(Sermo I in Quad., n.1 ; Ed. cist. IV,
353 s.)
Sermon de saint Bernard, Abbé de Clairvaux, pour le Carême.
Aujourd'hui, mes bien-aimés, nous entrons dans le temps sacré de la Quadragésime, temps du combat chrétien. Cette observance ne nous est pas particulière : elle est commune à tous ceux qui sont rassemblés dans l'unité de la même foi. Pourquoi le jeûne du Christ ne serait-il pas commun à tous les chrétiens ? Pourquoi les membres ne suivraient-ils pas tous la Tête ? De ce Chef, nous recevons tous les biens, pourquoi n'en accepterions-nous pas aussi les afflictions ? Voudrions-nous ne partager avec lui que ce qui est agréable et rejeter tout ce qui est triste ? Si oui, nous nous montrons indignes de participer à cette Tête qui est le Christ. En effet, tout ce qu'il a souffert, c'est pour nous qu'il l'a enduré ; s'il nous répugne de collaborer maintenant avec lui à l'œuvre de notre salut, comment pourrons-nous unir ensuite nos œuvres aux siennes ? Il n'y a rien d'extraordinaire de jeûner avec le Christ, lorsqu'on doit s'asseoir avec lui à la table du Père. Il n'y a rien de surprenant à ce qu'un membre souffre avec la Tête, quand il doit être glorifié avec elle. Heureux le membre qui aura adhéré entièrement à la Tête et la suivra partout où elle ira !
(F. IV Hebd. Sanctæ,
ex nn. 1 et 2 ; Ed. Brepols pp. 451-452)
Sermon de saint Bernard, Abbé de Clairvaux, pour le Mercredi Saint.
Soyez vigilants d'esprit, frères, pour que les mystères de ces jours ne passent pas à travers vous sans porter de fruit. Abondante est leur bénédiction : offrez-lui des récipients purs ; à de si grands dons spirituels de la grâce, présentez des âmes empressées, des sens éveillés, des élans affectifs sobres, des consciences pures. Ce qui vous engage à prendre cela à cœur, ce n'est pas seulement le genre de vie particulier pour lequel vous avez fait profession, mais aussi l'observance de l'Eglise toute entière, cette Eglise dont vous êtes les fils. Tous les chrétiens en effet, durant cette semaine - que ce soit selon leur habitude ou contre leur habitude - ont soin d'approfondir leur don d'eux-mêmes, de montrer de la modestie, de progresser dans l'humilité, de se revêtir de gravité, pour manifester que, dans une certaine mesure, ils souffrent avec le Christ souffrant. Voici la Passion du Seigneur qui ne cesse, jusqu'à ce jour, d'ébranler la terre, de fendre les rochers, de desceller les tombeaux. Proche aussi est sa résurrection, dont vous célébrerez la fête pour le Très-Haut, le Seigneur - et puissiez-vous la célébrer jusqu'au plus haut de sa gloire qui a opéré de grandes merveilles, en vous approchant vous-mêmes dans l'ardeur et l'avidité de votre esprit. Or dans cette Passion, frères, il convient de considérer trois réalités : l'acte lui-même, sa modalité, sa raison d'être. Car dans l'acte, c'est la patience qui nous est recommandée ; dans la modalité, c'est l'humilité ; dans la raison d'être, c'est l'amour.
Sermon de saint Bernard, Abbé.
Ce que nous
devons aux âmes des saints qui ont quitté la prison de cette vie mortelle pour
s'envoler vers les joies du ciel, c'est la volonté de les imiter : les saints
ont été semblables à nous, assujettis comme nous à la souffrance ; ils nous ont
fait connaître les chemins de la vie, qu'ils ont gardés eux-mêmes
infatigablement et sans interruption. Quant aux âmes qui n'ont pas quitté cette
vie avec autant de sainteté ni de pénitence effective, nous leur devons la
compassion, en raison de la solidarité que crée une nature semblable : que le
Père, dans sa bonté, les débarrasse de leurs scories et change leurs punitions
en bienfaits, pour leur faire connaître enfin les joies de la vie bienheureuse.
Il ne suffit pas d'apporter aux morts notre compassion et notre prière : dans
l'espérance, il faut aussi les fêter et se réjouir avec eux. Bien sûr, on doit
s'attrister avec eux de la souffrance qu'ils endurent dans le lieu de la
purification ; mais on doit bien plus encore se réjouir de savoir que le temps
est proche où Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et où il n'y aura plus
ni deuil, ni cri, ni douleur, car l'ancien monde aura passé.