans les autres, les signes de cette vocation, doit la développer avec sagesse, dans la prière. Cet appel à se donner totalement à Dieu est rare. Mais à toutes époques, des âmes généreuses y ont répondu et se sont engagées sur cette route difficile de la perfection chrétienne, en cherchant à imiter le Christ. Elles sont attirées par le silence, la solitude, par une vie austère et consacrée à Dieu seul, dans des monastères où elles peuvent renoncer au monde pour suivre le Christ et chercher Dieu avec générosité et ferveur. Pour vivre la vocation monastique, il ne suffit pas de mener dans le monde une vie pieuse. Certains se retrouvent au monastère centrés sur eux-même, et de ce fait mènent une vie artificielle et portée aux extrêmes, et vivent dans une tension d'esprit ou dans une piété de mauvais aloi ; il manque, à ces gens l'équilibre monastique, une piété vraie, sincère, profonde, une dimension communautaire de charité, de générosité humble et solide. Le malentendu provient de ce que, dans le monde, ils ont vécu une vie spirituelle sincère et fervente, et n'ont pas su, en entrant, prendre la voie monastique et y progresser. Chercher la paix et le calme n'est pas toujours signe de vocation monastique, mais dans le cadre du monastère et selon son esprit, il y a des âmes qui cherchent la paix et arrivent à la séparation parfaite du monde. Pour mieux comprendre la vocation monastique, il faut penser que si l'homme la choisit librement, c'est Dieu qui, le premier, l'a appelé. Mais cet appel ne se fait pas toujours entendre clairement. Il est difficile de dire en quoi consiste une telle vocation. Il n'existe pas de réponse théorique. Cette réponse doit être donnée avec prudence, par un homme d'expérience, sage et spirituel. Saint Benoît dit de la vocation monastique : "N'abandonnant jamais ce maître (Dieu), persévérant au monastère dans son enseignement jusqu'à la mort, nous partageons les souffrances du Christ par la patience, afin de mériter de prendre place en son royaume (Prologue). Et saint Aelred de Rielvaux, cisterciens anglais : "Vous êtes appelés par le Christ, appelés à souffrir avec le Christ, afin de pouvoir régner avec le Christ. Et nous sommes appelés de trois manières, par l'exhortation extérieure, par l'exemple et par l'inspiration secrète". L'idée de la vie monastique peut être éveillée par un conseil, par une suggestion d'un prêtre ou d'un ami vraiment spirituel, ou encore par une remarque faite au hasard. L'exemple d'un autre qui a quitté le monde peut aussi nous amener à envisager d'en faire autant. Souvent un homme est conduit vers la vie monastique par un attrait profond persistant de longue date, avec une conviction intérieure qui se fait jour progressivement. Cependant les signes de la vocation et la solide conviction n'excluent pas de temps à autre une incertitude, et bien plus, beaucoup de conflits intérieurs qui se révèlent dans l'âme. Relativement peu de vocations se décident sans lutte. Il est bien entendu que la vocation monastique est un pari souvent périlleux. Mais celui qui cherche sincèrement à donner sa vie à Dieu au monastère, et qui accepte la vie telle qu'elle y est menée, peut demander son admission. Certaines qualités sont essentielles pour un candidat : physiques, psychiques, spirituelles, une certaine maturité, une bonne santé, l'expérience de la vie. Il n'est pas nécessaire évidemment d'être déjà parfait, mais d'être sérieux et capable de garder les obligations qu'imposent les vœux. Il faut être prêt, au début de la vie monastique, à s'abandonner dans la foi à la miséricordieuse sollicitude de Dieu. Lui qui ne nous a pas abandonnés lorsque nous étions loin, nous donnera certainement toutes les grâces nécessaires alors que nous voulons faire sa volonté. S'Il nous semble parfois caché, si à certaines périodes nous avons l'impression de reculer au lieu de progresser, nous devons comprendre que cela fait partie de Son dessein sur nous. C'est une épreuve de la foi. L'une des vertus les plus importantes de la spiritualité monastique est la persévérance. On n'entre pas au monastère pour un temps limité, pour voir si la vie y est facile ou difficile. La vocation est pour toute la vie. La fidélité et la persévérance sont essentielles. Cette vie étant la volonté de Dieu sur nous, on l'embrasse jusqu'à la mort. L'appel monastique est un risque et un défi : nous remettons notre vie entre les mains de Dieu pour ne jamais la reprendre. Notre but est de chercher d'abord le Royaume de Dieu. Un autre se chargera du reste. Une dévotion fervente et filiale à Notre-Dame, Patronne de l'Ordre de Cîteaux, allègera notre fardeau et rendra plus généreuse notre vie consacrée.
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© Abbaye cistercienne Ste Marie de Boulaur. © Photographies: Editions Gaud ; Casa Generalizia O.Cist. ; Abbaye de Boulaur L'usage
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