1998 – « l'Esprit et l'Épouse disent : Viens ! » (Ap 22,17)

Messages d'autres années: 

1997 – La Parole de Dieu

1998 – « l'Esprit et l'Épouse disent : Viens ! (Ap 22,17) »

1999 – Le Père appelle à la Vie Éternelle

2000 – L'Eucharistie, source de tout ministère

2001 – La vie comme vocation

2002 – La vocation à la sainteté

2003 – La vocation au service

2004 – Prions pour les vocations

2005 – Appelés à avancer au large

Vénérés frères dans l'épiscopat, chers frères et sœurs,

Le chemin de préparation au grand Jubilé de l'An 2000 place cette année la Journée mondiale de prière pour les vocations sous la « nuée lumineuse » de l'Esprit Saint, qui agit sans cesse dans l'Église en l'enrichissant des ministères et des charismes dont elle a besoin pour mener sa mission à bonne fin.

1. « Jésus fut conduit par l'Esprit au désert... » (Mt 4,1).

Toute la vie de Jésus se déroule sous l'influence de l'Esprit Saint ; au commencement, c'est lui qui couvre de son ombre la Vierge Ma­rie dans le mystère ineffable de l'Incarnation ; au Jourdain, c'est en­core lui qui rend témoignage au Fils bien-aimé du Père et le conduit au désert. À la Synagogue de Nazareth, Jésus lui-même atteste : « L'Esprit du Seigneur est sur moi » (Lc 4, 18). Ce même Esprit, il le promet aux disciples comme garantie perpétuelle de sa présence au milieu d'eux. Sur la Croix, il le remet au Père (cf. Jn 19, 30), scellant ainsi à l'aube de Pâques la Nouvelle Alliance. Au jour de la Pentecôte, enfin, il le répand sur la communauté primitive pour la fortifier dans la foi et la lancer sur les routes du monde et les sentiers du temps, poussée par le souffle de ce même Esprit qui illumine l'histoire du feu ardent de la Parole de Dieu, purifiant le cœur et la vie des hommes par les fleuves d'eau vive qui jaillissent de son sein (cf. Jn 7, 37-39). Ainsi se réalise sa vocation d'être « un peuple réuni par l'unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (S. Cyprien, De Dominica Oratione, 23: CCL 3/A, 105), un peuple «dépositaire du mystère de l'Esprit Saint qui consacre pour la mission ceux et celles que le Père appelle par son Fils, Jésus-Christ » (Pastores dabo vo-bis, 35).

2. « Vous êtes une lettre du Christ... écrite avec l'Esprit du Dieu vivant... sur les tables de chair de vos cœurs » (2 Co 3, 3).

Dans l'Église, tout chrétien commence à vivre par le baptême sous « la loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus » (Rm 8, 2) et, sous la conduite de l'Esprit, il entre en dialogue avec Dieu et avec ses frères, et connaît l'extraordinaire grandeur de sa vocation. La célébration de cette Journée est une occasion favorable pour annoncer que l'Esprit Saint de Dieu écrit dans la vie et dans le cœur de tout baptisé un projet d'amour et de grâce, qui seul peut donner un sens plénier à l'existence, en ouvrant la voie à la liberté des fils de Dieu et en donnant la capacité d'apporter quelque chose de vraiment personnel et irremplaçable au progrès de l'humanité sur le chemin de la justice et de la vérité. L'Esprit non seulement aide à se placer avec sincérité devant les grandes questions de son propre cœur – d'où je viens, où vais-je, qui suis-je, quel est le but de la vie, comment occuper mon temps ? – mais il ouvre la route à des répon­ses courageuses. La découverte que tout homme et toute femme ont leur place dans le cœur de Dieu et dans l'histoire de l'humanité constitue le point de départ d'une nouvelle culture vocationnelle.

3. « L'Esprit et l'Épouse disent : Viens ! » (Ap 22, 17).

Ces paroles de l'Apocalypse nous amènent à considérer le rapport fécond qui existe entre l'Esprit Saint et l'Église d'où naissent les dif­férentes vocations, et à faire mémoire de cette « Pentecôte » par la­quelle toute communauté chrétienne est engendrée dans l'unité, fa­çonnée au feu de l'Esprit dans la multiplicité des dons et envoyée pour porter la Bonne Nouvelle à tout cœur qui l'attend. S'il est vrai en effet que l'appel a toujours sa source en Dieu, il est également vrai que le dialogue de la vocation se réalise dans l'Église et par l'Église. La force de l'Esprit qui poussa Pierre à aller dans la maison du Centurion Corneille pour y porter le salut (Ac 10, 19) et qui dit : « Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l'œuvre à la­quelle je les ai appelés » (Ac 13, 2), n'est pas épuisée. L'Évangile continue à se répandre « non seulement par le moyen de la parole, mais aussi en puissance, par l'action de l'Esprit Saint » (1 Th 1, 5). L'Esprit Saint et l'Église, son Épouse mystique, redisent encore aux hommes et aux femmes de notre temps : « Viens ! ». Viens à la ren­contre du Verbe incarné, qui veut te rendre participant de sa vie ! Viens et accueille l'appel de Dieu, sans hésitations ni retard. Viens et découvre l'histoire d'amour que Dieu a tissée avec l'humanité : il veut la réaliser aussi avec toi. Viens et savoure la joie du pardon re­çu et donné. Le mur de séparation qui existait entre Dieu et l'homme et entre les humains eux-mêmes a été abattu. Les fautes sont par-données, le banquet de la vie est préparé pour tous. Heureux ceux qui, attirés par la force de la Parole et modelés par les sacrements, répondent : « Me voici ! ». Ils prennent le chemin de l'appartenance totale et radicale à Dieu, forts de l'espérance qui ne déçoit pas « parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).

4. « II y a diversité de dons spirituels, mais c'est le même Es­prit » (1 Co 12, 4).

Dans la vie nouvelle, qui jaillit du baptême et se développe par la Parole et les sacrements, les charismes, les ministères et les diver­ses formes de vie consacrée trouvent leur soutien. Il devient possi­ble d'engendrer dans l'Esprit Saint de nouvelles vocations quand la communauté chrétienne vit dans une attitude de pleine fidélité à son Seigneur. Cela suppose un intense climat de foi et de prière, un té­moignage généreux de communion et d'estime pour les dons multi­formes de l'Esprit, une passion missionnaire qui surmonte les facili­tés et les illusions de l'égoïsme, et pousse au don total de soi pour le Royaume de Dieu. Chaque Église particulière est appelée à sou­tenir le développement des dons et des charismes que le Seigneur suscite dans le cœur des fidèles. Notre attention, en cette Journée, se porte plus particulièrement sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, en raison du rôle fondamental qu'elles revêtent dans la vie de l'Église et dans l'accomplissement de la mission. En s'offrant lui-même au Père sur la croix, Jésus a fait de tous ses dis­ciples « un royaume de prêtres et une nation sainte » (Ex 19, 6) et les a constitués comme « un édifice spirituel », « un sacerdoce saint, en vue d'offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu » (1 P 2, 5). Au service de ce sacerdoce universel de la Nouvelle Alliance, il a appelé les Douze « pour être avec lui et pour les envoyer prê­cher, avec le pouvoir de chasser les démons » (Mc 3, 14-15). Le Christ continue aujourd'hui son œuvre de salut par l'intermédiaire des évêques et des prêtres, qui « sont dans l'Église et pour l'Église une représentation sacramentelle de Jésus-Christ Tête et Pasteur ; ils proclament authentiquement sa parole et répètent ses gestes de pardon et d'offre du salut» (Pastores dabo vobis, 15). Comment aussi ne pas « faire mémoire, dans la reconnaissance à l'Esprit, de l'abondance des formes historiques de vie consacrée, suscitées par Lui et toujours présentes dans le tissu ecclésial ? Ces formes ont l'aspect d'une plante aux multiples rameaux, qui plonge ses racines dans l'Évangile et produit des fruits abondants à tous les âges de l'Église » (Vita consecrata, 5). La vie consacrée se situe au cœur même de l'Église comme un élément décisif pour sa mission, car elle exprime la nature intime de la vocation chrétienne et la tension de toute l'Église-Épouse vers l'union avec l'unique Époux, Ces voca­tions, nécessaires en tout temps, le sont plus encore aujourd'hui dans un monde marqué par de grandes contradictions et pris par la tentation d'exclure Dieu des choix fondamentaux de la vie. Nous nous souvenons des paroles évangéliques : « La moisson est abon­dante, mais les ouvriers sont peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson » (Mt 9, 37-38 ; cf. Lc 10, 2). L'Église accueille chaque jour ce commandement du Sei­gneur et, avec espérance et confiance, elle adresse sa supplication au « Maître de la moisson », reconnaissant que lui seul peut appeler et envoyer ses ouvriers. Je souhaite que la célébration annuelle de la Journée mondiale de prière pour les vocations suscite au cœur des fidèles une prière plus intense pour obtenir de nouvelles voca­tions au sacerdoce et à la vie consacrée, et réveille la responsabilité de tous, spécialement des parents et des éducateurs de la foi, dans le service des vocations.

5. « Rendez compte de l'espérance qui est en vous » (cf. 1 P 3, 15).

Je vous invite, vous tout d'abord, chers frères évêques, et avec vous les prêtres, les diacres et les membres des Instituts de vie consacrée, à témoigner de manière infatigable de la plénitude spirituelle et humaine qui pousse chacun de vous à se faire « tout à tous », afin que l'amour du Christ puisse atteindre le plus grand nombre possible de personnes. Établissez des relations appropriées avec toutes les composantes de la société ; valorisez les vocations ministérielles et charismatiques que l'Esprit suscite dans vos communautés, en encourageant leur complémentarité et leur collaboration ; apportez votre contribution à la croissance de chacun vers la plénitude de la maturité chrétienne. Qu'en vous regardant, joyeux serviteurs de l'É­vangile, des garçons et des filles éprouvent la fascination d'une existence entièrement consacrée au Christ dans le ministère ordonné ou dans le choix radical de la vie consacrée. Vous, les époux chrétiens, soyez prompts à rendre compte de la réalité profonde de votre vocation matrimoniale : la bonne entente dans votre foyer, l'esprit de foi et de prière, la pratique des vertus chrétiennes, l'ouverture aux autres, aux pauvres surtout, la participation à la vie ecclésiale, la force sereine pour affronter les difficultés de la vie constituent le terrain favorable à la maturation de vocations chez les enfants. En tant qu'« Église domestique », la famille, soutenue par la grâce sacramentelle du mariage, est l'école permanente de la civili­sation de l'amour, où il est possible d'apprendre que la plénitude de la vie ne surgit que du don de soi libre et sincère. Et vous, enseignants, catéchistes, animateurs pastoraux et tous ceux qui exercent des charges éducatives, considérez-vous comme les coopérateurs de l'Esprit dans votre important et laborieux service. Aidez les jeu­nes à se libérer, de cœur et d'esprit, de tout ce qui fait obstacle à la marche ; incitez-les à donner le meilleur d'eux-mêmes dans un élan constant de croissance humaine et chrétienne ; formez en eux, par la lumière et à la force de la Parole évangélique, les sentiments les plus profonds, de telle sorte qu'ils puissent, s'ils sont appelés, réali­ser leur vocation pour le bien de l'Eglise et du monde. Cette année, la marche préparatoire au Jubilé de l'An 2000, en plaçant l'Esprit Saint au centre de notre réflexion, nous invite à accorder une atten­tion particulière au sacrement de confirmation. C'est pour cela que je désire maintenant dire une parole spécifique à ceux qui en cette période recevront ce sacrement. Très chers amis, l'évêque, en s'adressant à vous au cours du rite de la confirmation, dit : « L'Esprit Saint qui maintenant va vous être donné, comme sceau spirituel, complétera en vous la ressemblance avec le Christ et vous unira plus fortement à l'Église comme membre vivant ». Commence donc pour vous un temps privilégié, au cours duquel vous êtes invités à vous interroger et à interroger la communauté chrétienne dont vous êtes devenus les membres vivants, sur le sens plénier que vous devez donner à votre existence. C'est un temps de discernement et de choix vocationnel. Écoutez l'invitation de Jésus : « Venez et voyez ! ». Rendez dans la communauté ecclésiale votre témoignage au Christ, selon le projet tout à fait personnel et unique que Dieu a sur vous. Laissez l'Esprit Saint, répandu dans vos cœurs, vous gui­der vers la vérité et faire de vous les témoins de la liberté authenti­que et de l'amour. Ne vous laissez pas assujettir par le mythe facile et trompeur de l'éphémère, du succès humain et de la richesse Au contraire, n'ayez pas peur de parcourir le chemin exigeant de la cha­rité courageuse et de l'engagement généreux. Apprenez « à rendre compte de l'espérance qui est en vous » devant tous (1 P 3, 15).

6. « L'Esprit vient en aide à notre faiblesse » (Rm 8, 26).

La Journée mondiale pour les vocations est marquée avant tout par la prière pour les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, ex­pression culminante d'un climat de prière habituel, dont la commu­nauté chrétienne ne peut se dispenser. Cette année, nous voulons nous tourner avec confiance vers l'Esprit Saint, afin qu'il obtienne à l'Église d'aujourd'hui et de demain le don de nombreuses et saintes vocations :

Esprit d'Amour éternel,
qui procèdes du Père et du Fils,
nous te remercions pour toutes les vocations d'apôtres et de saints 
qui ont fécondé l'Église.
Continue encore ton œuvre, nous t'en prions.
Sou­viens-toi de ce moment, à la Pentecôte,
où tu descendis sur les Apôtres réunis en prière
avec Marie, la Mère de Jésus,
et regarde ton Église qui a aujourd'hui un besoin particulier
de saints prêtres, de témoins fidèles et autorisés de ta grâce ;
ton Église qui a besoin d'hommes et de femmes consacrés
qui rayonnent la joie de celui qui ne vit que pour le Père,
de celui qui fait siennes la mission et l'offrande du Christ,
de celui qui construit par la charité le monde nouveau.

Esprit Saint, Source éternelle de joie et de paix,
c'est toi qui ouvres le cœur et l'esprit à l'appel divin ;
c'est toi qui rends efficace tout élan
vers le bien, vers la vérité, vers la charité.
Tes gémissements inexprimables s'élèvent
vers le Père du cœur de l'Église, qui souffre et lutte pour l'Évangile.
Ouvre le cœur et l'esprit des jeunes gens et des jeunes filles,
pour qu'une nouvelle floraison de saintes vocations
montre la fidélité de ton amour,
et que tous puissent connaître le Christ,
la vraie lumière venue dans le monde
pour donner à chaque être humain
la sûre espérance de la vie éternelle.
Amen.

J'adresse à tous très affectueusement une spéciale Bénédiction apostolique.

De Castel Gandolfo, le 24 septembre 1997
JEAN-PAUL II

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Mis à jour le: 14-09-07

 

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