On peut penser l'idée de la Providence uniquement au moyen de l'intelligence. Elle demeure alors théorie. On se dit que Dieu a tout créé, que tout ce qui arrive est l'accomplissement de sa volonté. Lorsqu'alors le monde paraît contredire, on fait appel à l'ensemble des forces en œuvre, si multiples, et à l'imbrication des fins, d'une telle complexité que nous ne pouvons pas la pénétrer. On en appelle au fait que nous pouvons encore moins embrasser l'enchevêtrement des destinées humaines et que, en conséquence, il nous est sans doute permis de nous rassurer à la pensée que ce qui, dans le détail, apparaît peut-être comme une absurdité ou une catastrophe, est pourtant ordonné à une fin suprême. Ce serait déjà beaucoup que cette domination de l'événement. Mais on peut encore bien davantage.

La Providence est une réalité que l'on ne doit pas surtout penser, mais accomplir. Pour cela, nous devrions, à vrai dire, nous éloigner du papier, toi et moi. Comment exprimer ce qui est en question ? Une nouvelle nous parvient : « Voilà ce qui est arrivé. » Les choses se présentent maintenant de telle et telle façon. L'ensemble des circonstances et des événements qui te réclament forment la chaîne autour de toi et te regardent. « La situation » non — elle n'est pas anonyme. Éveille ton sentiment le plus profond : « C'est Lui. » Il ne faut certes pas que tu te nourrisses de fictions, mais que tu demeures dans la vérité, vigilant, attentif. Alors tu comprendras un jour distinctement qu'il est là et te regarde, qu'il t'adresse un appel et une invitation. Et voici que tu entres vivant dans cette unité, et tu agis selon elle, selon l'appel qui t'est adressé et l'invitation qui t'est faite. Voi­là la Providence! Alors tu ne penses plus seulement, tu agis, prêt à l'accueil, disponible, et c'est maintenant que la Providence se réalise.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que la Providence n'est pas un appareil tout prêt et qui fonctionne, mais qu'elle se réalise dans sa puissance créatrice selon la liberté de Dieu toujours nouvelle et aussi selon notre petite liberté humaine. Non pas quelque part, mais ici. Non pas en général, mais maintenant. Elle est un mystère du Dieu vivant et tu en fais l'expérience dans la mesure où, vivant, tu te situes en elle, où tu ne la laisses pas passer au-dessus de ta tête, mais où tu collabores avec elle. Tu es appelé. Tu es attiré par Dieu dans l'enchaînement de son activité providentielle. Ta conscience doit voir ce qui est maintenant en jeu. Ta liberté — celle que Dieu t'accorde et qu'il a libérée pour toi — doit le faire surgir d'elle-même. Tes mains doivent le saisir. En tant qu'être vivant, tu dois t'insérer dans l'activité vivante de Dieu. Le mystère de la Providence reste lettre morte tant que nous nous contentons de le penser. Il devient réalité si nous l'accomplissons. 

 

 

 
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Mis à jour le: 14-09-07

 

© Abbaye cistercienne Ste Marie de Boulaur. 

© Photographies: Editions Gaud ; Casa Generalizia O.Cist. ; Abbaye de Boulaur

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