La
vie cistercienne
aujourd'hui
(Déclaration du Chapitre Général de l'Ordre de Cîteaux de l'année 2000)
Nous, membres du
Chapitre Général, réunis pour procéder à la rénovation adaptée de notre Ordre[1], après mûre délibération, une fois
entendus les différents avis, nous avons décidé d'expliquer en premier lieu
les éléments principaux de notre vocation et de notre vie, pour, d'une certaine
manière, établir les fondements de tout le travail de rénovation.
Dans cette
Déclaration, nous voulons donc exposer avec sincérité et honnêteté ce que nous
nous proposons dans la rénovation adaptée, quelles fins nous voulons
poursuivre, et par quelle voie nous nous efforcerons de les atteindre.
Cependant, par
notre Déclaration, nous n'avons en aucun cas l'intention d'empêcher des
réflexions ultérieures ou des solutions nouvelles, parce que les futures
générations cisterciennes auront aussi le droit et le devoir de chercher des
formes meilleures et plus adaptées à la vie monastique, comme l'ont fait les
Fondateurs de Cîteaux au XIIe siècle et les générations suivantes. En effet,
nous ne suivrons en vérité les Pères Fondateurs du Nouveau Monastère que
si nous ne cessons de chercher les voies et les moyens qui nous permettront de
vivre notre vocation toujours plus pleinement, selon la volonté de Dieu.
Pour
énoncer les éléments fondamentaux de la vie cistercienne aujourd'hui, il faut
avant tout voir à quelles sources nous pouvons puiser les idées directrices et
l'impulsion nécessaires pour organiser notre vie religieuse, et comment les
utiliser.
La
source première, la loi suprême et la norme à laquelle nous devons conformer
notre vie, est la Parole de Dieu, principalement la vie et la doctrine du
Christ, comme proposées dans l'Évangile, exposées par le Magistère toujours
vivant de l'Église et reflétées dans la conscience et l'expérience ecclésiales[2]. Parmi les documents du Magistère de
l'Église, ceux qui tiennent pour nous aujourd'hui une place privilégiée sont
les Constitutions et les Décrets du Concile Vatican II qui nous pressent de
réaliser une rénovation adaptée de notre vie, en particulier le Décret Perfectae
Caritatis et les documents postérieurs du Magistère de l'Église qui
traitent de la vie monastique et consacrée.
Les
principes de la vie cistercienne aujourd'hui sont enracinés dans la tradition
monastique. Évidemment, nous voulons considérer toute la tradition du
monachisme chrétien, aussi bien celle qui précède que celle qui suit
S. Benoît, celle des commencements de Cîteaux et celle qui correspond à la
vie monastique et cistercienne des siècles postérieurs. Dans l'œuvre de la
rénovation, nous devons faire tout notre possible pour que la vie cistercienne
actuelle soit une continuation féconde et organique des valeurs de cette
tradition monastique. Cependant, nous n'ignorons pas le moins du monde
l'histoire douloureuse de cette tradition qui doit être éclairée et jugée
selon les critères de la science historique. Les recherches récentes sur
l'histoire et la théologie du monachisme démontrent clairement la variété
multiple des efforts réalisés et des formes du monachisme ancien, et exigent
une distinction entre les éléments perpétuellement valides et les éléments
transitoires[3].
Par
conséquent, il nous faut étudier avec soin les traditions et les documents de
toute l'histoire monastique, et nous en servir prudemment, avec fidélité et
liberté, pour élaborer les principes et obligations de notre vie.
La
Règle de S. Benoît, témoin éminent des idées et des expériences du monachisme
ancien, occupe et occupera la première place parmi les documents de la vie
monastique. Les moines bénédictins et cisterciens approfondissaient la Règle
par une méditation continuelle, l'interprétaient et l'adaptaient constamment
aux nécessités du temps dans lequel ils vivaient[4]. En conséquence, les idées principales de
la Règle ont pénétré toute l'histoire
de l'Occident et demeurent encore aujourd'hui la partie la plus importante de
l'héritage monastique. Cependant pour nous, non seulement ces idées
représentent une source d'inspiration permanente pour ordonner avec rectitude
notre vie, mais la Règle de S. Benoît elle-même conserve pleine autorité
en ses éléments essentiels et permanents, qu'il s'agisse de la ligne fondamentale
de la vie spirituelle ou des formes constitutives de la vie cénobitique[5].
Toutefois,
la Règle aussi est un document historique intimement lié aux conditions de son
temps[6]. Aussi sa pratique et son interprétation
étaient-elles adaptées à travers les siècles aux conditions et à la mentalité
de chaque époque ; par conséquent dans la pratique, elle n'a jamais été
observée ad litteram (à la lettre), mais selon diverses interprétations
ou adaptations[7]. Assurément, en notre temps où les
conditions de la vie humaine ont subi des transformations beaucoup plus
profondes qu'à n'importe quelle époque antérieure, cette Règle écrite au VIe
siècle peut encore moins déterminer tous les aspects particuliers de notre vie.
Une telle fidélité matérielle ne répond ni à l'intention de S. Benoît, ni
à la liberté avec laquelle les moines des siècles passés ont utilisé la Règle.
D'une
manière plus immédiate, la Règle s'incarne dans la tradition et dans la vie
actuelle de chaque monastère qui, sous la lumière de l'Esprit Saint et la
fidèle conduite de l'Abbé, garde la Règle comme inspiration toujours actuelle
et vivante. C'est pourquoi, sous cet aspect, nous devons étudier la Règle et la
vivre de telle manière que, abandonnant les éléments qui sont très contingents
ou dépassés, elle soit toujours pour nous une authentique maîtresse de vie.
Donc
dans ce sens, que la Règle soit la source et la norme de notre vie : que
nous nous en servions avec révérence filiale et liberté chrétienne pour favoriser
la rénovation de notre vie, de telle manière qu'elle ne soit pas une collection
de prescriptions matérielles qui nous oppriment et nous empêchent de trouver
les solutions vraiment adaptées à nos problèmes.
Nous
devons avoir très à cœur tout ce qui se réfère à la tradition cistercienne, à
savoir : les documents des origines cisterciennes, les écrits des maîtres
et maîtresses éminents de vie spirituelle de l'Ordre, la vie de nos Saints,
l'histoire et l'expérience de neuf siècles[8]. En
vue de notre travail de rénovation, il nous faut connaître tout cela avec
exactitude, le jugeant et l'accueillant avec le même
esprit de fidélité et de liberté dont nous avons parlé plus haut.
La
tradition ne doit pas être considérée comme quelque chose de passé, mais comme
une réalité vivante et actuelle, qui tend vers l'avenir avec dynamisme, et
exige de nouvelles adaptations répondant aux nouvelles conditions de vie. Dans
ce but, il est nécessaire de découvrir la force profonde de la tradition, force
que l'on peut trouver seulement grâce à l'étude et à une vivante communion avec
elle[9].
C'est
pourquoi la tradition cistercienne ne doit pas se restreindre à ses
commencements, bien que l'inspiration fondatrice possède évidemment une
importance primordiale, mais il nous faut tenir compte aussi de l'évolution
postérieure, qui, par l'insertion de nouveaux éléments, n'a pas modérément
contribué à former et à déterminer l'orientation de notre vie, donnant aussi
naissance à de saines traditions.
Nous
devons connaître intimement les nécessités et les aspirations de l'Église et
puiser en elles un stimulant pour organiser notre vie, de telle manière que
nous soyons prêts à la servir comme le firent nos devanciers cisterciens.
L'Ordre de Cîteaux, comme partie vivante et utile de l'Église vivante, doit et
désire avec empressement comprendre les projets et initiatives de cette
dernière, et les soutenir de toutes ses forces et possibilités.
Ainsi,
comme l'Église partage les joies et les espoirs, les souffrances et les
angoisses du monde d'aujourd'hui et, intimement solidaire du genre humain, se
préoccupe de lui apporter de l'aide[10], de même, nous aussi devons percevoir
avec un esprit ouvert les nécessités et les peines de la société humaine, et
être à son service de manière efficace, en gardant le caractère fondamental de
chaque Congrégation ou monastère.
Par
conséquent, dans l'œuvre de notre rénovation, il nous faut considérer tout cela
afin que les formes et les tâches de notre vie répondent aux caractéristiques
et aux nécessités de la société actuelle. Nous devons examiner les divers
jugements, opinions et coutumes de nos semblables parmi lesquels nous vivons,
et convertir tout ce que nous y trouvons de bon et de juste en éléments
précieux pour notre propre usage[11].
Cependant
la source première et la plus féconde de notre vie est l'action et l'inspiration de l'Esprit Saint en nous. En effet,
nous croyons fermement que l'Esprit de Dieu est aussi à l'œuvre en nous,
inclinant nos cœurs à mieux connaître la volonté de Dieu et à la suivre avec
plus de promptitude. Rien n'est plus nécessaire pour nous que d'examiner avec
un cœur droit notre vie et notre vocation sous la lumière de l'Esprit Saint,
et de répondre promptement à ses impulsions. Sans aucun doute, son opération,
quoique mystérieuse, se manifeste surtout dans l'union fraternelle des moines
qui recherchent sincèrement la volonté de Dieu et les formes aptes et dignes de
son service. Un dialogue vrai et ouvert, une sincère délibération communautaire,
et la collaboration responsable de tous les membres, sont les moyens par
lesquels les motions et les impulsions du Saint Esprit nous sont manifestées en
premier lieu.
Il
n'est pas dans notre intention de décrire des idéaux théoriques et éloignés de
la réalité de la vie pour conserver ou restaurer des formes tombées en
désuétude, mais bien d'examiner notre vie actuelle, réelle, de la perfectionner
et d'organiser les principes indispensables à sa rénovation. Nous devons
chercher à donner forme à la vie monastique cistercienne du XXIe siècle, vraie
et réelle, qui réponde à la vocation concrète que Dieu nous a donnée. En effet
Dieu nous appelle ici et maintenant, il nous veut saints dans cette époque et
ces circonstances ; il veut que nous suivions le Christ et demeurions au
service des hommes dans la charité, avec les possibilités de l'homme d'aujourd'hui.
Nos
travaux doivent toujours être fondés dans la vérité et la réalité de la vie.
Pour cela, dans cette Déclaration, nous voulons avoir constamment devant les
yeux les actions, possibilités, exigences et obligations de nos frères et de
nos communautés, comme aussi ceux de l'Église et de la vie du monde actuel.
Cependant,
ce sens de la réalité ne signifie aucunement l'acceptation ou l'approbation des
imperfections et des défauts de la situation présente, comme si, satisfaits de la
réalité vulgaire et courante, nous ne voulions pas tendre toujours à des choses
meilleures. Nous rejetons avec raison une telle manière de penser comme
contraire à l'essence même de la vie religieuse et à la recherche d'une vie de
charité parfaite. Mais au contraire nous savons bien que les idéaux et projets
les plus sublimes n'ont aucune valeur si les hommes auxquels
ils sont proposés ne peuvent les accepter tout à fait librement et
spontanément, et les mettre efficacement en pratique.
La
rénovation de notre vie religieuse doit embrasser la vie entière, et pour cette
raison nous devons tenir compte de tous ses éléments constitutifs et attribuer
à chacun l'importance qui lui revient. Il serait complètement faux de valoriser
certains aspects de notre vie comme si en eux seuls se réalisait l'essence de
la vie cistercienne, et de négliger les autres comme accessoires ou même comme
un obstacle à la vraie vie monastique. Donc nous sommes et devons être vraiment
Cisterciens à chacun des moments de notre vie, non seulement quand nous nous
réunissons pour la prière ou lorsque nous accomplissons les observances
communautaires, mais aussi dans les travaux, les études, le ministère
sacerdotal, la prière privée, le service des hommes dans leurs nécessités et
autres choses semblables.
Nous
recherchons donc une vision intégrale qui joigne harmonieusement tous les
aspects de la vie en un unique service du Seigneur. Bien que certains éléments
de la vie cistercienne aujourd'hui ne concernent pas tous les membres de
l'Ordre (comme le sacerdoce) ou ne se réfèrent pas à tous les monastères (comme
l'éducation de la jeunesse ou le ministère pastoral), il faut cependant les
considérer avec une grande attention et reconnaître sincèrement leur
importance et leur valeur. Les éléments de la vie monastique qu'on trouvait à
peine ou pas du tout dans la Règle ou les débuts de l'Ordre de Cîteaux, ne
doivent pas être regardés comme secondaires ou suspects. Car la vie monastique,
comme tout ce qui vit, croît avec le cours du temps, évolue, assimile beaucoup
d'éléments nouveaux et abandonne de nombreux éléments anciens.
Les
formes institutionnelles, dans lesquelles se manifeste aujourd'hui concrètement
la réalité de la vie cistercienne, sont les diverses communautés vivantes. Il
est certain que nos communautés, selon le cours du temps et dans les
différentes régions, ont adopté des formes de vie variées et des services
divers. Cette diversité en elle-même ne doit pas être déplorée comme une
dégénérescence perverse, au contraire elle doit être reconnue non seulement
comme un fait indiscutable, mais aussi comme un signe de vitalité et comme une
invitation de Dieu pour agir[12]. En effet, les valeurs et les différentes
fonctions de chaque Congrégation et monastère pourront, si la confiance
mutuelle prévaut, servir au progrès et au bien de tout l'Ordre par la
coopération des communautés. Car la concorde dans la diversité vaut beaucoup
mieux qu'une uniformité forcée et discordante[13]. Pour
cette raison, le Chapitre Général approuve et encourage la légitime autonomie
de chaque Congrégation et monastère pour établir sa forme de vie, et se propose
de les aider dans cette tâche[14].
C'est
pourquoi, dans le travail de rénovation, il est de la plus grande importance
que, avant tout, chaque communauté reconnaisse et reconsidère ses finalités et
valeurs propres, et adapte convenablement ses formes de vie. En effet, le poids
du travail incombe en premier lieu à chacune des communautés. Le Chapitre
Général désire seulement leur accorder son aide pour coordonner et promouvoir
l'effort de rénovation, mais il ne peut ni supprimer ni assumer la part qui
revient aux monastères et aux Congrégations[15].
Gardant tout cela à l'esprit, nous désirons renouveler la réalité de la vie
cistercienne de telle manière qu'elle soit une continuation naturelle, et pour
ainsi dire un développement organique, de la tradition séculaire monastique et
cistercienne. Certainement nous voulons connaître (et avec plus d'exactitude
qu'auparavant) les traditions monastiques et cisterciennes, et nous prétendons
y puiser le maximum pour notre profit et inspiration. Cependant nous ne voulons
pas que ces traditions nous restreignent et nous empêchent de résoudre les
problèmes d'aujourd'hui que, à cause du profond changement des conditions de
vie, les anciens ne pouvaient connaître que bien peu ou même pas du tout. Il ne
nous est pas permis de renoncer à notre responsabilité propre dans l'organisation
de notre vie religieuse, ni de craindre de nouvelles voies ou solutions.
L'histoire doit être pour nous maîtresse de vie et non domination, elle doit
nous instruire et nous inspirer, mais jamais nous entraver.
Notre Ordre est
une réalité sociale. Il est composé en effet de plusieurs Congrégations,
Monastères et individus unis entre eux par de multiples relations. Chacun de
nous doit se former une idée claire de cette réalité concrète, non seulement en
ce qui concerne les statistiques à propos des moines, mais avant tout en ce qui
regarde la vocation, les obligations et les aspirations des membres de l'Ordre,
et les circonstances concrètes dans lesquelles ils vivent cette vocation.
Aujourd'hui, il
existe des monastères cisterciens en Europe, en Asie[16], en Afrique[17] et dans les deux Amériques[18], dans des conditions économiques et
culturelles très diverses. Quelques uns sont en terre de mission, mais le plus
grand nombre se situe dans ces régions du monde qui jusqu'à nos jours ont été
imprégnées de la tradition chrétienne et le demeurent en grande partie.
Certains de nos moines appartiennent à des Églises appelées orientales (les
moines d'Éthiopie et d'Érythrée) mais les autres aussi diffèrent beaucoup entre
eux par la langue, la mentalité et l'éducation propres à chaque région. Dans
notre Ordre, il y a une diversité géographique, culturelle, sociale et
ecclésiologique qui constitue un état de faits très complexe. Dans beaucoup de
domaines, presque chaque communauté a ses problèmes et ses désirs qui
s'expliquent par ses caractéristiques spéciales.
L'Ordre
Cistercien entretient des relations amicales avec les Associations d'Amis qui
existent autour de nos monastères actuels et des monastères cisterciens
supprimés, et avec les Communautés Cisterciennes de la Confession d'Augsbourg.
Une grande variété apparaît aussi dans le genre de vie auquel chaque monastère
se sent appelé. Certains des monastères se proposent de mener la vie
contemplative, tandis que d'autres exercent aussi diverses œuvres d'apostolat,
comme le ministère pastoral dans les paroisses, l'éducation de la jeunesse dans
les écoles, les diverses fonctions du ministère sacerdotal, le travail
scientifique et culturel, et autres activités semblables. Dans nos monastères
d'hommes, la plupart des frères ont non seulement été ordonnés prêtres, mais
encore considèrent l'exercice du ministère sacerdotal comme partie intégrante
de leur vocation[19]. L'équilibre entre prière et travail, l'intensité
et la forme des contacts avec le monde extérieur, l'importance de l'activité
exercée en dehors de l'enceinte du monastère, la nature et le style de vie commune
sont conçus avec tant de diversité que c'est la variété qui apparaît en
premier, et l'unité peut se voir davantage dans les aspirations et valeurs
communes de la vie monastique que dans une organisation uniforme de la vie.
Cependant la
diversité existant dans quelques questions fondamentales n'est pas si grande
dans notre Ordre qu'elle rende impossible ou quasi-superflu tout travail commun
de rénovation. Certainement, comme nous l'avons déjà dit, les Congrégations et
les monastères doivent tirer des conclusions pratiques sur de nombreux points.
Mais, parce que nous possédons beaucoup de valeurs qui proviennent de la
tradition commune, nous essayons de résoudre partout les mêmes problèmes que
notre Mère l'Église contemporaine, et comme en outre dans ce monde moderne les
choses s'unifient rapidement, l'élaboration de solutions communes en de
nombreux secteurs de la vie nous paraît non seulement profitable et possible,
mais aussi absolument nécessaire. La nécessité commune exige des solutions
communes dans les cas suivants :
a) dans les
questions concernant les moyens fondamentaux de la vie religieuse, comme les
vœux émis selon les conseils évangéliques, la vie communautaire, le travail,
l'apostolat, la vie liturgique, etc. ;
b) dans les valeurs
fondamentales de la vie monastique, qui se fondent sur la tradition
spirituelle de l'Ordre et la vie spirituelle de l'Église d'aujourd'hui ;
c) dans les
problèmes généraux de structure juridique des monastères, des Congrégations et
de l'Ordre, dans les questions relatives à la charge des Supérieurs et à la
participation responsable de tous les frères aux affaires du monastère ;
d) dans
toutes les formes de coopération et d'aide mutuelle entre les communautés,
spécialement dans les décisions et projets communs.
Bien entendu, ce
que nous établissons d'une manière générale exige une application ultérieure à
chaque Congrégation ou monastère.
Notre Ordre –
comme tout individu ou société particulière – conserve en lui-même son passé.
Il porte en lui-même l'héritage et le poids non seulement de son histoire
depuis les commencements de Cîteaux, mais aussi de l'histoire générale du
monachisme, dont les racines remontent jusqu'aux premiers siècles chrétiens.
Par conséquent, il est profitable de se rappeler brièvement les moments
principaux de l'histoire du monachisme et leur importance[20].
Les formes
primitives de la vie monastique existaient depuis les origines de l'Église (les
confesseurs et les vierges, dont la vie est appelée par certains un
"monachisme domestique"). Au IIIe siècle, outre cette forme, apparaissent
dans l'Église universelle les anachorètes et les cénobites, et à partir du IVe
siècle, des Règles sont rédigées pour organiser les nouvelles institutions
monastiques et transmettre les expériences des "Pères spirituels". Cependant,
l'Évangile continuait d'être cette "Règle non réglée" au service de
laquelle étaient toutes les règles[21].
Incontestablement,
la Règle de S. Benoît se distingue entre toutes. Le Saint Patriarche avait
concentré les autres règles dans sa petite règle pour les débutants[22] d'après laquelle le monastère est une école
du service du Seigneur[23], où, sous la paternité du Christ[24] dont l'Abbé tient la place au service
des frères, la communauté court dans la voie des commandements de Dieu sous la
conduite de l'Évangile, dans un équilibre harmonieux de l'Opus Dei, de la
lectio divina, du travail et des autres exercices.
Cependant la
Règle, qui traite de l'organisation intérieure du monastère, reçoit un certain
complément par la Vie de S. Benoît, rédigée pour nous dans les Dialogues
de S. Grégoire. Même si cette Vie n'est pas strictement historique dans
tous ses détails[25], elle nous montre de quelle manière,
selon la tradition, le Saint Patriarche lui-même recevait ceux qui venaient au
monastère, et aussi comment il se comportait à l'extérieur du monastère.
S. Grégoire enseigne en effet que S. Benoît appelait à la foi,
par une prédication continuelle, toute la population des alentours ;
bien plus, il envoyait très souvent ses frères au village voisin pour exhorter
les âmes[26].
La Règle de
S. Benoît n'était pas la seule et ne jouissait pas d'une acceptation
universelle jusqu'au temps de S. Benoît d'Aniane (époque de la "Règle
mixte"). Mais dès lors elle fut introduite lentement dans presque tous les
monastères de l'Empire Carolingien. A partir de là apparut une certaine
uniformité de vie dans le monachisme occidental, qui peut être appelé
"Bénédictin".
Ensuite les
synodes des IXe-XIe s. s'appliquèrent à distinguer plus clairement les moines
des chanoines réguliers, mais sans grand succès. Car des moines en nombre
toujours plus grand accédaient aux ordres sacrés et passaient ainsi à l'état
clérical, tandis que les chanoines réguliers organisaient leur vie selon les
usages monastiques. De plus, le monachisme des Xe et XIe s., délaissant la
vie simple, augmenta continuellement la part et le poids de la liturgie dans la
vie monastique, de sorte que l'équilibre entre prière et travail fut
complètement perdu[27].
Au XIe s.
cependant, surgissent chez les moines (et chanoines) de nouveaux mouvements
spirituels se proposant de revenir à la vraie pauvreté évangélique, au travail
des mains, à la pureté de la Règle et aux sources authentiques du
monachisme ancien.
Cîteaux fut fondé
dans ce but. Les Fondateurs du Nouveau Monastère restaurèrent
l'équilibre entre vie liturgique et travail, même s'ils ne revinrent pas en
tout à la lettre de la Règle. Ils retinrent en effet plusieurs fonctions
liturgiques ignorées de S. Benoît et introduites par la suite (comme par
exemple la messe conventuelle quotidienne), et ainsi modifièrent l'horaire de
la journée. De plus, ils admirent des frères convers parce qu'ils disaient
que, sans eux, ils ne pouvaient pas observer, jour et nuit, les préceptes
de la Règle[28]. Par conséquent, en beaucoup de points
ils comprenaient la Règle non dans le sens historique du VIe s., mais
selon les commentaires postérieurs.
Depuis le
commencement, les monastères fondés par Cîteaux et ses filles étaient des
Abbayes autonomes (sui juris) unies
entre elles selon les prescriptions de la Charte de Charité. Leurs
Abbés se rassemblaient chaque année à Cîteaux pour le Chapitre Général, afin de
promouvoir le soin des âmes des moines qui leur étaient confiés.
Depuis les
premières décennies du XIIe s., les Abbés de notre Ordre favorisèrent la
fondation de monastères de moniales et les aidèrent à organiser leur vie. Les
convents de moniales ainsi que ceux de moines, jusqu'en 1184, étaient sous la
juridiction des Évêques. Une fois l'exemption obtenue, beaucoup de monastères
de moniales furent incorporés à l'Ordre.
Au début, les
Abbesses fondatrices faisaient la visite régulière des Abbayes filles et les
filiations avaient aussi leurs Chapitres, mais à cause de la loi de la clôture,
qui fut de plus en plus rigoureuse pour les moniales au Moyen Âge, la visite
passa au Père Immédiat et les Chapitres d'Abbesses n'eurent plus lieu.
Par suite de
l'accroissement de l'Ordre, avec la fondation très rapide de centaines
d'Abbayes et l'incorporation de plusieurs Congrégations (les Congrégations de
Savigny et d'Obazine du vivant de S. Bernard), l'uniformité des coutumes
(similitudo morum)[29] existant au commencement se diversifia
lentement et insensiblement. La transformation de la vie sociale,
intellectuelle et politique eut aussi son influence sur l'évolution de l'Ordre.
C'est pourquoi le Chapitre Général s'appliqua à adapter la législation de
l'Ordre aux exigences toujours nouvelles, et ne craignit pas, au cours du
XIIe s., de retoucher même la Charte de Charité[30], plusieurs fois et non légèrement.
Le grand nombre
d'Abbés participant au Chapitre Général conduisit ensuite à la création du
Définitoire qui reçut sa forme propre en 1265[31], et la conserva jusqu'à la Révolution Française.
Pour cette raison, et aussi à cause des guerres et autres difficultés, les
Abbés commencèrent à venir plus rarement au Chapitre Général. A la même
époque, en diverses régions, surtout en Europe centrale et orientale, mais
aussi au Portugal, la vie cistercienne prit des formes nouvelles.
Au cours du
temps, à ces raisons s'en ajoutèrent d'autres, politiques et ecclésiastiques,
comme l'institution de la commende, qui exigèrent de nouvelles solutions dans
les différentes régions. Ainsi naquirent dans l'Ordre diverses Congrégations
(Castille en 1425, S. Bernard en Italie en 1497, Portugal en 1567, par
disposition des Pontifes Romains. Ensuite au XVIIe s., avec la coopération
du Chapitre Général, les Congrégations de Calabre-Lucques, Romaine, d'Aragon et
de Haute-Allemagne) [32].
Durant ces
siècles, dans l'Ordre, l'importance du sacerdoce augmenta de plus en plus, et
nombre de monastères assumèrent diverses obligations du ministère pastoral.
Après le concile de Trente, dans plusieurs parties de l'Ordre, ce ministère
dans les paroisses devint le premier travail et la tâche principale de beaucoup
de moines-prêtres[33].
L'instruction de
la jeunesse dans les écoles a de profondes et fortes racines dans la tradition
monastique ancienne, et bien que les premiers Cisterciens aient refusé la tâche
de l'enseignement à cause des circonstances du temps, par la suite cependant,
ce travail, sous diverses formes, devint plus fréquent chez nous aussi. La
charge de l'enseignement dans les écoles de droit public fut assumée par
plusieurs monastères, spécialement à partir du XVIIIe s. quand le système
moderne d'éducation connut ses débuts[34].
L'Ordre souffrit
de grands dommages au XVIe s., à cause de la Réforme Luthérienne et de ses
conséquences, mais au XVIIe s., il commença à fleurir de nouveau en de
nombreuses régions[35]. A cette époque, les Abbayes qui, en
acceptant des charges pastorales ou enseignantes, prirent part aux devoirs et
aux soucis des Églises locales, s'efforcèrent d'adapter leur vie à ces
obligations en grande partie nouvelles. Cependant la Révolution Française, le
joséphisme et les sécularisations qui suivirent rapidement ailleurs,
détruisirent non seulement la plupart des monastères, mais aussi et
radicalement l'organisation de l'Ordre.
Une fois Cîteaux
supprimé, comme l'Ordre n'avait pas de Constitutions aptes à surmonter les
difficultés, et était dans l'impossibilité de convoquer un Chapitre Général,
l'ancien droit constitutionnel de l'Ordre fut profondément transformé. A la
mort de l'Abbé de Cîteaux, le Saint-Siège, se trouvant lui-même en grande
difficulté, put prendre des mesures pour l'Ordre seulement d'une manière
provisoire. Mais Pie VII, revenant à Rome après sa captivité par Napoléon,
institua aussitôt un chef pour l'Ordre, qui fut été dès lors, et jusqu'en 1880,
l'Abbé Président de la Congrégation de S. Bernard en Italie. Cependant la
juridiction de cet Abbé Président Général se limitait quasi uniquement à la
confirmation des Abbés nouvellement élus de la Stricte Observance, mais cela se
fit de cette manière pour que l'unité de l'Ordre soit conservée.
Quand en 1834, la
première Congrégation de la Trappe fut érigée, il était clairement dit que
cette Congrégation était sous la juridiction de l'Abbé Général.
Les efforts pour
convoquer un Chapitre Général de tous les Abbés ne réussirent pas[36] ; ce fut ainsi que le premier
Chapitre Général après la Révolution Française ne fut réuni qu'en 1880, et ses
membres furent déterminés par le Saint-Siège[37].
En 1892, durant
le Chapitre de l'union des trois Congrégations de la Stricte Observance, les
Pères Capitulants constituèrent librement un Ordre autonome, l'Ordre des
Cisterciens Réformés de la Trappe. Léon XIII, vu l'impossibilité de réunir les
deux Ordres, parla en 1902 de Famille Cistercienne, en concédant à
l'Ordre des Cisterciens Réformés tous les privilèges de l'Ordre de Cîteaux[38].
Les Abbés des
autres monastères se rassemblèrent plusieurs fois au XXe siècle en Chapitres
Généraux, et par trois fois, ils rédigèrent aussi des Constitutions sur le
Gouvernement Suprême de l'Ordre[39]. En outre, de nos jours, plusieurs
monastères nés en dehors de l'Ordre et également la Congrégation de Casamari,
s'unirent à l'Ordre[40], et plusieurs nouvelles fondations surgirent,
aussi en terre de mission.
Après la seconde
guerre mondiale, les monastères de moniales d'Espagne et d'Italie formèrent des
Fédérations de droit pontifical qui ont de grands mérites, tant du point de vue
spirituel que temporel, et il convient que leur travail pour le bien des
monastères et de l'Ordre continue.
Ainsi est né
notre Ordre actuel qui embrasse une réalité assez complexe. Par conséquent, il
apparaît extrêmement nécessaire que, dans le travail de la rénovation adaptée,
chaque communauté connaisse avant tout ses obligations et ses fins, et les
détermine clairement et sincèrement. Une telle clarification favorisera aussi
la vitalité et la compréhension mutuelle au sein de l'Ordre.
L'histoire de
neuf siècles a laissé des traces profondes dans notre Ordre, qui a toujours été
membre de l'Église et du monde, et a constamment pris part à leurs
transformations et crises. Aujourd'hui aussi, les mouvements, aspirations,
convictions et angoisses de notre temps sont vivement ressentis dans l'Ordre,
et déterminent pour une grande part le travail de rénovation.
Il serait trop
long d'exposer ici, même de façon sommaire, les mouvements principaux de
l'Église et du monde actuel. D'ailleurs, nous les trouvons en grande partie
décrits dans les documents de Vatican II et les documents postérieurs de
l'Église, qui examinent de nombreux problèmes de l'Église dans le monde
contemporain. Ainsi, nous désirons seulement exposer quelques unes des
principales préoccupations de la vie religieuse moderne, et nous les appliquer.
Dans les
dernières décennies, la théologie catholique s'est profondément renouvelée, et
se trouve encore dans une période de développement rapide. Le mouvement
biblique scrute l'Écriture par des méthodes nouvelles ; le mouvement
patristique ouvre des trésors jusque là ignorés de la tradition théologique et
du patrimoine Cistercien ; le mouvement liturgique éclaire d'une lumière
nouvelle la vie sacramentelle et la vie de prière de l'Église. L'anthropologie
théologique, l'ecclésiologie, la théologie de la vie religieuse, pour ne citer
que quelques champs dans lesquels on travaille intensément, offrent dans de
nombreux domaines un nouvel aspect et une compréhension nouvelle de la vie de
Dieu en nous[41]. Les éléments principaux de la vie
cistercienne aujourd'hui, et notre rénovation adaptée, doivent être ordonnés
selon les perspectives approuvées de cette théologie contemporaine, qui a déjà
porté des fruits si abondants au Concile Vatican II.
Aujourd'hui plus
qu'auparavant, nous sommes conscients de la dignité et de la liberté de la
personne humaine. Nous savons que Dieu nous attire vers Lui non par la force
mais par l'amour, et désire de nous des décisions personnelles. L'homme de
notre époque rejette avec raison toute manière de faire opprimant la personne
humaine, parce que nul n'est capable de mener à bien l'œuvre qui plaît à Dieu
s'il y est obligé par la force ou la crainte. C'est pourquoi il faut, dans
l'organisation de la vie du monastère et dans la formation des jeunes, être
attentif à l'évolution des personnes[42].
A notre époque, d'une
part on estime beaucoup les formes de vie communautaire dans lesquelles la
personne entre en relation avec les autres par le dialogue, et ainsi
s'épanouit, se révèle et s'accomplit ; et d'autre part l'ecclésiologie
contemporaine montre très clairement la nature communautaire du salut, comme
note essentielle de la révélation chrétienne[43]. Motivés par ces raisons, nous devons
aussi veiller à ce qu'il existe une communion véritable et sincère entre les
personnes unies par la vie de communauté et par des fins et obligations
communes.
De nos jours, en
théologie également on reconnaît mieux la valeur positive qu'ont pour toute la
vie humaine les choses créées, le travail et le progrès humain, et l'on perçoit
aussi mieux leur importance dans l'économie du salut[44]. A cause de cela, il faut que s'accroisse
en nous le sens de la responsabilité, pour que, unis à toute la communauté
humaine, nous nous préoccupions aussi des valeurs terrestres. Nous
reconnaissons en effet que nous devons participer à la tâche de promouvoir ce
progrès par lequel la création entière est de plus en plus soumise au pouvoir
de l'homme, en respectant cependant la dignité propre donnée aux créatures par
le Dieu Créateur, et par lequel toute la société prend part, de manière juste
et équitable, aux fruits de son travail. Car c'est seulement par ce travail
réalisé avec sérieux que s'accomplissent la sanctification de toutes choses
dans le Christ et le retour de toute créature au Créateur.
En ces dernières
années, non seulement les contacts avec les chrétiens non catholiques se sont
multipliés, mais encore l'esprit dans lequel avaient lieu ces relations s'est
renouvelé. De nos jours, nous ressentons de plus en plus la responsabilité
commune de restaurer l'unité de l'Église[45]. C'est pourquoi il sera utile que nos
monastères, s'ils sont dans les conditions requises, apportent selon leurs
propres possibilités leur aide pour encourager et promouvoir l'unité de
l'Église. Il nous faut aussi avoir une conscience vive de notre devoir en ce
qui concerne la diffusion de l'Évangile en terre de mission, afin de
développer selon nos forces l'œuvre d'évangélisation qui reste encore à
accomplir[46].
Nous savons de
plus que l'Église catholique ne rejette rien de ce qui est saint et vrai dans
les religions non chrétiennes. Avec respect mutuel mais en excluant tout
syncrétisme, que nos monastères reconnaissent ces biens spirituels et moraux et
aussi ces valeurs socio-culturelles qui se trouvent dans les religions
non-chrétiennes et qu'ainsi ils favorisent la paix de la famille humaine.
Tout comme nos
contemporains, nous avons le grand désir d'embrasser les valeurs authentiques,
y compris dans la vie religieuse et monastique, et pour cela, nous optons pour
des formes de vie simples, qui manifestent sincèrement nos dispositions[47]. Il convient que nos actions révèlent
l'intérieur de notre âme. Nous désirons connaître le sens de nos rites, et
mettre notre esprit en harmonie avec nos paroles[48]. Avec un cœur sincère et un esprit ouvert
nous voulons vivre pour Celui qui scrute les cœurs et ne juge pas selon les
apparences. Et dans cet effort de simplicité, nous nous sentons aussi
spécialement unis aux idéaux de nos Pères Fondateurs[49].
De cette manière,
notre Ordre participe aux mouvements vitaux de l'Église et de l'histoire de ce
monde. Grâce à cela, tandis qu'il puise constamment aux sources de la
tradition, cependant il doit surtout avoir devant les yeux le futur. Il ne faut
pas croire que toute perfection consiste dans le maintien immuable des
comportements usités dans l'Église ou dans l'Ordre durant les siècles passés,
ou encore dans une certaine méfiance vis à vis des comportements courants
propres au génie de l'humanité d'aujourd'hui. Au contraire, on peut les mettre
à l'épreuve selon la doctrine de S. Paul : Éprouvez tout et
retenez ce qui est bon[50].
Tout comme
l'Église, nous aussi avons le devoir de scruter les signes des temps et de les
interpréter à la lumière de l'Évangile, de telle sorte que nous puissions,
d'une manière adaptée à notre génération, répondre aux questions des hommes[51]. Il importe donc que nous connaissions et
comprenions le monde dans lequel nous vivons avec ses attentes, ses
aspirations, ses caractéristiques, car c'est seulement ainsi que nos
monastères pourront devenir semence d'édification pour le peuple chrétien[52].
Notre Ordre dans
son existence concrète, comme nous l'avons vu ci-dessus, présente en son sein
une diversité et un pluralisme assez grands, diversité toutefois concordante et
non manque d'unité. Cette unité consiste non seulement dans la fin commune des
membres de l'Ordre, mais aussi dans la communion de nombreux moyens adoptés
pour atteindre cette fin. Tous ces moyens ne doivent pas être considérés comme
des éléments juxtaposés, mais il faut les intégrer dans une vivante synthèse.
Il est évident
que nous ne voulons pas élaborer notre Déclaration comme un traité de vie
monastique que nous aurions promis de vivre dans l'Ordre de Cîteaux. C'est
pourquoi nous exposerons seulement quelques points qui peuvent et doivent
aujourd'hui inspirer et diriger nos actions et nos institutions[53].
Notre vie ne peut
avoir d'autre fin ultime que Dieu, que nous devons glorifier en tout et vers
lequel nous devons tendre comme vers le souverain bien et la suprême béatitude
de l'homme. Mais le Médiateur et la Voie vers Dieu le Père est le Christ, qui
est présent dans l'Église, la communion fraternelle, et les sacrements.
Nous avons
embrassé la vie monastique sous la conduite de l'Esprit-Saint, pour nous
consacrer d'une manière spéciale, directe et radicale à atteindre cette fin,
pour y tendre continuellement et y arriver efficacement.
Les monastères de
notre Ordre doivent être au service de la vocation de chacun, la conserver et
l'épanouir. Il s'ensuit que cette fin, la recherche de Dieu, n'est pas
seulement une obligation de chacun