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La vie intérieure monastique

        1. La foi

        2. L'ascèse

        3. Les bases: 

                prière commune 

                travail 

                lectio divina

        4. Vivre en commun sous un abbé et une règle

 

 1. La vie intérieure d'un moine est caractérisée avant tout par une foi profonde et vivifiante.

            C'est la foi qui donne la force de franchir le seuil d'un monastère. Deux fois, dans l'Évangile, Dieu rompt son silence éternel pour nous présenter son Fils, manifestation vivante de la perfection divine sous la forme humaine. Il nous montre dans ces deux cas l'idéal de toutes les aspirations humaines. Si sublime soit-elle, la perfection d'un home ne sera qu'un pâle reflet de la perfection du Verbe incarné. Comment atteindre l'idéal d'une vie semblable à celle du Christ ? Avant tout à l'aide de la foi. "...à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom" (Jn 1,12). Et encore : "l'œuvre de Dieu...c'est que vous croyez en celui qu'il a envoyé" (Jn 6,29). Cette foi, c'est la grande oeuvre que Dieu exige de nous avant tout. Avoir foi au Christ. Pour se mettre à la suite du Christ, l'attitude d'esprit initiale est la foi. De même, l'attitude de l'âme en présence du Verbe incarné. La vie chrétienne n'est pas autre chose que d'accepter l'Incarnation avec foi, une foi pratique. Il est impossible d'être chrétien sans croire. Et quand on accepte avec foi la divinité de Jésus-Christ, on doit accepter également toute sa volonté, toute son oeuvre, son institution l'Église, les sacrements et la réalité de son Corps Mystique.

            Si ces règles sont vraies pour les chrétiens, à plus forte raison le sont-elles pour les âmes monastiques qui s'efforcent d'être des chrétiens plus parfaits que les autres. Ils ne peuvent pas devenir de vrais moines s'ils ne sont d'abord de vrais chrétiens. 

            "Puisque tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et telle est la victoire qui a triomphé du monde : notre foi" (1Jn 5,4). C'est la base, la racine de la vie monastique. De là vient "la lumière déifiante" dont parle saint Benoît. Cette lumière inonde toute la vie des moines, vivifie toute leur activité, leur donne force intérieure et expérience. C'est la force et la douceur intime d'un moine, c'est le nerf de son entreprise risquée, de son agilité, de toute sa vie.

            La vie intérieure monastique est aussi une vie de pénitence. On ne parviendra à la pureté de la prière que par une profonde conversion de vie, renouvelée sans cesse par un intense repentir et une vraie contrition. C'est cette pénitence que le Seigneur a montrée comme indispensable pour accéder au Royaume des cieux (Mc1,15 ; M t4,17). Le péché, l'égoïsme, la volonté propre et l'amour de soi, qui sont les causes les plus graves de touts les offenses, constituent le grand obstacle à la charité. Rien d'étonnant à ce que le Seigneur demandent à ceux qui veulent le suivre de près de se repentir, de renoncer à tout le créé et, selon la formule expressive de l'Évangile tel que le lisait saint Benoît (Règle, ch.4) : "Se renoncer à soi-même pour suivre le Christ", et "Qu'il se charge de sa croix" (Mt 16,24 ; 19,16). C'est pourquoi la pénitence est un des fondements de la vie monastique, et procure l'union avec le Seigneur Jésus.

            Ceux qui prétendraient parvenir à dompter leurs passions sans le secours de la mortification corporelle, sans efforts et sans sacrifices, s'illusionnent.

            Cependant l'âme monastique a su garder une juste mesure, celle de saint Benoît lui-même, qui n'a voulu dans sa Règle rien de rigoureux ni de trop pénible. C'est ce qu'on appelle sa vertu de discrétion. L'âme du moine vise à adhérer en toutes circonstances à ce que Dieu veut. Il n'y a pas d'œuvre plus salubre que celle-là. elle nous conduit à l'amour et à la perfection. C'est dans cet esprit que le moine accueille tout ce qui vient de Dieu : souffrances et difficultés, épreuves intérieures et extérieures ; celles qui viennent de la vie monastique : pauvreté, travail pénible, régularité de la vie commune ; toutes les austérités prévues par la Règle : veilles, jeûnes, pénitences corporelles, etc. 

            Le vrai moine ne peut jamais disposer de son temps ni de lui-même. Par ses vœux il y renonce pour toujours et pour toute sa vie. C'est en effet ardu, mais saint Benoît dit que la voie de la perfection est étroite surtout dans les débuts ; toutefois il nous invite à passer outre. Et alors le cœur se dilatera, l'âme reconnaîtra la valeur purificatrice de la souffrance, elle transformera l'amour et la foi, et elle poursuivra sa course dans une ineffable douceur d'amour, heureuse de communier aux souffrances du Christ par la patience et, sûre de sa foi, d'être au nombre de ceux qui participent à sa Passion pour le salut du monde, et seront enfin glorifiés avec Lui (Règle, Prologue).

            Cette vie intérieure est encore davantage : une vie de solitude et de silence.

            La solitude est le climat normal de la vie monastique. Ceux qui cherchent le visage de Dieu et veulent vivre pour Lui sans partage fuient au désert, loin du monde, pour y rencontrer Dieu. C'est pourquoi l'on dit que la plus grande grâce que Dieu puisse faire à une âme est de l'attirer au désert. L'âme arrive ainsi au voisinage de l'éternité.

            En ce qui concerne le silence, nous pouvons constater que la vie du XXème siècle en manque d'une façon tragique. Un fond de silence est nécessaire pour que les paroles aient un sens.

            Dieu vient dans les ténèbres de la vie présente, et dans le silence. Cette formule est une leçon profonde et toujours actuelle. Vraiment on parle trop, et peut-être est-ce l'unique mal.

            D'où l'importance d'une redécouverte du silence religieux. Il règne dans les monastères bénédictins et cisterciens, et tient une place essentielle dans l'ascèse monastique. Ce silence vrai permet aux moines de ne pas ressentir comme d'autres le besoin tyrannique de s'affirmer eux-mêmes, d'attirer l'attention, de revendiquer des satisfactions et d'être quelqu'un. Par un tel silence le moine deviendra en toutes choses "étranger aux manières de ce monde" (Règle, ch.4). c'est un vrai renoncement au monde.

            Tout en bénéficiant des échanges de la vie fraternelle aux heures fixées pour les récréations et les collations, au sein d'une communauté très unie, le silence ne doit être rompu

que pour les échanges indispensables.

            Au cours des siècles il fut toujours menacé, et peut-être plus de nos jours que dans le passé. 

            Le silence monastique c'est de ne pas parler, mais c'est aussi une attention, un éveil total à Dieu notre Père. C'est un mystère parce qu'en dernier ressort il n'est pas une simple pratique, mais une grâce, un don de Dieu. Pour devenir digne de ce don, il faut savoir supporter l'épreuve sans un mot durant de longues périodes. C'est en souffrant ainsi que nous arriverons à connaître la profonde joie intérieure à laquelle seul, ce silence peut conduire un cœur qui cherche Dieu. On voit donc que la principale fonction du silence monastique est de préserver ce "souvenir de Dieu" qui est bien plus que la simple mémoire.

            On ne pourra l'acquérir qu'en vivant longtemps dans le silence intérieur. Au début il nous en coûte de l'observer, mais au bout d'un certain temps on saisit ce mystère, qui nous enveloppe d'une lumière inexprimable.

            La spiritualité de la vie monastique est par surcroît une vie d'oraison profonde et incessante.

            Le moine vit avant tout de prière. Il travaille, mange et dort comme tout le monde, mais tout ce qu'il fait est orienté vers la prière. Il en a fait un jour l'expérience, et elle a envahi tout son être de sa beauté, de sa chaleur et de sa douceur. Cette expérience mystérieuse, conservée dans son âme dans toute sa vérité, ne s'affaiblit jamais ; bien au contraire elle renaîtra toujours plus intense, toujours plus forte. Ce bonheur de l'âme est la conscience que Dieu l'accepte, et que l'oraison la rend plus belle et plus heureuse. Cette prière monastique la faits entrer dans la présence de Dieu pour que Dieu la saisisse. Heureuse l'âme qui se tait dans la main de Dieu pour n'écouter que Lui, qui ne cherche ni elle-même, ni rien d'autre, et se met à sa disposition.

            Cette atmosphère de prière pénètre toute la vie d'un moine, du réveil jusqu'au coucher ; il est toujours dans les bras de Dieu. On peut comparer cela à vivre sous un ciel clément au cours d'une promenade agréable, en sentant la caresse du zéphyr ; ainsi pourrait  être l'image de notre vie du jour où nous en faisons remise totale entre les mains de Dieu.

            S'en remettre à Dieu, c'est lui dire "Seigneur, prenez-moi, guidez-moi, abritez-moi ! Vous êtes le seul Seigneur, je suis tout entier à Vous, je Vous sacrifie tout". l'esprit de prière , c'est la domination de Dieu acceptée sur nous et en nous d'une façon continuelle. Ainsi l'oraison ne sera qu'un simple exercice de la charité. Mais on n'y arrive qu'après de longues prières. C'est un travail assidu dans lequel il ne faut pas se crisper, mais se détendre et se reposer. Par de longues années de pratique l'âme apprend à se taire, à élever son silence vers Dieu, à n'écouter que Dieu. Ainsi l'oraison, pour une âme contemplative, c'est réfléchir Dieu au fond de soi-même, parce que tandis qu'elle Le regarde sans cesse Il s'imprime en elle.

            Que l'âme s'ouvre, qu'elle soit attentive à Dieu, qu'elle lui prête attention ! Ainsi le moine comprend, découvre et perçoit des exigences et des volontés divines, même s'il lui est toujours plus demandé. Parce que "la Parole de Dieu peut exiger de moi aujourd'hui quelque chose qu'elle n'a pas encore exigé hier, et c'est pourquoi je dois absolument, pour entendre l'exigence, être foncièrement ouvert et attentif" (H.U. Von Balthasar).

            C'est pourquoi l'âme d'un moine doit toujours être orientée vers la prière.

            Ceci dit la spiritualité monastique est enfin une préparation ininterrompue de l'âme.

            C'est une grande transformation que l'on entreprend avec empressement pour toute sa vie, afin que l'homme intérieur devienne de plus en plus à l'image de Dieu, qu'il restaure en soi-même cette image toujours plus parfaite. C'est l'œuvre du Saint-Esprit. "l'Esprit souffle où Il veut, tout ce que l'homme peut faire, c'est d'y préparer son cœur (Guillaume de Saint Thierry).

            Cette vie intérieure est donc une préparation. On se prépare à une destinée grandiose et sublime. Une destinée qui n'est que l'extension lente, mais sans arrêt, de plus en plus intégrale, belle et rayonnante, de la vie de foi. La vie chrétienne, nous l'avons dit, donne une réponse à la question de la vocation : on est obligé d'être bon dans le sens de la bonté intrinsèque de la vie humaine et dans l'épanouissement de la charité parfaite. Cette bonté et cette charité se réalisent dans l'imitation du Christ, qui fait le bonheur de l'homme dans une bonté toute puissante et parfaitement aimable, et encore dans la participation à cette bonté.

            Cette fin dernière de l'homme et ce bonheur merveilleux tendent à l'union avec Dieu, l'Amour parfait. C'est l'effort de toute une vie de devenir de plus en plus semblable à Dieu, de rencontrer notre Créateur et Père. C'est la réalisation de ce que Dieu se proposait en créant l'homme : qu'il soit l'image de Dieu, semblable à Dieu. En Dieu, dans sa bonté et son amour, l'homme ne cesse de progresser et devient toujours plus semblable à Lui dans sa bonté et son amour.

            La vie intérieure n'est pas autre chose qu'une préparation à cela, une prolongation de la vocation chrétienne, l'approfondissement de la perfection chrétienne dans une perspective aux dimensions inconnues ; elle ne disperse pas, mais s'oriente uniquement vers Dieu. C'est une préparation merveilleuse à laquelle nous sommes obligés- selon Guillaume de Saint-Thierry- pour que le Saint Esprit agisse en nous. Nous ne pouvons que nous préparer, ensuite l'Esprit Saint peut déployer son activité en nous. 

            Saint Benoît veut établir dans sa Règle cette préparation. "Nous avons écrit cette Règle, dit-il, pour qu'en L'observant dans les monastères, nous fassions preuve au moins d'une certaine décence morale et d'un commencement de vie religieuse" (Ch. 73). Mais saint Benoît élargit lui-même cette perspective dans le même chapitre : "Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il est des enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection."(Ch. 73). On peut alors tendre aux plus hautes régions spirituelles : à la perfection. Nous avons à notre disposition une Règle "cette toute petite règle pour débutants que nous avons fini d'écrire (Ch. 73). Qu'on la suive jusqu'au bout ! Le Christ se hâte à notre secours.

            Désormais s'ouvre une autre voie, plus sublime, plus resplendissante, un point culminant, "et alors seulement tu parviendras, grâce à la protection de Dieu, à ces sommets plus élevés de doctrine et de vertus que nous venons de mentionner"(Ch. 73). On doit, avec l'aide de Dieu, marcher à grands pas et parvenir au but !

            Quand les cisterciens ont fondé leur "nouveau monastère", la spiritualité bénédictine parut subir un changement significatif.

            Dans l'Ordre bénédictin la vie intérieure est un grand édifice, en elle-même parfaite et fortement attachée à la Règle de saint Benoît. Elle était, et est encore, un arbre superbe, massif, plein de force et de vigueur.

            Des fleurs surgirent sur cet arbre, dans l'ordre de Cîteaux. Ces fleurs eussent existé individuellement sur l'arbre de la spiritualité bénédictine, puisqu'elles sont des fleurs authentiques de l'arbre bénédictin. Dans la spiritualité de Cîteaux, ces fleurs engendrèrent un nouveau rameau de la spiritualité bénédictine, qui demeurait toujours bénédictine. Ici cette spiritualité est devenue profondément intime, chaleureuse, ardente, conduisant souvent les âmes jusqu'aux profondeurs mystiques ? Les cisterciens ne limitent pas la Règle à l'honnêteté des mœurs et à un début de conversion (c'est à dire de vie religieuse). Pour eux, la Règle les entraîne vers une vie plus profonde, sous la conduite de l'Esprit-Saint, vers une union vraie à Dieu. C'est dans la spiritualité cistercienne une réalité splendide, dynamique, vivante et mystique. Les âmes fidèles de moines nourrissaient leur vie de cette spiritualité. Leurs successeurs les suivirent avec une âme enflammée et une ardente ferveur. Dans les monastères de l'Ordre, de grands et saints Maîtres enseignaient cette vie intérieure aux moines ? Les écrivains cisterciens ayant l'expérience de cette vie intérieure la proclamaient d'une importance particulière. Et jusqu'à nos jours, l'Esprit-Saint l'a fait brûler, ardemment dans l'Ordre à plusieurs reprises.

            Les monastères cisterciens sont devenus de saintes écoles de vie, des jardins ornés de fleurs, des paradis terrestres. 

            Cette nouvelle doctrine spirituelle a pris racine –comme nous l'avons déjà démontré- dans le conscience inébranlable du bien, trait distinctif de l'âme monastique. De plus, ils ont eu conscience de la valeur de leur vie silencieuse. "C'est dans le silence que l'homme intérieur se refait à l'image du Christ" (B. Guerric). Et le fait tout nouveau a été que les cisterciens –comme d'ailleurs Notre Seigneur dans l'Évangile- ne se préoccupaient pas outre mesure de la provenance de leurs disciples, de leur vie sainte ou non, pourvu qu'ils entrassent avec une volonté bonne ; en ceci ils ouvraient une voie :

                        Pour l'homme créé à l'image
                     à l'union intime avec Dieu

            C'est une semence qui, dans tous les monastères cisterciens, tombe dans les âmes. La fragilité humaine rejoint les inspirations venues de l'Esprit divin. La vie intérieure du moine atteint alors sa plénitude : elle est, dans le Saint-Esprit, une formation de la foi, de la prière, de la pénitence, dans le silence et la solitude.

            Telle est la spiritualité monastique des monastères cisterciens, dans la pensée de saint Benoît.

 

 2. La vie monastique est essentiellement ascétique. Elle exige un esprit de sacrifice et de discipline, particulièrement chez les débutants. Ce sacrifice est avant tout une oeuvre de foi, parce que c'est la foi chrétienne qui donne à l'ascétisme du moine son caractère spécifique : le fait d'être disciple. L'âme monastique, en effet, a renoncé à tout non seulement pour trouver la paix intérieure, mais avant tout pour suivre le Christ. C'est afin d'être son disciple qu'elle a quitté le monde, sa famille, l'espoir d'une carrière. Les moines savent qu'ils auraient pu être disciples du Christ tout en menant leur vie dans le monde, ou encore une vie religieuse active. Mais ils ont le désir d'être entièrement tournés vers Dieu et ils veulent le faire sans partage, aussi ils renoncent à tout pour suivre exclusivement Jésus.

            Il n'y a pas de demi-mesure dans la vie monastique : ou on la réussit, ou on la rate.

            Les moines sont des hommes qui aiment, cherchent, ont faim de cette justice qui ne se trouve que dans l'obéissance à la volonté de Dieu. Ils désirent de tout cœur être amis de Jésus-Christ, aussi cherchent-ils à connaître la volonté du Seigneur en toutes choses, afin de lui obéir parfaitement.

            L'Église du Christ doit savoir que les valeurs qui ne sont pas aux mesures humaines : la bonté, la charité, la confiance, la fidélité, s'étiolent dans une société qui tend ses efforts vers le succès et l'intérêt. Il est donc de toute nécessité que les monastères soient le cœur de l'Église, de cette Église des premiers temps pleine de vitalité, un poste avancé de la spiritualité des premiers chrétiens. En même temps les moines croient qu'en faisant en tout la volonté du Christ, non seulement ils plairont à Dieu, mais parviendront encore à connaître et à expérimenter la présence intime et aimante du Christ dans leur propre cœur et dans leur vie fraternelle. "Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime, et celui qui m'aime, mon Père l'aimera et je me manifesterai à lui" (Jn 14,21).

            Ainsi la vie monastique devient une vie d'amour. elle sera une réponse, la réponse de l'amour à Dieu "qui nous a aimé le premier" (1Jn 4,10). Par la suite elle vise à chercher et aimer en toutes circonstance la vie cachée avec la Christ en Dieu. (Col. 3,3). De là l'âme déborde d'amour pour le prochain, pour le salut du monde et de l'Église. La vie monastique est toujours animée et conduite par cet amour. Les moines le savent bien : celui qui aime son frère, son cœur est dans la paix, mais celui qui déteste son frère, une tempête tourbillonne en lui.

            Cette recherche exclusive de Dieu, qui tend à l'union la plus intime possible avec le Seigneur uniquement servi et aimé, confère à la vie monastique son unité et sa grandeur.

            Cette intention de suivre le Christ, d'être son disciple, de renoncer au monde, de chercher Dieu, de conserver des valeurs incalculables, de vivre la fidélité des premiers chrétiens, de parvenir à l'amitié du Christ, de vivre une vie d'amour, sont à la base d'une ascèse monastique. La Règle de saint Benoît nous en indique les exercices avec une grande abondance de détails. Les divers éléments qui constituent la vie intérieure monastique trouvent dans ces intentions profondes et vraies leur sens et leur efficacité. Chacun est ordonné à la purification du cœur, dont les anciens moines ont fait le but de l'ascèse monastique. On trouve dans cette ascèse, et particulièrement dans cette purification, une contemplation toujours orientée vers Dieu.

            En y consacrant leurs efforts, les moines parviennent à réaliser leurs aspirations. Dès cette vie terrestre, l'apprentissage et la préparation de notre vie future sont tournés entièrement vers ce but, l'éternité. Pour nous, hommes mortels, le seul intérêt de la vie ascétique et monastique est de tendre, à travers les ombres de la foi, à un essai, à une imitation de ce que sera le plein épanouissement de la vie éternelle. Les desseins de Dieu sur le temps de notre épreuve prennent alors leur valeur.

            Aussi nous constatons que, dans le vie monastique, l'adoration en esprit et en vérité devient la réponse parfaite des moines à l'amour divin qui les a prévenus, et leur inspire de se donner à Dieu dans une consécration sans partage.

            Pour comprendre ce qui précède, il ne suffit pas de considérer n'importe quelle réalisation actuelle de cette vie monastique et de son idéal. Il faut comprendre ses origines, pénétrer dans son mystère et découvrir la grâce épique et ardente des fondateurs de Cîteaux et des premiers monastères, puis l'idéal des moines fervents, enfin au cours des siècles, le renouveau des grâces du début inspiré par l'Esprit-Saint dans la vie de l'Ordre. C'est cela que la vie monastique doit manifester à tout moment à l'Église et aux hommes. On ne peut comprendre les fruits d'aujourd'hui si l'on ne tient pas compte des racines, de la sève et des crises de croissance. Alors les moines de ce temps réaliseront, d'une manière toute nouvelle et belle pour notre époque, un rêve séculaire.

            C'est une oeuvre de longue haleine : la purification du cœur, source d'épanouissement pour une vie cherchant perpétuellement à se purifier en dépit de la fragilité humaine. C'est une vie de foi, l'attente d'une ferme espérance et la flamme brûlante de l'amour, ainsi que l'a dit Guillaume de Saint Thierry : une grande, incessante préparation à la rencontre de Dieu.

            Cette préparation à la contemplation exige une totale ouverture à la bonne nouvelle de l'Évangile, et que cela soit vécu à la manière monastique. "Heureux celui qui Te rencontrera dès le point du jour, assis au seuil de ta maison, qui pourra se tenir en ta présence et s'y tenir jusqu'au soir" (Gilbert de Hoyland).

 

 3. Cette vie intérieure monastique s'édifie sur trois bases : la prière liturgique, le travail et la "lectio divina".

La prière liturgique commune

            Après avoir ébauché en quelques traits l'essentiel d'un caractère vrai chrétien : l'humilité, saint Benoît parle simplement en plusieurs chapitres de la prière liturgique. Il dit que la respiration du moine n'est autre que la prière liturgique en commun. L'atmosphère en imprègne toute la vie monastique "depuis le réveil nocturne, pendant toute la journée et jusqu'au sommeil". Saint Benoît finit par dire : "que notre esprit soit d'accord avec notre voix".

            Enfin il donne un nom significatif à la prière liturgique en commun : "Opus Dei", l'œuvre de Dieu. Il veut dire par là que c'est un travail pour Dieu, une activité divine, une entreprise divine, une tâche pour Dieu, l'œuvre primordiale d'une âme monastique. La vie monastique trouve son unité dans cette prière liturgique, elle est une vie de prière continuelle ; les moines sont ainsi nuit et jour dans les mains de Dieu.

            Leur vie est alors un "sacrifice de louange" célébré en commun, dans l'épanouissement d'une charité joyeuse et fraternelle. Ils savent que leur vocation est la célébration solennelle de l'office divin. Ils sont appelés par leur vocation même à prêter leur voix à la Sainte Église. C'est au nom du Corps Mystique tout entier qu'ils offrent le sacrifice de louange par le Christ Médiateur qui, au Sacrifice de la Messe, les unit étroitement à son oblation. Ils possèdent ainsi la certitude de la valeur et de l'efficacité de leur prière qui les dépasse infiniment.

            La liturgie est une merveilleuse école de contemplation, où l'Église se montre mère et éducatrice de ses enfants. C'est ainsi que les âmes tendent à accorder sans cesse leur esprit à leur voix et à reproduire en elles les réalités qu'elles célèbrent, au point de s'identifier en tout à la vie de l'Église, à ses intentions, à ses sollicitudes les plus graves.

            Le moine travaille beaucoup, mais son travail le plus important est la liturgie, le service de Dieu. Il y consacre toute sa vie. Il aura le culte de la beauté et s'efforcera de faire de sa liturgie la plus belle chose du monde. Là est la raison profonde de son attachement à la liturgie latine et aux mélodies grégoriennes qui y sont liées. Ce n'est pas archéologisme, ni vaine nostalgie d'un passé révolu. C'est fidélité vivante à un héritage sacré, reçu d'une tradition séculaire et porteur d'incomparables valeurs spirituelles

            S.S. Paul VI dit : "La même Église qui, pour des raisons pastorales et la commodité du peuple qui ignore le latin, a introduit dans la Sainte Liturgie l'usage des langues vulgaires, a donné aux religieux le mandat de conserver –tant en ce qui concerne la langue qu'en ce qui concerne le chant- la traditionnelle dignité, la beauté et la gravité de l'Office choral...

            "Si on ôtait au chœur cette langue qui dépasse les frontières de toute nation, et qui resplendit de force spirituelle, si on le privait de cette mélodie –le chant grégorien- qui jaillit du plus profond de l'âme, il ressemblerait à un cierge éteint qui n'illumine plus et qui n'attire plus à lui les yeux et les esprits des homes (Lettre "Sacrificium laudis" de S.S. Paul VI, 15 août 1966, aux supérieurs généraux. Cf. aussi Discours de S.S. Paul VI aux Abbés bénédictins, 30 septembre 1966).

            "Ainsi par un double courant qui consiste à faire oraison pour mieux célébrer l'Oeuvre de Dieu, et à chercher dans la liturgie la source de l'oraison mentale, l'âme arrive sans secousse, sans bruit, presque sans effort, à la véritable contemplation" (Mme C.Bruyère : La vie spirituelle et l'Oraison, ch. X).

            Le moine commence de bonne heure sa journée par cette grande et belle liturgie, alors que les habitants des alentours sont encore plongés dans le sommeil, ou déjà au travail. Il veille pour que le monde continue à vivre. Il loue Dieu toute la journée jusqu'à ce que le soir tombe, jusqu'au seuil de la nuit, pour que le monde ne soit pas muet devant Dieu.

            "Jésus s'en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu" (Luc 6,12).

            C'est le premier devoir des moines, leur plus grand souci, leur mission : redire à Dieu d'heure en heure, jour et nuit, louange et merci, grâce et pardon. Chant austère ou joyeux, c'est la prière de toute l'Église, la plainte de l'humanité entière qui passe par ses lèvres et monte vers le trône de Dieu. Ils prient pour qui ne prie pas ou prie mal et, en retour, ils attirent Dieu sur la terre. L'adoration chante sans cesse dans leurs cœurs : Je te louerai, Seigneur, aux heures froides de la nuit comme à celles de l'aube ou de midi, et le soir quand le soleil se couche ou que montent les étoiles. Je te louerai,  Seigneur, toujours et à jamais !

            Le sommet de la journée liturgique est le sacrifice solennel de la sainte messe, célébrée d'ordinaire soit de bon matin, soit au milieu du jour. On le prépare et prolonge par la Louange divine. Tout le corps monastique est rassemblé, groupé autour du célébrant. Tous sont réunis dans le Christ pour glorifier la Trinité. A cette heure les moines renouvellent dans l'intime de leur cœur leur donation première : aujourd'hui, mieux qu'hier, ils seront au Christ ? Ne vient-Il pas en eux comme Source de Vie ! Par Lui, avec Lui, en Lui, ils iront au Père sans cesser d'être unis à tous les membres de son Corps. L'Église entière est là, invisiblement présente. Le ton grave et simple des mélodies grégoriennes, joint à la sobriété des cérémonies, souligne merveilleusement ce caractère d'unité. Mystère du Christ, fêtes de la Vierge et des saints jalonnent la route du moine ; dès lors chaque jour est pour lui un jour de joie qui l'associe à la vie du ciel et l'inonde de grâce, de lumière et de paix. Par la communion des Saints, plus le moine trouve Dieu et se remplit de Lui, plus il élève l'Église et enrichit les âmes.

 

Le travail

            La Règle de saint Benoît prescrit à tous les moines le travail de chaque jour. "L'oisiveté est ennemie de l'âme. Aussi les frères doivent-ils être occupés en des temps déterminés au travail manuel, et à des heures déterminées aussi à la lecture divine" (ch. 48)

            Aussi dans l'intention de saint Benoît, le travail manuel ou intellectuel doit remplir tout le temps laissé libre par l'office divin et les autres devoirs. "C'est alors qu'ils seront vraiment moines, s'ils vivent du travail de leurs mains, comme nos Pères et les Apôtres"(ch. 48).

            En effet le travail occupe une assez large place dans la journée cistercienne. Le Seigneur s'étant livré à des oeuvres manuelles durant la plus grande partie de sa vie, les moines comprennent qu'ils doivent consacrer la majeure partie de leur temps au travail des mains (Assurément nous voyons à notre époque que la différence entre travail manuel et travail intellectuel tend à s'effacer, bien que cette différence ne puisse jamais disparaître entièrement) 

            L'obligation de travailler a d'ailleurs existé dans toute l'histoire du monachisme. De plus, c'est la meilleure solidarité avec le monde du travail. Les moines et les moniales sont aussi des pauvres du Christ, et doivent gagner leur vie par leur travail comme tous les pauvres. Ils sont heureux de pouvoir gagner leur vie, de contribuer à assurer la subsistance du monastère, et de lui permettre d'accomplir plus largement le devoir d'aumône. Ils ne ménagent pas leur peine, et se dévouent de toutes leurs forces au bien de leur famille monastique et de toute l'humanité.

            Le travail est un devoir pour le moine ; il lui donne en même temps une dignité humaine. Il est une base de la vie monastique, et aussi un élément fondamental de sa spiritualité. En travaillant, les moines ont la certitude de faire la volonté de Dieu et de demeurer sous son regard. Ainsi tout travail tend à devenir pour eux une oraison silencieuse et incessante qui rejoint l'office divin et le Saint Sacrifice de la Messe. Saint Jérôme affirme avec insistance que si le moine travaille de ses mains, ce n'est pas seulement pour gagner sa vie, mais surtout pour le bien de son âme et le bien du monde.

            Les cisterciens sont revenus à la lettre et à l'esprit de saint Benoît ; le père du monachisme, également au sujet du travail. Ce retour aux sources devait avoir d'importantes conséquences économiques. Au XIIème siècle, le domaine cistercien est une exception parmi les autres ; au lieu de serfs pour l'exploiter, on ne trouve que les moines et les convers de l'abbaye. Pas de vassaux rendant hommage à l'abbé et relevant de sa justice. Pas non plus de dîmes payées au monastère, car ces redevances, qui proviennent du travail d'autrui, ont été établies pour les églises paroissiales. Bref le domaine cistercien est, en théorie, aussi peu féodal que possible. A notre époque les circonstances ont bien changé, mais les moines attachent toujours une grande valeur au travail, et ils s'affairent dans les champs, les étables, les ateliers, donnant au monde le spectacle d'une ruche active et disciplinée. 

 

La lectio divina et le travail intellectuel

 

            Les lectures divines (lectio divina) servent à préparer la prière et en sont comme le prolongement ; d'autre part elles supposent un travail sérieux et soutenu. Dieu a voulu- et saint Benoît nous transmet cette volonté divine- que nous soyons fondés sur la doctrine. Nous devons donc être fermement attachés à l'enseignement apostolique. Si dans un monastère on en venait à négliger la doctrine, la lecture divine, le travail intellectuel, tout s'écroulerait aussitôt. Comme le dit saint Bernard, tout doit être centré sur la vérité ; avec leurs nuances particulières, c'est la vocation de tous les monastères. 

            Si le pédantisme est étranger plus que tout à l'âme monastique, elle doit néanmoins être persuadée qu'aucun de ses dons ne doit demeurer stérile et que son intelligence doit produire du fruit pour Dieu, à la manière d'un talent qu'Il lui a confié. Les lectures divines : Écriture Sainte, écrits des Pères, théologie, liturgie, langue latine, chant, psychologie, histoire, etc..., forment un champ très vaste dont l'étude constitue pour elle un devoir d'état. Chacun s'y adonne selon ses aptitudes propres.

            La diversité des occupations de la journée au monastère ne doit pas donner le change. Leur unité profonde vient de leur orientation vers Dieu, pôle de toute cette activité. C'est une oeuvre sans partage, une œuvre d'unité ; l'âme simple n'a qu'un regard : elle ne voit que Dieu ; un amour : elle n'aime que Dieu ; une intention : elle ne tend qu'à Dieu ; une prétention : contenter Dieu ; une fin : posséder Dieu.

            Ainsi les moines lisent et étudient non pour obtenir un prix littéraire, mais pour nourrir leur cœur de la vérité révélée par Dieu. Cela a toujours constitué un des éléments les plus importants de la vie monastique. A la lumière de cette vérité le moine en vient à se connaître lui-même, apprend la compassion envers ses frères et envers les hommes, voit le bien-fondé de l'humilité et de la maîtrise de soi ; il acquiert l'estime du silence et voit de plus en plus clairement la réalité de l'amour de Dieu embrassant toutes choses. Les lectures divines deviennent ainsi une forme de prière, se transforment spontanément en méditation, et conduisent l'âme à être tout absorbée en Dieu  dans une contemplation simple et silencieuse.

 

                                                                                                                      

 

            Un fait merveilleux de la spiritualité monastique s'établit sur ces trois bases : un magnifique équilibre de ces trois éléments dans la vie des moines. Aucun d'entre eux ne doit absorber le temps et les forces qui reviennent de droit aux autres. Cet équilibre est bien établi dans l'organisation de la vie du monastère. La modération qui en résulte ouvre à un homme moyen la possibilité de prier sans cesse. Cela permet que la vie ne soit pas perpétuellement tendue, forcée, maos au contraire simple équilibrée et saine, bien modérée. Saint benoît avertit l'abbé : "il usera de discrétion et de mesure, en songeant à la discrétion de saint Jacob qui disait : "Si je fais peiner davantage mes troupeaux à marcher, ils mourront tous en un jour". Prenant garde à ce texte et aux autres sur la discrétion, mère des vertus, il mettra de la mesure en tout, en sorte que les forts aient à désirer plus et que les faibles n'aient pas à prendre la fuite" (ch. 64). Ces "faibles" sont des moines qui ont une vraie vocation, sans toutefois supporter une trop forte contrainte, ni une pression excessive à cause de leur faiblesse, telle par exemple que se forcer à prononcer sans arrêt des formules de prières prescrites, ou bien à être toujours tendus.

            Cette vie simple, cet équilibre monastique ne rend pas pénible la vie intérieure à un individu quelconque, elle donne la possibilité de se tenir toujours en présence de Dieu. Vivant dans un esprit de foi, d'amour et de simplicité, l'âme d'un moine peut être unie à Dieu à travers tous les évènements.

 

 4. Chaque communauté ne peut subsister que sous la direction d'une autorité. Le monastère est une communauté de Dieu, la maison de Dieu, un foyer où se groupent tous les membres de la famille monastique autour de l'Abbé tenant la place du Christ.

            Le supérieur est d'ordinaire élu par les membres de la communauté. Selon la Règle de saint Benoît tout repose sur lui. C'est à lui qu'a été remis le dépôt de la doctrine du Christ et de la Règle. Il en est l'interprète autorisé, soit dans ses conférences, soit dans ses entretiens privés. C'est un rôle de père qui donne la vie à ses fils. Le supérieur est la source de la vie monastique pour tous les membres de sa communauté, il leur donne la vie. 

            Être l'Abbé ou l'Abbesse d'un monastère est une grâce exceptionnelle et une immense responsabilité. Il n'est pas nécessaire qu'il soit le meilleur gestionnaire, ni le prédicateur le plus éloquent, ni le plus remarquablement doué, mais il doit être apte à faire naître chez ses fils une vie spirituelle, une vie intérieure monastique ? D'où son rôle de père ? D'après la doctrine de saint Benoît "il doit être...chaste, sobre, miséricordieux". Et "que la miséricorde l'emporte toujours sur la justice" (Ch. 64.-Cf Jac 2,13). Et "dans ses réprimandes même, qu'il agisse prudemment et sans rien de trop, de peur qu'en voulant trop gratter la rouille, il ne brise le vase" (Ch. 64). Ainsi "il se conformera et s'adaptera à tous, de façon non seulement à ne pas subir de perte dans le troupeau commis à sa garde, mais aussi à se féliciter de l'accroissement d'un bon troupeau" (Ch.2)

            La perte, l'accroissement, la vie ! La vie monastique ! C'est le grand devoir de l'Abbé. La charge abbatiale implique donc une transmission de vie divine- une vie puisée au cœur même de Dieu 

            Du côté des disciples, c'est l'obéissance qui détermine leur comportement. Qu'ils obéissent en toutes choses ! Moins parce que le supérieur est investi d'une autorité canonique, que parce qu'ils savent que l'obéissance est un charisme ascétique qui les conduit à la sainteté, une énergie puissante les unissant plus étroitement au Christ dans le lien de l'Esprit d'Amour tout en les libérant de leur volonté propre.

            Par l'obéissance on marche sans aucun doute dans l'amour dont le Christ nous a aimés, Lui qui s'est fait obéissant en tout à cause de nous.

            Le charisme de l'obéissance tient alors une place importante dans la vie monastique : c'est un signe de réconciliation avec Dieu, un témoignage vécu du Royaume de Dieu, un gage de foi en la Résurrection du Christ.

            L'obéissance est aussi une grâce qui fait grandir l'âme du moine pour la préparer à la contemplation. Celle-ci est donnée dans la docilité au Saint-Esprit. C'est la volonté de Dieu qu'on Lui obéisse, et l'obéissance nous entraîne dans cette volonté qui coule à grands flots d'un bout à l'autre de l'univers.

            "Ceux à qui le Christ donne la nourriture spirituelle, Il les rend d'abord vraiment obéissants" (Saint Aelred).

            C'est elle qui guide enfin le moine pour qu'il prononce ses vœux entre les mains de l'Abbé. Par ses vœux, il se consacre à Dieu selon les conseils de l'Évangile : la pauvreté, la chasteté, et l'obéissance.

            Les moines font aussi des vœux de stabilité et de conversion des mœurs.

            La stabilité implique la fidélité à un monastère pour toute la vie les moines entrent dans un monastère pour vivre et mourir dans ce lieu qu'ils ont choisi. Ils acceptent ainsi les grâces spéciales, les avantages, les problèmes et les limites d'un monastère. Si un moine devient un saint –et il sera certainement un saint s'il est fidèle à sa vocation- il sera un saint au sens large, bien que cela ne signifie pas la canonisation. Il sera saint de la sainteté de quelqu'un qui a trouvé le Christ dans ce monastère particulier, et à ce moment particulier de l'histoire. Tous les moines qui persévèrent dans un monastère participent à l'expérience monastique de celui-ci.

            La conversion des mœurs (conversio morum) signifie d'une part que le moine se consacre jour après jour, avec tout son sérieux, aux exercices essentiels de la vie monastique et y demeure toujours fidèle ; d'autre part, elle indique une grande entreprise, une aventure dont on ne peut prévoir la fin, parce qu'elle est entre les mains de Dieu. Par le vœu de la conversion des mœurs le moine s'engage à se transformer, à se réformer, à s'améliorer tout au long de la vie. Il s'engage à se convertir à une vie meilleure, à agir toujours mieux. Il est décidé à ne jamais se contenter du point déjà atteint, mais à employer tous ses efforts à progresser dans la vie intérieure, dans la vie monastique. C'est une aventure magnifique, mais risquée. Le moine ne prévoit pas jusqu'où il arrivera, mais accepte le risque et le défi de l'appel monastique : il remet sa vie entre les mains de Dieu pour ne jamais la reprendre, afin d'atteindre le but suprême de la vie humaine. C'est la réponse à ce que nous avons demandé au début : pourquoi suis-je sur la terre ?

            Se lancer dans cette aventure, c'est embrasser la vie cistercienne, née au XIIème siècle à la grande époque de la chevalerie ; elle nous montre que les mystères les plus grands de la providence divine sont réellement possibles à l'homme qui se remet parfaitement entre les mains de Dieu. 

            On comprend ici la vérité de l'enseignement de saint Benoît : "le moine doit se faire étranger aux manières du siècle" (ch. 4) pour atteindre Dieu. Alors on voit que cette vie cistercienne est un sacrifice, un véritable sacrifice, "une grande œuvre accomplie dans le but de nous unir à Dieu dans une sainte société...si tu as loué Dieu du plus profond de ton cœur toute une vie, -toi, tu ne dois rien espérer de Lui que Lui même" (Saint Augustin). 

Epilogue

 

 

 
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Mis à jour le: 06-08-08

 

© Abbaye cistercienne Ste Marie de Boulaur. 

© Photographies: Editions Gaud ; Casa Generalizia O.Cist. ; Abbaye de Boulaur

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