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Méditation sur la vocation cartusienne Les réflexions qui suivent, écrites par un chartreux, peuvent certainement éclairer quiconque souhaite s'engager de tout son être au service de Dieu, même dans une autre vocation. La séduction de l'absolu Ne se fait pas chartreux qui veut. Pour le devenir il ne suffit pas d'être accueilli fraternellement et de recevoir tous les éléments d'une bonne formation. Ne reste en chartreuse que celui qui a au fond de l'âme un appel plus puissant que toutes les contradictions qu'il trouve en lui et autour de lui. La vocation cartusienne est une œuvre de Dieu. Le concours de l'homme y est plus indispensable peut-être que partout ailleurs mais l'homme sait qu'il est totalement impuissant à la construire, laissé à ses seuls moyens. Il y a donc d'abord un appel. Celui-ci, purement intérieur, cherche à se réaliser au travers de moyens extérieurs, institutionnels, liés à un cadre dont la rigidité peut étonner. Une fois la décision prise, la découverte de la vie cartusienne concrète introduit en un univers dont les paradoxes sont souvent difficiles à accepter. Telles sont les étapes que l'on peut suivre. Seul celui qui sait peut comprendre. Lorsque Dieu appelle, il s'agit d'une évidence qui dépasse les arguments et les mots. Lorsque Dieu se manifeste, il n'y a plus à discuter ; c'est bien de lui qu'il s'agit, même si l'on ne trouve pas le moyen de l'exprimer. Parlons ici de l'Absolu, faute de meilleur terme. Celui-là a ses imperfections, comme tout ce qui prétend parler de Dieu, mais il évoque suffisamment le caractère, distinct de tout ce que nous connaissons à notre échelle contingente, de la manifestation profonde de Dieu. C'est lui et nul autre. On le reconnaît tout de suite, même si jamais on ne l'avait rencontré. Il n'a de commune mesure avec rien de ce que nous connaissons. Il se présente vraiment comme la perfection qui en un instant a séduit le cœur. Une soif est née que rien ne pourra étancher, sauf l'Absolu. Celui qui a reçu cette blessure se met donc en quête du moyen ici-bas de l'atteindre, autant que faire se peut. Sans doute les moyens seront-ils toujours inadéquats à ce but, mais on veut faire tout ce qui dépend de soi pour tenter de l'atteindre. 1° Se donner à Dieu pour lui-même. A celui qui entreprend cette recherche, la chartreuse se présente dès le premier abord comme la découverte d'un monde que l'on connaissait déjà sans l'avoir encore rencontré. Il semble qu'elle trouve d'instinct les mots qui répondent à la recherche engagée. Il y a une sorte de connaturalité entre ce que l'on vous dit et ce que l'on aurait voulu dire soi-même. Se donner à Dieu pour lui-même. Ne vivre que pour lui. Renoncer à tout ce qui n'est pas lui et trouver seulement en lui la plénitude de ce que l'on cherche. Non seulement on voit ces formules écrites, mais on a le sentiment qu'elles sont vécues, même si l'on se rend compte que le cadre est à bien des égards mesquin, apparemment un peu ratatiné. 2° Une coupure radicale du monde. Mais la chartreuse associe de manière inséparable ces formules enivrantes d'union à Dieu seul à des exigences de séparation brutale de ce que le langage monastique traditionnel appelle « le monde ». Il n'y a là, malgré certaines fausses interprétations, ni manichéisme, ni pessimisme, ni mépris à l'égard de ceux qui constituent ce monde. Le monde, c'est l'ensemble de l'humanité lancée dans cette entreprise grandiose de coopérer à l'action du Dieu Créateur. C'est l'homme qui tend à Dieu à travers le miroir multiforme des créatures. C'est l'homme religieux qui rayonne le visage du Père dans le Christ à travers les mille formes d'apostolat. Tout cela est bon, tout cela est reflet de Dieu, mais rien de cela n'est Dieu. Le choix de Dieu implique comme une conséquence, dont on ne songe même pas à discuter les exigences, de se séparer de tout ce qui n'est pas lui, car ses plus belles œuvres ne sont rien à côté de lui et c'est lui que l'on veut. 3° Basculer définitivement en Dieu. Nous avons parlé d'une séduction de l'Absolu. C'est vraiment de cela qu'il s'agit. Les mots de Jérémie reviennent à la mémoire : « Tu m'as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire. » La joie de pouvoir trouver Dieu rend aisées toutes les décisions, même si l'on se doit de les faire de manière réfléchie, posée et justifiée. On se rend compte qu'il n'y a plus d'autres solutions ; un pas immense doit être franchi qui nous engage de manière totale du côté de Dieu. Il faut se jeter dans le vide, croire à l'Absolu et se couper de tout ce qui n'est pas lui. 4° Ressusciter avec le Christ. Seul Jésus par sa mort et sa résurrection a pu réaliser de manière complète et radicale ce rêve : répondre de tout son être à l'appel de Dieu, se jeter en lui et se retrouver pleinement en son sein. Choisir la vie cartusienne c'est donc s'insérer de manière particulièrement expressive et efficace dans la Résurrection du Sauveur. Il y a une mort, dont on n'est pas toujours parfaitement conscient au départ, mais qui étendra peu à peu ses effets sur tout l'homme. Il y a aussi la naissance à une nouvelle vie, qui nous place réellement dans l'intimité de Dieu. Une fois entré effectivement dans une chartreuse, on découvre que le choix radical de Dieu doit nécessairement marquer de son sceau toute l'existence concrète de l'homme sensible, sociable, fragile et instable qui se trouve en chacun, et l'on est amené à en faire la découverte coûteuse. Il ne saurait être question d'explorer en détail ce domaine. Il suffirait de noter comment ce choix, apparemment purement spirituel, doit s'exprimer de manière radicale dans l'espace et le temps où va se dérouler l'existence du chartreux. 1°Les «limites» de chartreuse. Les historiens qui étudient la naissance d'une chartreuse au Moyen Age sont normalement amenés à faire une découverte qui les choque, s'ils ne « savent » pas. On constate en effet que les chartreux, lorsqu'ils avaient décidé de fonder une maison en un site, commençaient par déterminer des « limites » autour de cet endroit, qui définissaient la coupure entre la chartreuse et le monde. Peu importe si ces limites étaient sur des terres appartenant déjà aux chartreux. Le but clairement poursuivi sera de les acquérir ou de se faire octroyer des privilèges qui permettront d'exclure de ce domaine toute autre habitation. D s'agit là d'une condition considérée comme essentielle par les premiers chartreux. Le monastère doit être au centre d'une authentique solitude ; la coupure entre la chartreuse et le monde doit être nettement marquée. Puis, un autre contour est tracé qui fixe de manière rigoureuse les limites que les moines ne devront pas franchir, s'ils veulent demeurer fidèles à l'esprit de leur solitude. Le novice qui fait profession sait qu'il s'engage à demeurer lié à ces limites, qui constituent son désert, sa solitude. Il serait mesquin de voir là une sorte d'instinct de propriété ou de volonté de puissance des chartreux. Même si ces questions de limites les ont bien des fois entraînés dans des procès ou des contestations avec leurs voisins, il faut voir dans cette volonté farouche de se couper une expression âpre du sentiment qu'ils ont vraiment choisi Dieu et rien que Dieu. C'est vraiment la brûlure de l'Absolu dans leur vie, de manière terriblement exigeante. Basculer définitivement en Dieu, disions-nous, c'est s'enfermer en Dieu, non seulement en esprit, mais également de corps. Les limites de la chartreuse, c'est le signe concret que l'on s'est enfermé en Dieu. « Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu », dit saint Paul. Telle est bien l'intention du chartreux : être caché, forcer les autres à respecter son anonymat, se faire oublier. Mais c'est aussi s'imposer à lui-même de ne plus pouvoir vagabonder, de ne plus pouvoir à sa fantaisie aller ça et là. Il s'est ancré en Dieu, même en son corps, même en sa liberté fondamentale d'être humain qui dispose de toute la terre qui lui a été offerte par le Créateur. 2° Le sens des vœux. Il est évident que les vœux religieux ne sont nullement l'apanage des chartreux. Mais peut-être sommes-nous proches d'une époque où seuls les chartreux auront encore un style de vie correspondant à l'attitude d'esprit qui régnait dans les milieux monastiques où sont nés les vœux voici peut-être quinze siècles. Les vœux, dans ce qu'ils ont de plus profond, se modèlent étroitement sur les structures de la vie cartusienne. Les origines premières des vœux monastiques sont obscures. Il semble cependant qu'ils soient nés spontanément pour répondre à l'instabilité de nombreux moines, que ce soit instabilité dans la vocation, ou vagabondage de monastère en monastère. Les vœux ont été en quelque sorte une limite, dans le sens où nous parlions au paragraphe précédent. Ils marquent une coupure dans la vie du moine, de sorte qu'il se voit obligé de demeurer fixé en Dieu, de par un acte parfaitement libre qu'il pose lorsqu'il entre au monastère et s'y fixe par la profession. Sans vouloir nier les exagérations juridiques qui se sont développées autour de la notion de vœu, il faut savoir en retrouver l'inspiration profonde. Leurs auteurs n'en avaient probablement pas conscience de manière distincte, mais ils suivaient une inspiration très pure. L'intention de celui qui prononce ses vœux monastiques est de faire à Dieu un don de soi réellement absolu. La séduction de l'Absolu veut que l'on cherche à imprimer en soi-même quelque chose qui rappelle cet Absolu, qui nous prépare à le rencontrer. Ce choix qui nous a fait tout quitter pour lui, nous voulons qu'il marque de son empreinte tout notre être intérieur ; il faut donc une rupture vis-à-vis du monde extérieur : le vœu de stabilité correspondant en chacun à l'existence matérielle et concrète des limites. Il faut surtout marquer bien nettement et de manière efficace la coupure entre la fuite de Dieu vers laquelle nous attire toute notre pesanteur et la volonté d'un amour toujours fidèle à Dieu : le vœu d'obéissance. A qui regarde les choses de l'extérieur, le moine se trouve ainsi enserré dans un filet d'obligations qui le lient et le paralysent. Tel est bien, il faut l'avouer, la manière dont on présente parfois les choses. En réalité, c'est exactement le contraire. Les vœux sont la ligne de démarcation infranchissable entre le domaine de l'Absolu, la zone où l'on veut que Dieu règne sans conteste, et tout le reste : ils sont la porte d'entrée dans la liberté divine. 3° Comparaisons. Afin de mieux comprendre le sens de la coupure radicale imprimée par la solitude de chartreuse dans l'existence du moine, il peut être éclairant de la comparer à d'autres formes de solitude. L'ermite. L'ermite est certainement l'homme de la solitude, mais par essence - et l'histoire en donne une multitude de témoignages - l'homme de la disponibilité à toutes sortes d'évolutions ultérieures. Il deviendra fondateur d'une abbaye cénobitique, il ira prêcher, on l'appellera à devenir évêque, pasteur d'âmes. Il a donc ressenti la brûlure de l'Absolu, lui aussi, mais n'a pas perçu l'appel à se jeter en lui de manière radicale et définitive. Sa solitude pourra, en fait, se poursuivre toute sa vie, mais elle pourra aussi bien n'être qu'une étape vers une autre vocation à laquelle le Seigneur l'appelle. Le camaldule. Fils de saint Benoît, il place sa solitude dans un contexte un peu analogue à celui de l'ermite. Elle n'est qu'une forme de louer Dieu parmi beaucoup d'autres. N'oublions pas, par exemple, que les apôtres de la Pologne ont été les premiers camaldules. Il n'y a rien d'inconvenant à ce que chez les camaldules se trouvent des professeurs, des prédicateurs, etc. Parmi eux se trouveront également des solitaires, même des reclus. Mais, par elle-même, la vocation du camaldule n'implique pas comme une nécessité le choix de se jeter de manière exclusive et radicale en Dieu. Le reclus. Il jouit matériellement d'une solitude souvent profonde. En fait, elle est fragile et soumise à une foule de contingences, qui échappent totalement à son contrôle. Si l'on considère concrètement le reclus, il est toujours en dépendance d'une communauté, monastique, canoniale, paroissiale, dans laquelle il s'insère, mais également dont il dépend autant au spirituel qu'au matériel. C'est dire combien sa situation est fragile, même si parfois elle lui offre des conditions exceptionnellement favorables. Une fois admises les limites de chartreuse, on se trouve enfin à l'intérieur de la vie cartusienne elle-même. C'est alors que commencent les surprises, même si l'on savait d'avance que l'on se trouverait au sein d'une vie de communauté. On était venu dans les perspectives d'un esseulement profond, pour se jeter en la nue divinité. Or, on se trouve pris dans le réseau multiple des obligations d'une vie de famille. On s'imaginait ne trouver que des saints autour de soi et l'on découvre avec horreur le règne de la médiocrité. Pire que tout cela, on finit par se rendre compte qu'en soi-même l'Absolu a disparu. Il ne reste plus rien de ce pourquoi on était venu. Est-ce le signe que l'on fait fausse route, ou est-ce un jeu nouveau de Dieu qui se fait découvrir sous un jour auquel on n'avait pas pensé ? 1° L'entrée dans une famille. Il ne saurait être question de vivre côte à côte comme des étrangers, lorsqu'on est si peu nombreux à demeurer au sein d'un même désert, où l'on a été attiré par le même idéal. Celui qui ne veut pas entrer dans la vie de famille se trouve rejeté par elle et il a tôt fait de constater que sa vie de cellule s'en trouve radicalement minée. S'il veut réellement poursuivre sa recherche de l'Absolu, il n'a d'autre solution que de considérer bien en face cette vie de famille et de s'y insérer loyalement, honnêtement et de tout son cœur. Cette exigence sociale se manifeste très vite comme révélatrice du fond même de la vocation cartusienne. Nul ne peut en effet chercher Dieu hors des voies de l'Évangile, c'est-à-dire des voies de la charité. Vaine serait une recherche de l'Absolu qui voudrait s'affranchir de quelque manière que ce soit de l'amour de ses frères. Or l'enseignement de Jésus et celui du disciple bien-aimé sont formels : la charité qui unit entre eux les enfants de Dieu est celle même qui unit le Père et le Fils. Entrer dans la famille cartusienne c'est entrer de plain-pied dans la famille divine, franchir avec Jésus ressuscité le voile pour venir en présence de Dieu. Mais, en chartreuse, cette image humaine de la famille divine se trouve limitée, réduite, et elle ne prend son sens que replacée au sein de la grande famille des enfants de Dieu : le Corps mystique du Christ, son Église. On ne peut sous-estimer le renversement des valeurs que cela implique souvent dans la mentalité du nouveau moine. Venu pour se perdre en un Absolu qui l'avait totalement captivé, il découvre soudain que cet Absolu était tout autre que ce qu'il imaginait. L'Absolu c'est une image que nous nous faisons de Dieu : la réalité de Dieu c'est le Fils, qui est au sein du Père, qui nous l'a révélée lorsqu'il nous a dit que le Père aimait le Fils et que tous deux nous aimaient et viendraient à nous. C'est finalement un choix crucifiant qu'il faut faire : ou l'Absolu qui nous comble en nous enfermant en nous-mêmes, ou la relation qui nous dilatera à l'infini, mais au prix d'un écartèlement et d'une ouverture à tous ceux qui nous entourent, quelles que soient les affinités que nous avons pour eux. 2° Le royaume de la médiocrité. Il n'est point besoin d'avoir vécu longtemps dans une chartreuse pour se rendre compte qu'y fleurissent bien des petites misères, que les pauvretés habituelles de la nature humaine n'en sont pas absentes, même si chacun fait loyalement effort pour tendre vers la perfection, dont le Père est le modèle. Ceci n'est pas nouveau. L'histoire montre que les chroniques des anciennes chartreuses ou les annales de l'Ordre sont le reflet de communautés où les personnages de haute sainteté ou de grande distinction sont très rares. C'est dans une grisaille sans relief que se déroule la vie de la plupart des chartreuses. Disputes avec les voisins, petits faits divers à l'intérieur de la communauté. Une connaissance plus approfondie des âmes permet de découvrir lentement que ces dehors décevants cachent très souvent des trésors de vie intérieure, de générosité et d'une authentique recherche de Dieu. Cependant on ne peut nier que ces gemmes sont très souvent prises dans des gangues peu attirantes. Peut-il en être autrement face à l'Absolu? N'est-ce pas la rançon même d'un voisinage dangereux avec le feu ? Celui-là met en évidence toutes les failles, toutes les rugosités, toutes les misères qui, en d'autres circonstances, seraient noyées dans le flot des banalités environnantes. Vouloir affronter la lumière de Dieu, c'est délibérément s'exposer à voir éclater en plein jour tous ces défauts, toutes ces petitesses. Ils apparaissent d'abord aux yeux des autres, puis, au fur et à mesure que la lumière se purifie, aux yeux-mêmes de l'intéressé. Nous découvrons d'abord la médiocrité des autres, puis la nôtre. C'est un risque que l'on prend toujours lorsqu'on vise haut. A se trouver toujours plus éloigné du terme on souffre plus intensément. Sur un plan plus prosaïque, il faut également y voir le prix de la coupure du monde. Dans la mesure où la solitude est efficace, elle nous prive d'une multitude d'apports qui introduiraient à l'intérieur de la communauté un élan ou un renouvellement, qui masquerait la médiocrité ou y remédierait d'une certaine manière. Il y a là un choix critique à faire : ou bien choisir Dieu et accepter que la perfection vienne d'abord et surtout de l'intérieur, ou bien laisser ouvertes certaines portes vers le monde, de sorte que les moyens humains autres que ceux propres au désert interviennent à leur façon. Le choix habituel de la chartreuse est la première manière. L'accepter de propos délibéré et en pleine conscience représente un réel sacrifice, une entrée en solitude extrêmement coûteuse. C'est en effet consciemment accepter de voir demeurer en sommeil une partie de ses disponibilités humaines, afin que Dieu puisse jaillir de l'intérieur. Une telle ambiance ne peut convenir qu'à des âmes qui ont déjà acquis un certain niveau de maturité humaine et la capacité d'une autonomie personnelle dans leur activité spirituelle et intellectuelle. 3° Dépasser définitivement l'Absolu. La découverte de la médiocrité d'abord chez les autres, puis chez soi-même est un acheminement vers une lumière encore plus déroutante. La sainteté, la perfection, les vertus, toutes ces notions que, sans le vouloir, nous interprétions comme des reflets en nous de l'Absolu s'évanouissent peu à peu. Tout ce qui peut faire du moi un centre, un noyau de cristallisation autonome, tout cela doit disparaître afin de devenir conforme au Christ ressuscité. Il n'est plus que relation au Père. Même en son humanité, il a acquis les titres de la divinité, se trouve dépossédé de toute richesse créée, afin de n'être plus que pure relation. Telle est la direction vers laquelle le moine doit s'orienter peu à peu, d'abord en sa vie intérieure, puis en toutes ses activités, aussi bien en cellule qu'en communauté. Apprendre à ne plus rien concentrer vers soi, mais à être pris dans le mouvement de l'amour divin, qui n'a ni fin ni commencement, ni but ni principe, ni limite ni contour, livré au souffle de l'Esprit, sans savoir d'où il vient ni où il va. Ces quelques réflexions laissent deviner les découvertes de plus en plus déconcertantes d'une âme qui accepte de se laisser guider par la lumière divine. Mais cette évolution, qui oblige à dépasser infiniment ce qui au départ nous semblait l'idéal le plus séduisant, est l'œuvre de Dieu. Il semble qu'il nous ait trompés puisqu'il nous entraîne là où nous ne voulions pas aller. Mais en réalité il nous dévoile peu à peu une vérité, que nous n'étions pas capables d'accueillir dès le début. Cet amen de Dieu est la seule garantie du chartreux, sa seule force en un itinéraire où précisément il s'agit de perdre toute réserve, de n'avoir plus en soi aucune source de force, ni de jugement autonome. Il lui faut donc croire à l'Amour et s'y livrer. |
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