Saint Aelred, Abbé de Rievaulx (Angleterre)

Bienheureux Guerric, Abbé d'Igny.

Saint Bernard, Abbé de Clairvaux.

 

 

Saint Aelred, Abbé de Rievaulx (Angleterre)

Sermon pour l'Avent

Vous devez savoir, mes très chers frères, que ce bienheureux temps que nous appelons "l'Avent du Seigneur" représente deux choses qui doivent faire notre joie et nous apporter un double avantage. Ce temps nous met sous les yeux deux avènements de Notre-Seigneur. C'est d'abord le très doux avènement, où celui qui surpasse en beauté tous les fils des hommes, le désiré de toutes les nations : le Fils de Dieu apporte en ce monde sa présence visible dans la chair, présence attendue et longtemps désirée par les Patriarches : avènement quand il vient en ce monde pour sauver les pécheurs. Il y a ensuite cet autre avènement que nous attendons avec une ferme espérance et que nous rappelons très souvent avec larmes : celui où le même Seigneur déjà venu caché sous les voiles de la chair, viendra à découvert dans sa gloire, comme on chante de Lui dans le psaume : "Dieu viendra dans tout son éclat !" (Ps. 49) c'est-à-dire au jour du jugement, quand Il apparaîtra pour juger. Son premier avènement ne s'est manifesté qu'à quelques justes, dans son second avènement, Il se montrera également aux justes et aux réprouvés. Le prophète nous l'insinue assez clairement : "Et toute chair verra le salut de Dieu." (Ps. 97) A nous donc, mes très chers Frères de suivre les exemples des saints Pères, de rappeler avec bonheur leurs désirs, et d'enflammer ainsi nos âmes de l'amour et du désir du Christ. Vous devez donc savoir que nous avons à célébrer ce temps pour honorer le désir que nos saints Patriarches conçurent du premier avènement de Notre-Seigneur, afin que, à leur exemple, nous apprenions à concevoir un ardent désir de son second avènement. Et si nous n'avons pas une assez bonne conscience pour oser désirer son avènement, nous devons au moins le craindre, et par cette crainte, nous corriger de nos vices. Enfin si, nous n'arrivons pas ici-bas à ne pas le craindre, au moins quand il viendra, puissions-nous ne pas le craindre mais nous estimer en sûreté. Ceux qui mènent une vie plus parfaite que celle des gens du monde doivent s'efforcer d'acquérir par leur bonne conduite une conscience telle qu'ils puissent ne pas craindre de châtiment en ce jour ; qu'ils désirent plutôt la gloire et la joie que les justes posséderont alors.

 

Bienheureux Guerric, Abbé d'Igny.

Sermons pour l'Avent

Une voix crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur. Je pense qu'il nous faut en tout premier lieu réfléchir sur la grâce de la solitude, sur la béatitude du désert qui, dès le début de l'ère de la grâce, mérita d'être consacré au repos des saints. Certes, le séjour du désert a été sanctifié pour nous par la voix de celui qui criait dans le désert, de Jean qui y prêchait et y donnait un baptême de pénitence ; et avant lui déjà les plus saints des prophètes avaient toujours eu la solitude pour amie, en tant qu'auxiliatrice de l'Esprit. Toutefois, une grâce de sanctification incomparablement plus excellente et plus divine s'attacha à ce lieu, quand Jésus y succéda à Jean. Car, à son tour, avant de se mettre à prêcher aux pénitents, il estima devoir préparer un lieu pour les y recevoir ; pendant quarante jours, il demeura dans le désert, comme pour purifier et consacrer à une vie nouvelle ce lieu renouvelé, et il vainquit le tyran qui le hantait, avec toute sa malice et toute sa ruse, et cela moins pour lui-même que pour les futurs habitants du désert. Si donc tu t'es enfui au loin et t'es fixé au désert, restes-y, et attends là celui qui te sauvera de la pusillanimité d'esprit et de la tempête. Alors en vérité, il fera de ton désert un paradis de délices, et toi, tu proclameras que la gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron. C'est assurément l'effet d'une grâce admirable de la divine Providence que, dans ces déserts où nous habitons, nous ayons la paix de la solitude, sans manquer cependant de la consolation d'une société agréable et sainte. Nous vivons parmi beaucoup d'hommes, et nous ne sommes pas dans le tumulte de la foule. Nous vivons comme dans une ville, et cependant aucun tapage ne nous empêche d'entendre la voix de celui qui crie dans le désert, si du moins à ce silence extérieur correspond notre silence intérieur. Car "les paroles des sages, dit Salomon, sont mieux entendues dans le silence que les cris du prince parmi les insensés". Ainsi donc, si tout ton intérieur garde le silence du milieu de la nuit, alors, du trône du Père, la Parole toute-puissante descendra secrètement en toi. Heureux donc celui qui, ayant fui loin du tumulte du monde, s'est retiré si profondément dans le secret et la solitude d'une âme en repos, qu'il lui est donné d'entendre non seulement la voix du Verbe, mais le Verbe lui-même ; non plus Jean, mais Jésus ! D'ici là, écoutons cependant ce que nous crie la voix du Verbe, afin qu'un jour nous passions de la voix au Verbe lui-même : "Préparez la voie au Seigneur, dit-elle ; rendez droits ses sentiers !" Préparer la voie, c'est rectifier sa vie ; redresser le sentier, c'est mener un genre de vie plus strict.

 

« Préparez la voie au Seigneur. » (Is. 40, 3) Cette voie du Seigneur que nous avons ordre de préparer, mes frères, c'est en y marchant qu'on la prépare, et c'est en la préparant qu'on y marche. Et quand même vous y auriez beaucoup avancé, il vous reste toujours cependant à la préparer, pour que, du point où vous êtes parvenus, vous alliez de l'avant, tendus vers ce qui est au-delà. Ainsi, à chaque progrès, la voie étant préparée pour son avènement, le Seigneur viendra au-devant de vous, toujours nouveau, en quelque sorte, et plus grand qu'il n'était. C'était donc avec raison que le juste faisait cette prière : « Seigneur, place-moi sur la voie de tes justifications, et je la poursuivrai sans cesse. » (Ps. 118, 33) Peut-être l'a-t-on appelée « voie éternelle » parce que, si la Providence a prévu la voie de chacun et a fixé un terme à son progrès, il n'y a cependant pas de terme à la nature de la Bonté vers laquelle on progresse. Aussi le voyageur sage et empressé, lorsqu'il sera arrivé au terme, ne fera que commencer, car, « oubliant ce qui est en arrière » (Phil. 3, 13), il se dira chaque jour : « Maintenant, je commence. » (Ps. 76, 11)

 

« Israël, sois prêt à aller à la rencontre du Seigneur, car il vient. » (Am. 4, 12) Et vous aussi, mes frères, « soyez prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne pensez pas. » (Lc. 12, 40) Rien de plus sûr que sa venue, mais rien de plus incertain que le moment de cette venue. C'est pourquoi, ô véritable Israël, sois prêt à aller à la rencontre du Seigneur ! Non seulement sois prêt à lui ouvrir lorsqu'il sera là et frappera à la porte, mais encore va-t'en allègrement et joyeusement à sa rencontre tandis qu'il est encore loin, et, ayant pour ainsi dire pleine confiance pour le jour du jugement, prie de tout cœur pour que son règne vienne. Si donc tu veux alors être trouvé prêt, « prépare-toi avant le jugement une justice » (Eccli. 18, 19), comme le conseille le Sage. Sois donc prêt à accomplir toute bonne œuvre, et ne le sois pas moins à endurer tous les maux, afin que ta bouche puisse chanter, sans que ton cœur le démente : « Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt ! » (Ps. 107, 1) Quand tu seras en mesure de dire : « Mon cœur est prêt, ô Dieu, » parce qu'il est libre du mal ; « mon cœur est prêt, » (Ps. 107, 1) parce qu'il est rempli de saints désirs, alors accomplis avec zèle ce qui est dit ensuite : « Je chanterai et psalmodierai. » Et quelle que soit la mélodie que tu chantes ou psalmodies, voici quel doit en être le thème profond : « Lève-toi, ma gloire  » (Ps. 107, 2) ; lève-toi pour venir à ma rencontre, car, autant que je l’ai pu, je suis allé au-devant de toi. O bon Jésus, avec quelle allégresse et quel élan, quelle joie et quel visage de fête, tu te portes au-devant d'une semblable dévotion ! Comme tu te montres radieux sur de telles voies ! « Tu es venu, dit Isaïe, au-devant de l'homme qui dans la joie accomplit la justice ; sur tes sentiers, ils se souviendront de toi. » (Is. 64, 5) C'est pourquoi, si tu psalmodies avec sagesse sur une voie sans tache, il viendra certainement et il éclairera tes obscurités pour te faire comprendre les mystères de l'Écriture que tu ignores. Alors se réalisera ce que tu récites : «  Je psalmodierai, en comprenant, sur la voie sans tache : quand viendras-tu à moi ? » (Ps. 100, 1-2) « Éveille, Seigneur, ta puissance » ; qu'elle stimule notre tiédeur à nous porter à ta rencontre ! «  Et viens nous sauver  » (Ps. 79, 3), toi le Sauveur du monde, qui, étant Dieu, vis et règnes dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

Saint Bernard, Abbé de Clairvaux.

Sermons pour l'Avent

Dans l'avènement du Seigneur que nous célébrons, si je regarde la personne de Celui qui vient, je demeure incapable de saisir la hauteur de sa majesté. Si je suis attentif à ceux vers lesquels il est venu, je me sens pris d'effroi devant la grandeur de cette faveur. Même les Anges d'ailleurs demeurent stupéfaits devant cette nouveauté : ils voient au-dessous d'eux Celui que toujours ils adorent au-dessus d'eux, et les voilà manifestement qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme (Jn. 1, 51). Si je considère le but dans lequel il est venu, j'embrasse, autant qu'il m'est possible, la largeur inestimable de sa charité. Si je pense au mode de sa venue, j'y reconnais l'exaltation de la condition humaine. Oui, il est venu, le Créateur et Seigneur de l'univers ; il est venu chez les hommes, il est venu en vue des hommes, homme, il est venu. Mais quelqu'un objectera : comment peut-on dire qu'il est venu, alors qu'il a toujours été en tout lieu ? De fait, « il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas connu » (Jn. 1, 10). Il n'est donc pas venu puisqu’il était présent, mais il est apparu alors qu'il était caché. C'est pourquoi aussi il a revêtu une forme humaine, dans laquelle on allait pouvoir le reconnaître, lui qui, dans sa forme divine (cf. Phil. 2,5), « habite une lumière inaccessible. » (I Tim. 6, 16) « Voici, la Vierge concevra et enfantera un Fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel (Is. 7,14) - ce qui se traduit : Dieu avec nous » (Mt. 1, 23). Ne t'enfuis pas, Adam, car Dieu est avec nous. Ne crains pas   (cf. Lc. 1, 30), ô homme, et, en entendant le nom de Dieu, ne sois pas saisi de terreur, car Dieu est avec nous. Avec nous par une chair semblable à la nôtre (cf. Rm. 8, 3), avec nous pour notre bien : c'est pour nous qu'il est venu comme l’un de nous (cf. Gn. 3, 22), semblable à nous (Jc. 5, 17), vulnérable. Le prophète ajoute : « De crème et de miel il se nourrira » (Is 7. 15) autrement dit ce sera un enfant, puisqu'on lui donnera des aliments adaptés aux enfants. Et il précise: « Afin qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien » (Is. 7, 16). Tu entends ici parler du bien et du mal, tout comme ce fut le cas à propos de l'arbre défendu (Gn. 2, 17), du bois de la transgression. Mais le second Adam sait opérer la distinction beaucoup mieux que le premier. Choisissant le bien, en effet, il rejette le mal.

 

L'abeille dispose de la douceur de son miel mais aussi de la piqûre de son aiguillon. Cependant, il s'agit ici de cette abeille qui se nourrit parmi les lis (cf. Ct. 2, 16) et qui habite la patrie des Anges, si riche en fleurs. De là aussi elle s'est envolée vers la cité de Nazareth - dont le nom se traduit par «fleur» - pour parvenir à cette fleur parfumée qu’est la virginité perpétuelle. Voilà la fleur où elle pénètre, voilà la fleur à laquelle elle s'attache. De cette abeille, il n'ignore ni le miel ni l'aiguillon, « celui qui chante, avec le prophète, la miséricorde et le jugement » (Ps. 100, 1). Pourtant, en venant à nous, elle n'apporta que le miel, et non l'aiguillon, autrement dit « la miséricorde seulement, et non le jugement » (Mt. 9, 13). C'est bien pourquoi, un jour que les disciples voudraient le persuader de condamner au feu la cité qui n'a pas voulu le recevoir (cf. Lc. 9, 54 s), il répondrait que « le Fils de l'homme n'est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver » (Jn. 3, 17). Pour le moment, notre petit enfant se nourrit de crème et de miel : en sa personne il a uni à la miséricorde divine ce qu'il y a de bon dans la nature humaine. Et cette unité, il la réalise de telle manière qu'il est vrai homme, mais sans péché, et Dieu miséricordieux, sans manifestation de jugement. On peut savoir, je pense, quel est le rameau qui sort de la racine de Jessé (cf. Is. 11, 1 s), et quelle est la fleur sur laquelle a reposé l’esprit-saint. Le rameau, c'est la Vierge, Mère de Dieu ; et la fleur, c'est son Fils. Oui, la fleur, c'est le Fils de la Vierge, une fleur blanche et vermeille (cf. Ct. 5, 10), choisie entre mille, la fleur que « les Anges cherchent du regard avec convoitise » (I P. 1, 12), la fleur dont le parfum fait revivre les morts (cf. II Co. 2, 16), et, comme elle en témoigne elle-même, une fleur des prés (cf. Ct. 2, 1), non pas une fleur de jardin. Un pré, en effet, fleurit sans aucune intervention humaine : personne ne l'ensemence, personne ne le sarcle ni ne le retourne, personne n'y répand du fumier. C'est ainsi exactement, oui, ainsi qu'a fleuri le sein de la Vierge ; c'est ainsi que les entrailles inviolées, intactes et pures de Marie, à la manière d'un pré, ont produit une fleur dont le feuillage devait rester toujours vert, dont la beauté ne saurait voir la corruption (cf. Ps. 15, 10), et dont la gloire à tout jamais allait échapper à la flétrissure. O plante véritablement céleste, plus précieuse que nulle autre, plus sainte que toute autre (cf. Gn. 2, 9)!

 

Elle a été démasquée, ô serpent malfaisant, ta supercherie ; elle a été mise complètement à nu, ta fausseté. Tu avais dressé un double procès contre le Créateur : tu l’avais accusé de mensonge et de jalousie. Mais dans l'une et l'autre de ces accusations, c'est toi qui as été convaincu de mensonge. Assurément, il meurt dès le commencement, celui à qui tu avais dit : « Tu ne mourras certainement pas » (Gn. 3, 4), « et la vérité du Seigneur demeure à jamais » (Ps. 116, 2). Mais réponds aussi maintenant à cette question, si tu le peux : quel est l'arbre dont Dieu a pu considérer le fruit avec jalousie, alors qu'il n'a pas même refusé ce rameau choisi et ce fruit sublime (cf. Is. 4, 2) ? « En effet, lui qui n'a pas épargné son propre Fils, comme nous aurait-il pas donné toute chose avec lui ? » (Rm. 8, 32) Mais déjà vous aurez remarqué, si je ne me trompe, que la Vierge royale constitue cette voie elle-même par laquelle le Sauveur est venu : il s'avance hors de son sein « à la manière de l'époux qui sort de la chambre nuptiale » (Ps. 18, 6). Quant à nous, tenons donc cette voie que nous avons commencé de suivre, et mettons tous nos soins, mes bien-aimés, à monter vers Celui qui, par elle aussi, est descendu jusqu'à nous. Oui, par elle venons à la grâce de Celui qui, par elle, est venu dans notre misère. Que par toi nous ayons accès (cf. Ep. 2, 18) auprès du Fils, ô bénie qui nous apportes la grâce, qui enfantes la vie, qui es mère du salut : que par toi il nous accueille, Celui qui par toi nous a été donné (cf. Is. 9, 5). Puisse ta pureté excuser auprès de lui la faute de notre corruption, et ton humilité si chère à Dieu nous obtenir le pardon de notre vanité. Que ton abondante charité couvre la multitude de nos péchés, que ta glorieuse fécondité nous confère la fécondité capable d'obtenir la récompense. Notre-Dame, notre médiatrice, notre avocate, avec ton Fils réconcilie-nous, à ton Fils recommande-nous, auprès de ton Fils représente-nous! O bénie, par la grâce que tu as obtenue, par la faveur unique que tu as su acquérir, par la miséricorde que tu as enfantée, accomplis cette requête : que Celui qui a daigné, par ton intermédiaire, devenir participant de notre faiblesse et de notre misère, nous rende aussi participants, par ton intercession, de sa gloire et de son bonheur, lui, le Christ Jésus, ton Fils, notre Seigneur, qui, « au-dessus de tout, est béni pour les siècles » (Rm. 9, 5). Amen.

 

Il est bon de considérer la voie par laquelle le Seigneur est advenu de manière manifeste, car « ses chemins sont de beaux chemins, et ses sentiers, des sentiers de paix » (Pr. 3, 17). Voici, dit l’Épouse, « voici qu’il vient, sautant les montagnes, bondissant par dessus les collines » (Ct. 2, 8). Tu le vois venir, ô toute belle, alors qu’auparavant, tant qu’il reposait, tu ne pouvais le voir. Tu l’as dit en effet : « Indique-moi, toi que chérit mon âme, où tu fais paître le troupeau et où tu te reposes » (Ct. 1, 7). Au repos, il fait paître les Anges dans ces éternités perpétuelles, où il les comble par la vision de son éternité et de son immutabilité. « Le voici pourtant qui est sorti de son lieu saint » (Mi. 1,3); et lui qui, au repos, faisait paître les Anges, est aussi celui qui se met en route. « Voilà comment il nous guérira » (Os. 6, 2), et on le verra venir, rassasié, lui qu'on ne pouvait voir tant qu'il reposait et qu'il faisait paître. Le voici qui vient, sautant les montagnes, bondissant par dessus les collines. - Par montagnes et collines, entends les patriarches et les prophètes. Quant à sa manière de venir, en sautant et en bondissant, pour la comprendre, reporte-toi à la liste de sa généalogie : « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob... » (Mt. 1, 2). De ces montagnes s'est avancée - comme vous le découvrirez - la racine de Jessé, de laquelle, au dire du prophète, est issu un rameau (cf. Is. 11, 1 s). Et du rameau une fleur est éclose, sur qui repose l’Esprit aux sept dons.

 

4e homélie sur les louanges de la Vierge Mère.

Tu l'as entendu, ô Vierge : tu concevras un fils, non d'un homme - tu l'as entendu - mais de l'Esprit-Saint. L'ange, lui, attend ta réponse : il est temps pour lui de retourner vers celui qui l'a envoyé. Nous aussi, nous attendons, ô notre Dame. Accablés misérablement par une sentence de condamnation, nous attendons une parole de pitié. Or voici, elle t'est offerte, la rançon de notre salut. Consens, et aussitôt nous serons libres. Dans le Verbe éternel de Dieu, nous avons tous été créés ; hélas, la mort fait son œuvre en nous. Une brève réponse de toi suffit pour nous recréer, de sorte que nous soyons rappelés à la vie. Ta réponse, ô douce Vierge, Adam l'implore tout en larmes, exilé qu'il est du paradis avec sa malheureuse descendance ; il l'implore, Abraham, il l'implore, David, ils la réclament tous instamment, les autres patriarches, tes ancêtres, qui habitent eux aussi au pays de l'ombre de la mort. Cette réponse, le monde entier l'attend, prosterné à tes genoux. Réponds une parole et accueille la Parole ; prononce la tienne et conçois celle de Dieu ; profère une parole passagère et étreins la Parole éternelle. « Voici, dit-elle, la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole. » (Lc. 1, 38)

 

Sermon pour la vigile de Noël

Ecoutez, cieux ; terre, prête l'oreille ! (Is. 1, 2) Soyez saisies de stupeur et louez-le, vous, toutes les créatures, et toi surtout, l'homme, car Jésus le Christ, le Fils de Dieu, naît à Bethléem de Juda. O brève parole pour désigner la Parole qui s'est comme abrégée (en se faisant chair), mais qui n'en demeure pas moins toute porteuse de la saveur du ciel ! L'élan du désir en nous est bien embarrassé : il brûle de répandre largement l'abondance de cette douceur de miel, mais sans trouver ses mots. Si grande, en effet, est la grâce de cette simple phrase, qu'elle se met immédiatement à perdre de sa saveur, si l'on y change serait-ce un iota (cf. Mt. 5, 18). Jésus le Christ, le Fils de Dieu, naît à Bethléem de Juda. Frères, qui racontera cet engendrement (cf. Is. 53, 8) ? Un ange l'annonce, la puissance étend son ombre, l'Esprit vient d'en-haut (Lc. 1, 35) : la Vierge croit, la Vierge conçoit dans la foi, la Vierge enfante et reste vierge : qui ne serait dans l'émerveillement ? Enfin voici que naît le Fils du Très-Haut, (Lc. 1, 32) Dieu engendré de Dieu avant les siècles ; le Verbe naît, petit enfant encore sans parole : qui pourrait assez s'en émerveiller ? Et certes, cette naissance n'est pas vaine, ni sans fruit cette faveur de la majesté de Dieu. Vous qui gisez dans la poussière (Is 26, 19), debout pour la louange ! Voici le Seigneur avec le salut : oui, il vient avec le salut, il vient avec les onguents, il vient avec la gloire. De fait, Jésus ne vient pas sans le salut, ni le Christ sans l'onction, ni le Fils de Dieu sans la gloire, puisque le salut c'est lui, l'onction c'est lui, la gloire c'est lui. L'Ecriture le dit : Gloire pour son père qu'un fils sage (Ps. 13, 1 tel que le cite Maxime de Turin). Voilà, bien-aimés, la triple saveur que je découvre lorsque j'entends dire que Jésus le Christ, le Fils de Dieu, naît. Pourquoi, en effet, l'appelons-nous du nom de Jésus, sinon parce que c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés (Mt. 1, 21) ? Et pourquoi a-t-il voulu qu'on le nomme Christ, sinon parce qu'il fera tomber le joug en putréfaction grâce à l'huile (Is. 10, 27 vg) ? Enfin pourquoi le Fils de Dieu s'est-il fait homme, sinon pour faire des hommes les fils de Dieu ?